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L'ombre de Mario Draghi

Un plan d'urgence suffisant?

Christine Lagarde a voulu frapper fort avec son plan d’urgence de 750 milliards d’euros, baptisé le Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP). Le problème, c’est qu’elle voulait surtout rectifier une erreur commise lors de la réunion de la Banque centrale européenne de la semaine dernière.

Le paquet de mesures présenté n’avait guère convaincu les marchés. Surtout, la présidente de la BCE, subissant son premier grand test depuis son entrée en fonction, avait "gaffé" lors de la conférence de presse, en précisant que la BCE n’était pas là pour réduire les écarts de taux d’intérêt (spreads) dans la zone euro. En d’autres mots, réduire l’écart de taux de rendement entre l’Allemagne et l’Italie.

Ceci avait provoqué une remontée en flèche des taux de rendement des obligations de l’État italien tout en provoquant une chute historique de 17% de la Bourse de Milan. Les autorités politiques italiennes n’avaient guère apprécié d’autant que leur pays demeure, très douloureusement, au cœur de la crise sanitaire en Europe.

Christine Lagarde a rectifié son erreur. Une erreur que son prédécesseur n'aurait sans doute pas commise.

Christine Lagarde a donc rectifié le tir ce jeudi et permis aux obligations de l'État italien de retrouver de l'air tout comme comme d'ailleurs aux obligations grecques. Tant mieux. On a toutefois la faiblesse de penser que son prédécesseur Mario Draghi, bien plus au fait des comportements des marchés financiers, n’aurait pas commis une telle erreur la semaine dernière.

Visiblement, la présidente de la BCE cherche encore à trouver le parfait équilibre entre les "colombes" et les "faucons" de l’institution de Francfort, entre ceux qui défendent plutôt les pays du sud de l’Europe et les autres.

Témoignage d’une certaine tension et sans doute de la gravité de cette crise, la BCE avait publié mercredi un communiqué pour rectifier les propos d'un des siens, le gouverneur de la Banque centrale d’Autriche. Un événement très rare. Dans un entretien, Robert Holzmann avait indiqué que la politique monétaire avait désormais atteint ses limites. Ce jeudi, la BCE a tenté de repousser ces limites. Cela ressemble au "whatever it takes" de Mario Draghi en 2012 lorsqu'il avait sauvé la zone euro.

La grande différence, c’est qu’à l’époque, le président de la BCE combattait uniquement une crise financière. Ici, Christine Lagarde fait face à une crise sanitaire inédite couplée à une crise économique et financière d'ampleur. C'est beaucoup pour une seule institution. Aux États à se montrer également à la hauteur des enjeux.              



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