L'UE veut une réouverture des frontières pour sauver le tourisme

Margrethe Vestager, vice-présidente de la Commission européenne, souhaite une réouverture des frontières en Europe afin de sauver le secteur du tourisme. ©EPA

La Commission européenne encourage les États membres à rouvrir leurs frontières de manière concertée. Le remboursement des billets d'avion annulés reste la règle, ce qui pourrait mettre la Belgique en infraction.

La Commission européenne a adopté mercredi des recommandations pour encourager les États de l'UE à rouvrir progressivement leurs frontières et encadrer la reprise des activités des secteurs du tourisme et du transport, alors que la pandémie de Covid-19 ralentit un peu partout en Europe.

"Nous nous interrogeons à propos de notre été, nous pensons aux lieux que nous aimons visiter, à la mer, à la montagne, dans nos villes et à la campagne. Ces endroits sont prêts à accueillir à nouveau des touristes", résume Margrethe Vestager, la vice-présidente de la Commission européenne, "mais nous devons réintroduire cela en toute sécurité".

Pour la commissaire danoise, il n'est pas trop tard pour sauver la saison touristique tout en protégeant les voyageurs. Le tourisme représente "10% du PIB européen" et "des millions d'emplois". Ces recommandations visent à assurer la sécurité des voyageurs. La Commission invite ainsi les compagnies aériennes à imposer le port du masque lors du vol. Elle ne recommande pas, par contre, de maintenir un siège vide entre les passagers. Il est également prévu que les États se coordonnent pour organiser la traçabilité des déplacements par une application utilisée sur base volontaire.

La Commission mettra aussi en place un site internet et une carte interactive avec toutes les informations à destination des touristes.

La Belgique risque une sanction

La question du remboursement des billets d'avion fait polémique. La plupart des compagnies aériennes ont annulé leurs vols durant le confinement. La Commission européenne défend le droit des voyageurs à obtenir le remboursement en espèce les billets d'avion annulés. C'est une déception pour les compagnies aériennes.

"Si les États membres ne se mettent pas en conformité, nous n'hésiterons pas à examiner les recours possibles, dont celui en infraction."
Didier Reynders
Commissaire européen à la Justice et à la Protection des consommateurs

En même temps, l'exécutif européen encourage les voyageurs à recourir au "bon à valoir" afin de faciliter la tâche des opérateurs en manque de liquidité en raison de la crise. Elle a adopté mercredi une recommandation visant à rendre ces bons "plus attractifs".

12
mois
En cas d'annulation d'un vol, la Belgique autorise les compagnies aériennes à émettre un "bon à valoir" valable durant 12 mois, au lieu d'un remboursement du voyageur.

Plusieurs États, dont la Belgique, ne respectent pas la règle du remboursement. "Une douzaine d'États ont pris des décisions contraires en rejetant le remboursement et en rendant le bon obligatoire", regrette Didier Reynders (MR) commissaire à la Justice et à la Protection des consommateurs, "si les États membres ne se mettent pas en conformité, nous n'hésiterons pas à examiner les recours possibles, dont celui en infraction".

La ministre belge de l'Économie, Nathalie Muylle (CD&V) avait, dans un premier temps, autorisé les compagnies à émettre uniquement un bon à valoir à la place du remboursement d'un voyage. Après avoir été rappelée à l'ordre par la Commission, elle a autorisé les compagnies aériennes à émettre un "bon à valoir" valable durant 12 mois, au lieu d'un remboursement. Passé ce délai, le voyageur peut toutefois obtenir un remboursement en espèce, celui-ci devant intervenir dans les six mois.

Didier Reynders, commissaire européen à la Justice et la Protection des consommateurs, a rappelé la règle du remboursement des billets d'avions. ©AFP

"La Belgique est en contradiction avec la législation européenne en raison du caractère obligatoire du bon à valoir", maintient Didier Reynders. Le commissaire belge a envoyé une lettre aux États de l'UE en rappelant la législation européenne en la matière. "On écrit, ce n'est pas encore une mise en demeure, dit-il. A défaut de se mettre en ordre, il y aura une sanction." Nathalie Muylle s'est abstenue de réagir. "Dès que nous aurons reçu la lettre, nous réagirons en concertation avec les autres États européens appliquant des mesures semblables", confie-t-on au cabinet de la ministre. 

Rouvrir les frontières

L'UE veut éviter que les États prennent des mesures en ordre dispersé, comme ce fut le cas au début du confinement. La réouverture des frontières devra se faire de façon "concertée" et "non discriminatoire", insiste la Commission. "Il ne sera pas possible de procéder à une levée des restrictions uniquement pour une nationalité", selon Ylva Johansson, la commissaire aux Affaires intérieures. 

La Commission propose de suivre trois critères pour lever les restrictions à la libre-circulation. La situation épidémiologique de chaque État, la capacité à appliquer les mesures de confinement et les distances de sécurité, ainsi que les considérations économiques et sociales justifiant une reprise de la mobilité.

Reste à voir dans quelle mesure les gouvernements européens suivront ces recommandations, la réouverture des frontières et les mesures sanitaires relevant de la décision souveraine des États. Le Luxembourg devrait rouvrir ses frontières samedi prochain. L'Allemagne, la France et l'Autriche annoncent une levée des restrictions aux frontières pour la mi-juin.

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