La colère des enseignants face au déconfinement express de l'école

Les mesures ont été allégées. La distanciation sociale n'est plus en vigueur en primaire et le masque pour les enfants non plus. ©Photo News

Les élèves de maternelle rentrent en classe mardi prochain, toutes les primaires suivront le lundi suivant. C'est l'incompréhension pour beaucoup d'enseignants. Chaque école va s'organiser à sa façon.

Ce jeudi, c'était déjà branle-bas de combat dans les écoles pour organiser la rentrée des maternelles, le mardi 2 juin, et de toutes les classes de primaire, le lundi 8. Pas facile. Du point de vue organisationnel, mais aussi parce qu'une certaine incompréhension règne. 

Cette nouvelle étape dans le déconfinement scolaire n'est pas obligatoire. Chaque établissement peut décider de postposer ou aménager la rentrée. Et c'est à lui d'informer les familles. Pour les enfants, aucune obligation non plus. "Et il n'y aura aucun contrôle", rassure le porte-parole de Caroline Désir, ministre de l'Éducation à la Fédération Wallonie Bruxelles.

Sentiments mitigés

Ces mesures répondent "à une partie des besoins des parents. Certains voudraient retourner au travail et donc remettre les enfants à l'école. D'autres voient leurs enfants isolés en difficulté morale ou mentale", analyse Joëlle Lacroix, la secrétaire générale de la Fapeo (Fédération des associations de parents de l'enseignement officiel). "Mais d'autres parents ont un manque de confiance. Ce n'est pas noir ou blanc, c'est une mosaïque de couleurs!"

"Le déconfinement est progressif, les mesures s'adaptent. Vu la situation, on peut se permettre d'avancer, alors on le fait."
Steve Detry
Porte-parole de Sophie Wilmès

"L'école est un droit fondamental, rappelle-t-on au cabinet de la ministre Désir. Si les experts disent que c'est possible, il est important d'offrir aux écoles la possibilité d'organiser cette rentrée." Mais du côté du corps enseignant, c'est parfois l'énervement. Pour le comprendre, il suffit de se rappeler la check-list de 150 points qui avait été imposée aux écoles pour la première réouverture et dont plusieurs sont désormais écartés, comme les masques et la distanciation sociale entre les enfants.  

Entre satisfaction et colère, on s'organise

À l’Institut St Joseph de Châtelet, Marc Lefevre, le directeur, était à pied d’œuvre depuis 7h30 ce jeudi, histoire d’analyser la circulaire reçue dans la nuit. Et avant 10h, il avait déjà bouclé l’essentiel du plan de cette école qui compte 690 élèves. "C'est vrai qu'on doit à nouveau tout remanier. Mais on est tous dans le même bateau..."

Pour lui, impossible d’assurer une rentrée à temps plein pour toutes les années de maternelle et primaire. "Mais on a deux entrées dans l'école. On va faire entrer un groupe de maternelle d’un côté et un de primaire de l’autre." Chaque classe n'aura qu'un jour d’école par semaine. "Avec un temps de midi réduit. Le ballon, touche-touche… Tout ça, c’était interdit jusqu’à maintenant à cause des distanciations et donc, les élèves restaient plantés.... Désormais les enfants peuvent jouer, mais uniquement avec toute leur classe, et on garde ce système."

"C'est vrai qu'on doit à nouveau tout remanier. Mais on est tous dans le même bateau..."
Marc Lefevre
Directeur d'école

Concrètement, ce directeur va maintenant envoyer un Google Form aux parents pour voir qui compte faire entrer son enfant en classe. "Pour l’instant, en 6e primaire, nous n’en avons que 14 sur 59." Les cours ne comporteront pas de nouvelles matières. "On va échanger sur la maladie, présenter les mesures et revoir les exercices envoyés ces dernières semaines. Ce sera un temps pour la remédiation." D'après le cabinet de la ministre de l'Éducation, liberté est laissée aux enseignants de décider du contenu des séances, notamment en fonction du nombre d'élèves présents.

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À l'Institut Notre-Dame de Loverval, Éric Jamme, le directeur des primaires, se dit "furieux contre les ministres. Mon collègue des maternelles n'a que deux jours ouvrables pour organiser sa rentrée!" Néanmoins, une rentrée à temps plein est envisagée pour toutes les années. "Mais c'est très compliqué à organiser. On doit décaler les entrées et les sorties, pour 400 familles qui doivent respecter la distanciation sociale..."

Brusque revirement?

Côté syndical, on se montre aussi très énervé. Monique Simon, secrétaire générale de la CGSP Enseignement Namur Brabant wallon, parle de "consternation". "Les organisations syndicales n'ont pas été consultées. Nous allons faire remonter nos questions vers le monde politique puis on se positionnera." Quelles sont les questions? "Pourquoi maintenant? Pourquoi un brusque revirement? Pourquoi peut-on supprimer ces masques alors que certaines écoles en ont acheté? Quid des professeurs qui travaillent sur plusieurs implantations? C'est l'incompréhension. On nous prend pour des cons!" 

Du côté du Fédéral, on se défend d'un "brusque revirement". "On aurait été beaucoup plus vite par rapport à quoi?, s'interroge Steve Detry, le porte-parole de Sophie Wilmès. Nous n'avions pas donné de date pour les maternelles. Le déconfinement est progressif, les mesures s'adaptent. Vu la situation, on peut se permettre d'avancer, alors on le fait."

Le programme

Le 2 juin
Qui: tous les enfants de maternelle.
Comment: sans masques, ni pour les enfants ni pour les enseignants. Pas de distanciation sociale non plus. Pourquoi? Ces mesures seraient trop difficiles à appliquer avec les petits.
L'horaire: à temps plein, si les écoles sont prêtes. Sinon, un ou quelques jours par semaine.


Le 8 juin (ou le 5 juin pour une journée de test)
Qui: tous les élèves de primaire. Ceux de 1re, 2e et 6e étaient déjà rentrés, restent donc les 3e, 4e et 5e. 
Comment: la distance physique n'est plus demandée entre les enfants, mais doit toujours être respectée entre les enfants et les professeurs, et entre enseignants aussi. Les élèves ne doivent pas porter le masque, même en 6e primaire. Les professeurs et accompagnants, par contre, si. C'est le retour des classes complètes. À la récréation, les enfants doivent rester avec leurs camarades de classe, on parle de "bulle de contact". Les activités d'extérieur sont encouragées, ainsi que l'aération des locaux.
L'horaire: à temps plein, si les écoles sont prêtes. Sinon, un ou quelques jours par semaine.

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