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Faut-il tester tous les Belges?

La Belgique manque de certains réactifs essentiels pour les tests. Elle doit les trouver ou les fabriquer, et ça prend du temps. ©via REUTERS

Vu l'expansion de l'épidémie de Covid-19, la Belgique devrait pratiquer un dépistage massif, disent les experts. Plus de la moitié de la population est peut-être déjà contaminée. Mais où restent les tests?

Actuellement, la Belgique teste principalement les patients symptomatiques. Ceux qui toussent, souffrent de difficultés respiratoires et font de la fièvre. Pour les autres? On attend...

28.986 tests pour le Covid-19 ont été réalisés chez nous depuis le début de l'épidémie. Ces tests permettent de dire qu'il y a actuellement 3.743 cas confirmés en Belgique. Mais en réalité il y en aurait bien plus. Combien? Impossible à déterminer.

"On navigue à l'aveugle. On n'a aucune idée de l'extension du virus dans la population."
Jean-Luc Gala
UCLouvain

Ce week-end, deux chirurgiens de l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles ont écrit à la Première ministre, Sophie Wilmès, pour réclamer un test de détection systématique du coronavirus auprès des patients et du personnel soignant. "Il est inacceptable de s'entendre dire qu'on ne peut tester qu'une fraction des patients et du personnel, faute de réactifs", regrettent les professeurs Didier De Cannière et Guy-Bernard Cadière. 

D'autres pays ont, eux, lancé une campagne de tests à grande échelle. Ce dépistage massif rapide aurait permis à la Corée du Sud de lutter efficacement contre l'expansion de l'infection. 

"Le test PCR est le plus fiable, mais il demande des capacités en réactifs et en laboratoires très importantes."
Philippe De Backer
Ministre responsable de la task force "gestion des dispositifs médicaux"

Manque de réactifs

Pourquoi la Belgique ne le fait-elle pas, alors que l'OMS (Organisation mondiale de la Santé) recommande: "Testez, teste, testez"? "Parce qu'on n'a pas assez de réactifs", confirme Jean-Luc Gala, spécialiste des maladies infectieuses et professeur à la Faculté de médecine de l'UCLouvain. Au début de l'épidémie, la consommation de 6 mois de réactifs en période habituelle avait été engloutie en 6 jours...

"Il faut tester tous les contacts des personnes positives et puis encore retester les malades en cours d'évolution."
Jean-Luc Gala
UCLouvain

Résultat de ce manque de tests? "On navigue à l'aveugle. On n'a aucune idée de l'extension du virus dans la population. Les chiffres connus reposent sur une infime fraction de personnes contaminées. On peut tout à fait envisager que de 50 à 60% de la population est déjà contaminée."

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Le professeur à la Faculté de médecine de l'UCLouvain explique que "dans le contrôle d'une pandémie telle que celle-ci, il faut absolument élargir le spectre des personnes testées. Il faut tester tous les contacts des personnes positives et puis encore retester les malades en cours d'évolution." Et ce serait d'autant plus important que nombre de Belges se permettent d'outrepasser les consignes de confinement... "On n'arrive pas à faire prendre conscience aux gens qu'ils sont peut-être porteurs sans le savoir et vont contaminer une personne plus faible, plus âgée", regrette le spécialiste des maladies infectieuses.

Le temps de produire

Le test de référence fait appel à la biologie moléculaire. Il se base sur des cellules prélevées dans le nez. Il amplifie une partie de l'ADN du virus. En amplifiant certains gènes des millions de fois, l'on obtient un signal visible sur un écran. Ce type de test prend entre 4 et 5 heures.

"Le test PCR est le plus fiable, mais il demande des capacités en réactifs et en laboratoires très importantes", explique le ministre Philippe De Backer. "Pour sécuriser cela, nous travaillons sur trois fronts: avec les universités, avec des biotechs et des spins off pour trouver de nouveaux protocoles et avec les géants pharmaceutiques tels que GSK et Johnson & Johnson."

Deux autres types de tests existent. "Le test antigène est moins fiable, mais plus rapide", explique le ministre qui a la tutelle sur la task force en charge de l’approvisionnement des dispositifs médicaux. Il peut avoir un intérêt pour le triage des patients, mais n'est pas assez spécifique pour déterminer avec certitude des cas positifs ou négatifs au Covid-19. Quant aux tests anticorps, "nous les avons interdits parce qu'ils ne sont pas fiables", explique Philippe De Backer.

"On peut tout à fait envisager que de 50 à 60% de la population est déjà contaminée."
Jean-Luc Gala
UCLouvain

La Belgique possède les ressources humaines pour réaliser le dépistage. Elle a les infrastructures. Elle connaît la recette. Mais actuellement, il nous manque donc les composants pour lancer davantage que les 2.000-2.500 tests réalisés actuellement par jour. C'est grave, docteur? En réalité, ces composants sont fabriqués en Belgique, on n'est pas vraiment dépendant, comme pour les masques, de l'étranger. "Plusieurs de nos biotechs en fabriquent, le gouvernement est au courant et se bat pour que ces produits restent chez nous", explique Jean-Luc Gala. En effet, la demande pour les marqueurs de test est mondiale...

Tester... presque tout le monde

Donc, explique Jean-Luc Gala, il faut désormais attendre. "On a aussi repris des procédures anciennes qui permettent de "bypasser" l'absence de certains réactifs. Mais on ne peut pas "inventer" certains produits. Néanmoins, il y a une grande entraide entre les laboratoires. Certains, qui sont mis à l'arrêt, proposent leurs réactifs à d'autres."

L'intention est clairement d'élargir très fortement le nombre de personnes testées. Quasiment tous les Belges devraient être testés, dans le cadre d'une pandémie comme celle qui sévit actuellement, selon Jean-Luc Gala.

C'est bien dans cette optique que la ministre de la Santé publique, Maggie De Block, a lancé ce weekend une taskforce sous la direction du ministre De Backer. Ce groupe devra élargir au maximum la capacité belge de tests en encourageant la collaboration entre les laboratoires cliniques et hospitaliers, les universités, les entreprises biotechnologiques et pharmaceutiques ainsi que les fournisseurs de machines et de réactifs. Il faut aussi faire fonctionner au mieux la chaîne logistique.

Pour l'heure, Philippe De Backer ne peut encore donner aucun chiffre sur le nombre de tests qui pourront arriver sur le marché belge. Ni quand ceux-ci seront disponibles. Donc, difficile de dire exactement à quel point le testing des Belges pourra être élargi. "On verra au fur et à mesure qui on pourra inclure dans les tests, tout dépend des capacités qu'on atteindra. Mais nous avons bon espoir que la capacité devienne beaucoup plus importante", assure le ministre.

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