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analyse

L'immunité collective n'est-elle plus qu'une chimère?

Il se pourrait que le coronavirus continue de circuler longtemps (mais dans une moindre mesure) et qu'il faille s'organiser pour vivre avec lui. ©Photo News

Alors que la Belgique est championne de la vaccination, l'incertitude plane sur la possibilité d'atteindre l'immunité de groupe.

Avec 70% de personnes vaccinées, nous atteindrions une immunité collective permettant d'être quittes de ce virus, entendait-on il y a un an. Ensuite, les variants sont arrivés, principalement les dénommés Alpha (venu d'Angleterre) et Delta (apparu en Inde) et le SARS-CoV-2 s'est fait plus contagieux.

On a alors parlé d'un taux de vaccination nécessaire de 90%. On a étendu la vaccination aux jeunes à partir de 12 ans, et on envisage d'administrer une troisième dose aux plus fragiles.

Aujourd'hui, 59,3% de la population belge (et 73,4% des adultes) est pleinement vaccinée. Chez les plus de 65 ans, on flirte avec les 90%. Pourtant, la libération totale est loin d'être gagnée. On ne sait pas encore si la rentrée scolaire pourra se faire en code vert ni quand on pourra faire tomber le masque.

"Personne n'a la réponse"

La date de la "libération", dont l'immunité de groupe est la clé, semble toujours s'éloigner, malgré l'avancement de la campagne de vaccination. Cela amène de l'eau au moulin des antivax. Faudra-t-il attendre encore quelques mois? Un an?

"Même vaccinés, nous ne contribuons pas tous de la même manière au barrage."
Michel Goldman
Immunologiste et président de l’institut pour l’innovation en santé (ULB)

"Personne n'a la réponse", admet Michel Goldman, immunologiste et président de l’institut pour l’innovation en santé à l'ULB. Impossible de dire quand cet objectif sera atteint, pour plusieurs raisons. "La première ce sont les variants, dont le dernier en date, delta, se transmet à la vitesse de l’éclair."

"La deuxième, c’est que, même vaccinés, nous ne contribuons pas tous de la même manière au barrage", poursuit le professeur Goldman. "Si nous avons été infectés avant notre vaccination, nous allons offrir une barrière quasiment infranchissable au virus. Par contre, si nous sommes seniors ou immunodéprimés, nous allons être beaucoup moins résistants au virus même si nous avons été vaccinés, et nous représenterons des maillons faibles du barrage collectif."

Des vaccinés encore contaminés

Une étude de l'Imperial College de Londres et Ipsos MORI révèle que les personnes totalement vaccinées ont trois fois moins de chances d'être testées positives au Covid-19 que celles qui ne sont pas vaccinées. Les personnes fragiles ne sont donc pas entièrement à l'abri et leur protection, par une dose supplémentaire, mais aussi par le port du masque et les mesures d'hygiène, restera nécessaire un bon moment.

"Il ne faudrait pas qu'une mutation se fasse à un niveau différent de celles qu'on connaît avec les variants actuels et en viennent à augmenter fortement la mortalité."
Yves Coppieters
Professeur de santé publique à l'ULB

En outre, l'immunité de groupe ne peut se concevoir au seul niveau belge ou européen, c'est un concept qui doit être global, d'autant que notre pays est une plateforme en termes de circulation de personnes. Or, les pays les plus pauvres du globe affichent un très faible niveau de vaccination, faute de vaccins.

"J'espère que les fabricants de vaccins vont annoncer ce qu'ils peuvent faire pour aider les pays les plus pauvres, en collaboration avec l'OMS et le système Covax", glisse Michel Goldman, alors que le débat sur le prix des doses bat son plein.

Le patron de l'OMS a d'ailleurs appelé ce mercredi à un moratoire sur les doses de rappel des vaccins anti-Covid pour pouvoir mettre ces doses à disposition des pays qui n'ont pu immuniser qu'une partie infime de leur population."Nous avons un besoin urgent de renverser les choses: d'une majorité de vaccins allant dans les pays riches à une majorité allant dans les pays pauvres", a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, ajoutant que le moratoire devrait durer "au moins jusqu'à la fin septembre", lors d'un point de presse de l'organisation à Genève.

"Il faut se méfier de l'effet boomerang", prévient Yves Coppieters, professeur de santé publique à l'ULB. Le Covid-19 fait actuellement des ravages dans plusieurs pays africains. Or, en laissant le virus circuler, on favorise les mutations, "même si la probabilité reste faible. Mais il ne faudrait pas qu'une mutation se fasse à un niveau différent de celles qu'on connaît avec les variants actuels et en viennent à augmenter fortement la mortalité."

Redéfinir les objectifs

"Il faudrait que nos autorités redéfinissent leurs objectifs: que veut-on dans le contrôle de cette épidémie", pointe Yves Coppieters. "On a compris qu'on n'arrivait pas à "Zéro Covid" mais qu'on avait bien pu diminuer les formes graves. Alors, que veut-on aujourd'hui? Encore diminuer la circulation du virus? Ou, comme la protection est optimale contre les formes graves, on se dit que la vie peut reprendre?"

"On met alors en place un système de santé capable de les prendre en charge pour éviter les formes graves."
Yves Coppieters
Professeur de santé publique à l'ULB.

"Je pense qu'on surestime un peu le variant delta. Pas pour sa contagiosité, mais est-ce grave d'avoir un variant plus contaminant si la population fragile est protégée?", ajoute le professeur Coppieters. "Il ne faudrait pas en arriver à remettre en doute l'efficacité vaccinale et négliger tous les efforts de la population en laissant penser que ce n'est pas suffisant, comme le fait la France avec son pass sanitaire."

Alors, on oublie l'immunité collective? "Peut-être qu'on n'y arrivera pas. Mais ce n'est pas grave. Le covid deviendrait une maladie endémique, avec des rebonds", analyse Yves Coppieters. "On peut accepter que des personnes deviennent positives. On met alors en place un système de santé capable de les prendre en charge pour éviter les formes graves."

Le résumé

  • Près de trois adultes sur quatre sont pleinement vaccinés en Belgique.
  • Pourtant, le Covid circule encore et l'immunité collective semble loin d'être acquise.
  • Il faudrait revacciner les plus faibles et permettre aux pays pauvres de protéger leur population.
  • Mais ne doit-on pas aussi accepter que le Covid-19 devienne une maladie endémique?

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