L'Europe toujours en quête d'une gestion de crise solidaire

Charles Michel présidait jeudi soir son troisième Conseil européen de crise par visioconférence. ©POOL EPA

Après le chacun pour soi face au virus, les appels se sont multipliés pour que les dirigeants européens trouvent un mécanisme solidaire pour faire face à la crise économique. Ils attendent un nouveau rapport de leurs ministres des Finances sous quinzaine.

Les chefs de gouvernement de l'Union n'ont pas enregistré d'avancée, jeudi soir, dans leur débat sur une réponse commune face à la crise économique qui se déploie dans le sillage de la catastrophe sanitaire du coronavirus.

"Ce virus va-t-il nous diviser de façon permanente entre riches et pauvres? […] Ou allons-nous devenir un continent fort, un acteur sur lequel on doit tenir compte sur la scène internationale?"
Ursula Von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

Ils se sont réunis pour la troisième fois par vidéoconférence, deux jours après que leurs ministres des Finances se soient séparés en mettant en avant une éventuelle intervention du fonds pompier de l'Union, le Mécanisme européen de stabilité (MES) à hauteur de 2% du PIB des États qui le demanderaient, mais selon des modalités et conditionnalités qui restaient à définir. Au lieu de les encourager à avancer rapidement sur cette voie, le Conseil européen a temporisé, leur demandant un nouveau rapport sous quinzaine.

Les Vingt-Sept se sont en outre accordés pour mandater la Commission et le Conseil à travailler sur une feuille de route et une stratégie de redéploiement économique.

Solidarité ou fracturation

"Ce virus va-t-il nous diviser de façon permanente entre riches et pauvres? […] Ou allons-nous devenir un continent fort, un acteur sur lequel on doit tenir compte sur la scène internationale?", s'interrogeait plus tôt dans la journée la présidente de la Commission Ursula Von der Leyen. Devant un Parlement européen réuni, lui aussi, en visioconférence, elle n'avait pas mâché ses mots pour souligner le signal de repli envoyé dans un premier temps par de nombreux États membres dans la gestion la crise sanitaire. "Quand l'Europe a vraiment besoin d'un esprit 'tous pour un', trop nombreux sont ceux qui ont commencé par répondre 'juste pour moi'".

"Nous avons besoin de dirigeants européens qui assument leur responsabilité", a lancé de son côté le président du Parlement, David Sassoli, à l’ouverture du Conseil européen.

"Un instrument est nécessaire pour que nos pays aujourd’hui aient la possibilité de se lancer dans la course dans les mêmes conditions."
David Sassoli
Président du Parlement européen

Pour répondre à la crise, les États vont devoir dépenser (presque) sans compter. Mais à quel prix? La réponse, dans l’état des instruments disponibles, est claire: les moins dotés paieront le prix fort, à commencer par l’Italie dont les finances publiques sont au plus mal alors qu’elle aura été la première - et jusqu’ici la plus gravement - atteinte par le virus. L’Europe peut-elle éviter que la sortie de crise sanitaire se traduise en une crise économico-financière dantesque pour certains de ses membres – au risque de poser une nouvelle fois des question existentielles à la zone euro?

Vers des obligations communes à la zone euro?

Pour le président du Parlement européen, "un instrument est nécessaire pour que nos pays aujourd’hui aient la possibilité de se lancer dans la course dans les mêmes conditions". Sans plaider explicitement en faveur d'émissions obligataires communes (corona bonds), il s'en est pris aux "gouvernements qui considèrent que leur force justifie leur égoïsme".

L'idée de créer des obligations communes à la zone euro avait été au cœur du débat sur la gestion de la crise des dettes souveraines, mais avait été systématiquement rejetée par les pays budgétairement "vertueux", au premier rang desquels l'Allemagne. "Je ne peux que recommander de ne pas organiser un faux débat pour des raisons idéologiques dans lequel chacun déterre sa solution préférée d'il y a cinq ou dix ans", tranchait mardi le ministre allemand de l'Économie Peter Altmaier.

Mercredi neuf dirigeants nationaux, dont la Belge Sophie Wilmès, avaient appelé à la création d’un instrument de dette "émis par une institution européenne pour lever des fonds sur le marché sur la même base et au bénéfice de tous les Etats membres". Une notion assez vague pour en appeler à la créativité en évitant le mot qui fâche. Les ministres des Finances ne sont pas beaucoup plus avancés.

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