L’événementiel sportif redoute aussi une année blanche

Denali Outdoor Events doit faire sans les trois mois les plus importants de la saison.

Arrivé en même temps que le début de la belle saison, le confinement fait très mal au secteur de l’événementiel sportif. Premiers touchés, derniers délivrés, les acteurs du secteur devront forcément repenser leur métier.

Les chiffres de l’événementiel seront parmi les plus difficiles à digérer. En attendant de pouvoir dresser un constat réel, le secteur a fait ses estimations. Selon certains chiffres, les pertes à attendre suite à la crise sanitaire pourraient atteindre 1,3 milliard d’euros. 54% du chiffre d’affaires du secteur. Friands du travail avec les intermédiaires, les acteurs directs verront leur mal-être se répandre. La perte pour les fournisseurs pourrait atteindre 3,6 milliards d’euros. Spécialité belge, les festivals furent les premiers à attirer l’attention sur la situation périlleuse vers laquelle ils se dirigent.

Mais le secteur ne se résume pas aux ‘good vibes’. Les organisateurs d’événements sportifs font, eux aussi, partie de ceux qui devront faire avec des jours difficiles. Golazo, le plus grand acteur belge de l’événementiel sportif, a aussi fait ses comptes. Le choc est brutal. L’entreprise organise plus d’un millier d’événements par an en Belgique, en France, aux Pays-Bas et en Allemagne. La plupart accueillent au moins 500 sportifs. Ses plus grands succès se nomment le Mémorial Van Damme, les 10 miles d’Anvers ou encore les marathons de Bruxelles et Rotterdam. "Pour la première fois, nous avons dépassé l’an dernier les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires", explique Bob Verbeeck, le CEO et fondateur de la société limbourgeoise.

Les clubs sportifs aussi affectés

C’est certain, le résultat comptable remarquable de 2019 ne sera pas renouvelé cette année. "Il nous reste les revenus de nos apps, nos magazines et quelques autres services mais, pour le moment, nous perdons chaque mois 80% de notre chiffre d’affaires", confirme le patron, qui a mis 250 de ses 350 travailleurs au chômage technique. Ses travailleurs ne sont pas les seuls à être directement touchés. "Nous collaborons avec énormément de sous-traitants et des volontaires qui travaillent pour leur club que l’on subsidie en contrepartie. Sur le marathon de Rotterdam, il y a une dizaine de personnes de chez Golazo, 2.000 volontaires qui travaillent pour leur club et environ 3.000 personnes qui viennent des fournisseurs", illustre Bob Verbeeck.

"Sur le marathon de Rotterdam, il y a une dizaine de personnes de chez Golazo, 2.000 volontaires qui travaillent pour leur club et environ 3.000 personnes qui viennent des fournisseurs."
Bob Verbeeck
Fondateur et CEO de Golazo

Malgré la situation, le patron reste optimiste. Il espère d’ailleurs pouvoir relancer au plus vite son activité. Même si cela demandera pas mal d’ajustements, il en est persuadé, des événements d’assez grande ampleur seront envisageables prochainement. "Je pense notamment à des événements où nous pouvons réaliser des départs et des arrivées étalés sur toute la journée, comme des marches et des randonnées à vélo. En respectant toutes les mesures de distanciation nécessaires, on pourrait accueillir 3.000 personnes sur toute une journée", explique-t-il.

Le patron est conscient qu’il n’est pas le plus à plaindre. La bonne santé financière de son entreprise devrait d’ailleurs permettre de passer la tempête en évitant la grosse casse. "Nous avons assez de liquidités. Et comme nous sommes un gros acteur, nous avons des relations privilégiées avec les banques. Ce que de plus petits acteurs n’ont probablement pas", ajoute le patron.

"Tous nos événements se font entre mi-mars et mi-octobre avec au moins la moitié de notre chiffre qui se fait entre mars et mai."
Simon Trussart
Cofondateur de Denali Outdoor Events

Pour les plus petits justement, l’avenir est loin d’être certain. Lancée en 2015, la jeune société wavrienne Denali Outdoor Events enchaînait les années de croissance depuis sa création. Spécialisée dans les événements d’ampleur moyenne, l’entreprise s’est notamment fait connaître via sa "Sand Race" dans la sablière de Mont-Saint-Guibert ainsi que via ses "Air Games". "La première année complète, en 2018, nous avons accueilli 37.000 personnes à nos événements, 80.000 l’an dernier et on espérait atteindre les  100.000 pour 2020", explique Simon Trussart, le cofondateur de l’entreprise, qui a ouvert son premier bureau à l’étranger, à Lyon, l’année dernière.

La crise au pire moment

En temps normal, 18 personnes travaillent pour Denali, tous au chômage temporaire actuellement. Le travail est impossible au pire moment.  "Tous nos événements se font entre mi-mars et mi-octobre avec au moins la moitié de notre chiffre qui se fait entre mars et mai", explique Simon Trussart. L’objectif d’atteindre les 3,6 millions d’euros cette année n’est déjà plus atteignable. Il va falloir désormais s’adapter pour assurer la santé de la jeune société. "Nous avions fait des premiers plans pour redémarrer en juillet. On sait que c’est déjà impossible. C’est un exercice théorique fort compliqué." Le patron l’admet, il n’est pas encore rassuré sur l’avenir de Denali. "Je suis inquiet. Je compte vraiment sur le gouvernement pour mettre en place des mesures adaptées et progressives", lance-t-il. Pas de quoi pour autant le décourager. "Nous avons l’avantage d’être une petite structure encore flexible qui pourra assez facilement adapter son offre."

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