analyse

L'UE est "prête à discuter" d'une levée des brevets des vaccins anti-Covid

Comment vacciner davantage et plus vite dans les pays pauvres? En levant les brevets, en faisant des dons, en facilitant la distribution? ©Photo News

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen rejoint le président Joe Biden, et d'autres, pour évoquer la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid.

Les vaccins contre le Covid doivent-ils devenir un bien public mondial? La question titille les méninges des politiques, scientifiques et économistes à travers la planète. Une lettre ouverte défendant ce point de vue et signée notamment par plusieurs prix Nobel, dont Muhammad Yunus (Paix), Joseph Stiglitz (Économie), Françoise Barré-Sinoussi (Médecine), avait été publiée il y a trois semaines. Et mercredi, nouvelle avancée: les États-Unis ont annoncé soutenir la suspension temporaire des brevets des vaccins anti-Covid.

"L'UE est prête à discuter de toute proposition qui s'attaquerait à la crise de façon efficace et pragmatique. Nous sommes prêts à discuter de la façon dont la proposition américaine peut permettre d'atteindre cet objectif."
Ursula von der Leyen

Le président Joe Biden a apporté, en effet, son soutien à une mesure visant à la renonciation aux droits de propriété intellectuelle pour les vaccins contre le Covid-19. Il a agi sous la pression croissante des parlementaires démocrates et de plus de 100 autres pays, provoquant, au passage, la colère des sociétés pharmaceutiques.

Ce jeudi matin, Ursula von der Leyen a rebondi: l'Union européenne (UE) est "prête à discuter" d'une levée des brevets, selon la présidente de l'exécutif européen.

+412.000
cas de Covid
L'Inde a enregistré 412.000 nouvelles contaminations en 24 heures.

Aider les pays défavorisés

Dans quel but lever ces brevets? Pour accélérer la production et aider les pays plus pauvres, qui ne reçoivent que peu de vaccins par rapport aux pays européens et américains. La levée temporaire des brevets sur les vaccins est notamment réclamée par l'Afrique du Sud et l'Inde, pays où la situation sanitaire est catastrophique avec un nouveau record de près de 4.000 décès dus au Covid-19 et 412.000 nouvelles contaminations en 24 heures.

La décision de Joe Biden a d'ailleurs été saluée par le chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui l'a qualifiée de "moment monumental dans la lutte contre le Covid-19".

"Une suspension est la réponse simple, mais fausse à un problème complexe."
Fédération internationale de l'industrie pharmaceutique

Les arguments de la Big Pharma

Le lobby pharmaceutique répond, lui, que cela risque de compromettre la réponse des entreprises à la pandémie. Les brevets sont détenus essentiellement par des laboratoires américains (Johnson & Johnson, Pfizer et Moderna) qui expliquent qu'une levée les priverait d'une manne financière pour des innovations coûteuses.

Même son de cloche du côté de la Fédération internationale de l'industrie pharmaceutique (IFPMA). "Nous sommes totalement en phase avec l'objectif que les vaccins anti-Covid 19 soient rapidement et équitablement partagés dans le monde. Mais comme nous n'avons de cesse de le dire, une suspension est la réponse simple, mais fausse à un problème complexe", avance-t-elle.

Stephen Ubl, le président de la fédération américaine (PhRMA), souligne, pour sa part, que cette décision pourrait "affaiblir davantage les chaînes d'approvisionnement déjà tendues et favoriser la prolifération des vaccins contrefaits". Pour lui, il faut plutôt s'attaquer au problème de la distribution et de la disponibilité "limitée" des matières premières.

Paris plaide plutôt pour des dons en faveur des pays démunis.

Et en Belgique?

Chez nous, le PTB demande à la Belgique et à l'UE de suivre l'exemple du président américain. La députée Sofie Merckx prévoit de demander ce jeudi que le gouvernement belge soutienne une proposition en ce sens. Une résolution du parti en faveur de la levée des brevets est à l'ordre du jour de la Chambre et la formation demandera un débat et un vote d'urgence. Le PTB relève que les partis de la majorité (PS, Ecolo, MR, Open Vld, Vooruit, Groen, CD&V) ont refusé de soutenir sa proposition la semaine passée.

La Belgique n'est pas la seule à freiner des quatre fers. D'autres pays, comme la France, y sont opposés. Paris plaide plutôt pour des dons en faveur des pays démunis. Et jusqu'à présent, l'UE ne se disait pas favorable, arguant que cette solution prendrait du temps, faute de moyens de production immédiatement mobilisables.

Lundi, Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, indiquait qu'"un transfert de brevet verrait la production démarrer d'ici un an à 14 mois (…) L'an prochain, lorsqu'on aura réussi à augmenter la production de nos usines, pourra se poser cette question."

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