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La Belgique va vivre au ralenti les trois prochaines semaines

Il aura fallu plusieurs heures pour que le Conseil national de sécurité se mette d'accord sur les mesures à prendre face au coronavirus. ©Photo News

Les bars, les restaurants et les discothèques seront fermés dès samedi, et ce, jusqu'au 3 avril prochain. Les cours dans les écoles seront quant à eux suspendus. Le Conseil national de sécurité est parvenu jeudi soir, après de longues heures de palabres, à prendre une série de mesures fortes pour lutter contre le coronavirus.

Cette fois, nous y sommes! À l'instar de plusieurs pays européens, la Belgique passe à la vitesse supérieure dans sa lutte contre le Covid-19. Conséquence: le pays tournera au ralenti dans les prochaines semaines.

Le Conseil national de sécurité (CNS) a enclenché jeudi soir la "phase fédérale" de gestion de crise. Cette étape va permettre une coordination immédiate au niveau national de la lutte contre la pandémie de coronavirus. Son pilotage sera assuré via le centre de crise, sous la tutelle du ministre de l'Intérieur Pieter De Crem. Les recommandations et autres conseils, distribués mardi dernier par la Première ministre Sophie Wilmès sont de l'histoire ancienne. Le mode crise est activé, l'heure est à l'action!

"C'est dans l'adversité que nous devons montrer notre esprit de cohésion et de collaboration. Il faut prendre ses responsabilités".
Sophie Wilmès
Première ministre

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Mesures drastiques

Concrètement, la cheffe du gouvernement fédéral et les ministres-présidents des entités fédérées ont déjà convenu de suspendre les cours dans les écoles, mais aussi de fermer les bars, restaurants, discothèques, cinémas et théâtres dès ce vendredi à minuit et jusqu'au 3 avril, veille des vacances de Pâques. Ces mesures draconiennes doivent permettre d'éviter la propagation du virus et une éventuelle saturation des soins de santé. Tous les rassemblements récréatifs, culturels et sportifs, y compris extérieurs, sont également annulés.

Les crèches resteront, par contre, ouvertes normalement, à l'instar des pharmacies et des magasins alimentaires. Les autres commerces seront ouverts en semaine mais fermés le weekend, a expliqué Sophie Wilmès. "C'est dans l'adversité que nous devons montrer notre esprit de cohésion et de collaboration. Il faut prendre ses responsabilités", a-t-elle lancé.

En ce qui concerne les écoles, la Première ministre a souligné que des gardes seront organisées au moins pour les enfants dont les parents sont actifs dans les soins de santé ainsi que dans les départements en lien avec la sécurité publique. Pour ceux, dont il n’est pas possible d’assurer une garde autre que par les personnes âgées, les parents pourront aussi trouver une solution dans les écoles.

Les transports en commun vont continuer à circuler normalement, mais il est demandé de se limiter aux déplacements indispensables.

Accents communautaires

Ces décisions extrêmement fortes sont intervenues après une longue période de valse-hésitation. Alors que le nord du pays s'inquiétait des conséquences économiques d'éventuelles mesures drastiques, le sud appelait à ne plus tergiverser et à passer à l'action. La fermeture des écoles constituait l'un des principaux points de friction entre les communautés.

Avant même l'entame de la réunion, plusieurs membres du gouvernement flamand avaient exprimé leur opposition à toute fermeture. "Ce n'est pas à l'ordre du jour. Qui s'occuperait des enfants? Les grands-parents... Ce n'est pas une bonne idée", lançait bravache le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA) à son arrivée au 16. Les avis scientifiques et plusieurs heures de palabres l'ont toutefois conduit à effectuer une courbe rentrante. 

Urgence sanitaire

Avec 399 cas confirmés et trois décès sur son territoire, le plat pays n'échappe plus à la progression du Covid-19. Jeudi, ce sont 85 nouveaux cas qui ont été constatés. Sur le plan médical, le pays est toujours en phase 2 "renforcée", l'objectif restant de contenir la propagation du virus.

D’après certains professionnels de la santé, les critères seraient toutefois déjà réunis pour acter le passage à la phase 3 du plan belge. Celle-ci signifierait que le coronavirus circule désormais d'Arlon à Zeebrugge et que l'objectif n'est plus de contenir sa propagation, mais bien d'atténuer son impact.

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Voyages à l'étranger suspendus, événements annulés, activité ralentie: la propagation du nouveau coronavirus affecte de plus en plus la vie quotidienne des Belges, inquiets, mais aussi l'économie dans son ensemble.

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Initiatives locales

Si l'action politique n'a pas suivi au plus haut niveau avant jeudi soir, les initiatives s'étaient déjà multipliées à d'autres échelons. Plusieurs bourgmestres avaient, en effet, déjà décidé de reporter ou d’annuler des événements et des festivités dans leurs communes.

À Knokke et à Gand, tous les événements avaient été  supprimés à titre préventif. "S'ils ne font rien à l'échelon fédéral, je prends moi-même des mesures de prévention", avait averti le bourgmestre de Knokke Léopold Lippens. En Wallonie et à Bruxelles, de nombreux carnavals ont fait les frais de la propagation du coronavirus.

Au-delà des élus locaux, beaucoup d'entreprises ont également déjà agi. Jeudi, elles étaient de plus en plus nombreuses à encourager le télétravail. Une solution que le Conseil national de sécurité a d'ailleurs appelé à renforcer autant que faire se peut.

Les universités francophones et certaines hautes écoles ont, elles aussi, pris les devants en annonçant qu'elles passaient toutes à un mode d'enseignement à distance.

Pendant ce temps, l'inquiétude grandit dans la population. Des files kilométriques ont déjà été observées dans certains supermarchés, où les rayons des pâtes ont notamment été pris d'assaut.

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