La chute des prix de l'énergie fait trembler un peu plus les fournisseurs

La chute des prix du pétrole, les températures clémentes et la crise du coronavirus expliquent des prix de l'énergie exceptionnellement bas sur les marchés de gros. ©AFP

Les prix de l’énergie sont au plus bas sur les marchés de gros, la consommation industrielle d’énergie est en recul de près de 20% et les clients résidentiels sondent le marché afin d’obtenir le meilleur contrat possible.

Il y a quelques jours, Damien Ernst, le "Monsieur énergie" de l’ULiège, encourageait les ménages à renégocier leurs contrats d’approvisionnement en énergie, afin de profiter au maximum de la chute des prix de l’énergie sur les marchés de gros, conséquence directe de la crise du coronavirus et du ralentissement forcé de l’économie mondiale.

S’il est trop tôt pour mesurer l’impact des renégociations de contrats des clients sur les marges des fournisseurs, il ne fait en revanche aucun doute que les chutes des prix de l’énergie sur les marchés pèseront lourd sur leurs résultats. Rappelons que, selon une étude du consultant Arthur D. Little relayée dans nos colonnes, la marge EBIT des fournisseurs belges a déjà diminué de 1,14 à 9,81% entre 2015 et 2018.

La conjugaison de trois facteurs fait office de menace additionnelle pour les fournisseurs, déjà en difficulté.

1. Pouvoir de négociation des clients résidentiels

En Belgique, un peu moins d'un tiers de la facture d’électricité dépend du prix de l’électricité fixé par les fournisseurs. Celui-ci repose bien sûr sur la consommation des clients mais aussi sur le prix auquel il a été acheté par les fournisseurs sur les marchés à court et à long terme. Ces prix sont aujourd'hui en chute libre de sorte que les fournisseurs se retrouvent contraints de baisser leurs tarifs, afin que l’état des marchés se reflète dans la facture, et d’éviter qu’une guerre des prix n’éclate.

"Si les prix sont bas sur les marchés, c’est à cause de l’hiver clément que nous avons connu, du niveau historiquement bas des prix du pétrole et, bien sûr, du coronavirus."
Olivier Lechien
Porte-parole de Lampiris

A titre d’exemple, notons que, en région Bruxelles-capitale, Engie demande actuellement un prix de 0,0596 euro par kWh à ses clients souscrivant à un contrat fixe d’une durée de 3 ans. Au mois de mars, le kWh était facturé à 0,0599 euro (contrat "Easy3"). Le constat est le même chez les autres fournisseurs. Les fiches tarifaires de Lampiris pour avril affichent par exemple 0,0502 euros par kWh contre 0,0569 un mois auparavant pour un contrat similaire (contrat "TOP").

"Cette baisse des tarifs est le reflet de la baisse des prix de l’énergie sur les marchés", explique Olivier Lechien, porte-parole de Lampiris. "Si les prix sont bas sur les marchés, c’est à cause de l’hiver clément que nous avons connu, du niveau historiquement bas des prix du pétrole et, bien sûr, du coronavirus", poursuit-il.

2. Revente de surplus à prix cassés

"Puisque la consommation baisse du fait de la crise sanitaire et d’autres facteurs, la demande d’énergie chute."
Vincent Verbeke
Directeur des activités de gestion de portefeuille chez Engie

La chute des prix sur les marchés de gros est donc le fruit d’un déséquilibre, l’offre surpassant la demande. "Puisque la consommation baisse du fait de la crise sanitaire et d’autres facteurs, la demande d’énergie chute. Nous sommes donc contraints de rééquilibrer notre portefeuille en revendant sur les marchés à court terme l'excédent d’énergie que nous avions achetée au préalable", détaille Vincent Verbeke, directeur des activités de gestion de portefeuille chez Engie. "Pour nous, le défi actuel est de gérer le problème d’incompressibilité de l’offre et de maintenir l’équilibre de notre portefeuille, ce que nous sommes en mesure de faire grâce à notre parc de production et notre portefeuille de clients diversifiés."

"En raison de la forte baisse de la consommation, les volumes excédentaires ont dû être revendus à perte sur le marché de gros."
Stéphane Bocqué
Porte-parole de la Febeg

"Les fournisseurs achètent des volumes à l'avance afin de pouvoir approvisionner leurs clients. Cela est nécessaire pour pouvoir garantir un prix fixe aux clients. En raison de la forte baisse de la consommation, les volumes excédentaires ont dû être revendus à perte sur le marché de gros", ponctue Stéphane Bocqué, le porte-parole de la Febeg, la fédération regroupant les fournisseurs d'énergie.

Cet effet "volume" est d’autant plus douloureux qu’il concerne principalement les clients professionnels, étant donné que beaucoup d’entreprises sont contraintes à l’arrêt de leurs activités.

3. Défauts de paiement

"On peut s'attendre à ce que le risque de crédit augmente fortement."
Stéphane Bocqué
Porte-parole de la Febeg

Face à la crise, certains gouvernements régionaux ont interdit aux gestionnaires de réseaux de distribution de déconnecter certains types de clients du réseau en cas de factures impayées. Une mesure qui représente un risque non négligeable du point de vue des fournisseurs, comme le signale encore la Febeg. "Compte tenu de la situation précaire de certaines PME et d'un certain nombre de ménages, on peut s'attendre à ce que le risque de crédit augmente fortement. Ces dernières années, il s'est élevé à environ 80 millions d'euros par an. Nous pouvons nous attendre à une augmentation de 50 à 100 % dans la période à venir", avance Stéphane Bocqué.

A cette donnée, il faut ajouter la mise à l’arrêt de l’installation de compteurs à budget en Wallonie. De ce fait, les clients plus précaires restent alimentés par leur fournisseur actuel qui assume, ici aussi, le risque de défaut de paiement.

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