La BCE muscle son plan de soutien financier

Christine Largarde, présidente de la BCE. ©REUTERS

Les dernières mesures adoptées par la BCE pour faire face aux effets du coronavirus sur les économies ont plus satisfait les obligataires que les actionnaires.

"Les temps extraordinaires nécessitent une action extraordinaire", a balancé dans un tweet Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), mercredi soir à l’issue d’une réunion qui a rassemblé les principaux responsables monétaires. Ces propos n’ont été que poliment salués par les marchés financiers européens ce jeudi. Ils rappellent un peu ceux tenus par son prédécesseur Mario Draghi qui, alors que la question de la viabilité de la zone euro était en question au plus fort de la crise de la dette grecque, avait dit qu’il ferait "tout ce qu’il faut pour sauver l’euro".

En deux mots, la BCE a décidé de muscler son plan d’achat, portant à 1.100 milliards d’euros ses achats d’actifs prévus sur les marchés cette année. Cette décision s’ajoute au troisième programme d’urgence adopté en 2 jours par la Réserve fédérale américaine pour faire face aux retombées économiques de l’épidémie de coronavirus ou encore aux mesures prises par les banques centrales d’Australie et de Suisse.

Les obligataires plus satisfaits que les actionnaires

C’est surtout sur le marché des dettes émises par les Etats de la zone euro que les mesures de la BCE ont le plus rassuré. En particulier celles émises par les pays les plus fragilisés par la propagation du virus, et qui avaient été victimes d’une forte défiance de la part des investisseurs à leur égard ces derniers jours. Le rendement à 10 ans de la dette italienne est ainsi retombé de 2,40% à 1,73%, ceux de la dette espagnole de 1,2% à 0,75% et du papier émis par la Grèce de 3,66% à 2%.

En comparaison, le rendement de l’OLO  belge de même maturité a limité son repli à 17 points de base à 1,73%, et celui du Bund allemand à 1,8 point de base à moins 0,26%.

Du côté des marchés boursiers, les investisseurs ont accueilli les mesures supplémentaires de la BCE, pourtant jugées adéquates, avec moins d’enthousiasme. La baisse des rendements obligataires aurait pu leur donner un coup de boost. Mais cela n’a pas vraiment été le cas. Les indices boursiers européens ont bien achevé la journée en hausse. Ils doivent toutefois cette performance à l’ouverture en hausse de Wall Street. Sans quoi, la plupart d’entre eux auraient fini dans le rouge.

En clôture, le Bel 20 affichait ainsi un gain de 2,32%, le CAC 40 de 2,68% à Paris et le DAX 30 de Francfort de 2,44%. A Milan, la séance s’est clôturée sur une hausse de 2,32%.

Liquidité et bénéfices de sociétés

La réaction divergente durant la majeure partie de la journée de ce jeudi entre les marchés des obligations souveraines et des actions peut se justifier par le fait que l’objectif premier des mesures prises par la BCE est d’assurer de la liquidité au marché. En particulier au circuit bancaire afin qu’il puisse assumer son activité de prêts aux ménages et aux entreprises. A l’instar de Tangi Le Liboux, stratégiste auprès d’Aurel BGC, on peut se demander "si les mesures de la BCE, même si elles rassurent, sont la solution pour interrompre la chute des actions".

Ce n’est peut-être que lorsque les investisseurs anticiperont l’approche du pic de la crise sanitaire qu’on pourra imaginer que les bourses auront touché un plancher.

A l’heure où les économies mondiales sont sur le point de basculer dans la récession en raison de la crise de coronavirus, qui contraint de plus en plus de pays à confiner leur population, la plus grande incertitude plane sur l’évolution des résultats des sociétés. Ceux-ci restent tout de même le facteur fondamental dans l’orientation des marchés boursiers. Ce n’est peut-être que lorsque les investisseurs anticiperont l’approche du pic de la crise sanitaire qu’on pourra imaginer que les bourses auront touché un plancher.

En bourse, on le sait, l’histoire ne se répète pas nécessairement. Mais il est bon de savoir que lorsque le S&P 500 avait touché un plancher au moment de la crise financière, il avait perdu 56% depuis son précédent dernier plus haut de l’époque. Pour l’heure, ses pertes s’élèvent à près de 30%...

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