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L'industrie européenne "à la traîne" pour la transformation numérique

À Prague, la plus grande usine d'impression 3D au monde, Prusa Research, s'est lancée dans la fabrication de masques de protection qu'elle distribue gratuitement au personnel médical qui combat le Covid-19. ©Photo News

La crise du corona souligne comme jamais le potentiel de la transformation numérique pour les entreprises, mais en Europe des obstacles structurels freinent le mouvement, constate la Banque européenne d’investissement.

Même si la Belgique se classe parmi les bons élèves européens en matière de transformation numérique, elle reste comme la moyenne des pays du continent à la traîne par rapport aux États-Unis, constate la Banque européenne d’investissement (BEI). La pandémie de Covid-19 est pourtant "un morne rappel de la pertinence – et la nécessité – de la technologie numérique pour un éventail d'entreprises et de secteurs", note le bras financier de l’Union européenne (UE), qui publie les résultats d’une enquête sur le sujet auprès de 13.500 entreprises ("Who is prepared fo the new digital age?"). Et constate que des obstacles structurels se dressent en travers de la mue numérique des sociétés d’Europe.

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30% des entreprises européennes de moins de dix employés ont adopté des technologies numériques, alors que cette part atteint 79% pour les entreprises de plus de 250 employés, selon la BEI.

Pourtant, selon cette institution en première ligne dans la réponse européenne à la crise, tout indique qu’embrasser des technologies numériques comme l’intelligence artificielle, l’impression 3D, la robotique et la réalité virtuelle est hautement souhaitable. Car les entreprises numériques – celles qui ont adopté au moins une nouvelle technologie clé pour leur secteur – affichent une plus grande productivité du travail, croissent plus rapidement, ont de meilleures pratiques de gestion, sont plus innovantes et offrent des emplois mieux rémunérés.

Les Américains galopent

Alors que 78% des entreprises industrielles américaines disent avoir adopté au moins une nouvelle technologie numérique, elles ne sont que 66% en Europe, rapporte la BEI. La différence est particulièrement grande dans le secteur de la construction: selon les critères de la BEI, 40% des sociétés du secteur sont numérisées en Europe pour 61% aux USA – les américaines utilisent par exemple davantage de drones. 

Quand on se penche sur les entreprises qui ont "complètement organisé leur business autour d'une technologie numérique au moins" (on pourrait penser à la construction de maisons en impression 3D), elles sont 5% dans le secteur européen de la construction contre 17% aux États-Unis. L’écart entre Américains et Européens est important aussi dans les services et les infrastructures.

Un déséquilibre structurel

La différence avec les États-Unis tient notamment à ce que le tissu industriel européen est davantage composé de petites entreprises. Or, plus les entreprises sont grandes, plus elles ont tendance à embrasser le numérique, constate la BEI. "Il y a beaucoup de petites entreprises en Union européenne qui n'investissent pas dans les technologies numériques", souligne le rapport. Ainsi, 30% des entreprises européennes de moins de dix employés ont adopté des technologies numériques, alors que cette part atteint 79% pour les entreprises de plus de 250 employés.

"Il y a beaucoup de petites entreprises en Union européenne qui n'investissent pas dans les technologies numériques."
Banque européenne d'investissement
Rapport EBI Investment Survey

La BEI estime que s'ils veulent "combler le fossé" avec les États-Unis, les décideurs européens doivent s'attaquer aux "barrières structurelles à l'investissement dans la numérisation". Cela passe notamment par une plus large prise de conscience des avantages potentiels du numérique, la défragmentation du marché européen, ou encore le développement d’une offre sur le marché de l’emploi qui réponde aux besoins de compétences numériques. En Belgique, c’est d’ailleurs "le manque de disponibilité de personnel (qualifié)" que les entreprises citent comme premier obstacle. Selon le classement établi par la BEI des pays dans lesquels les entreprises (hors financières) sont les plus "numériques", la Belgique se classe parmi les pays "forts", derrière des "chefs de file" comme le voisin néerlandais ou les États-Unis.

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