La Commission Covid débute par une volée de critiques: monopoles, chasse gardée...

Yves Coppieters, l'un des invités de la commission Covid, a pointé "la non-pluralité des experts qui ont influencé les décisions politiques". ©Photo News

La crise du Covid-19 a totalement pris de court la Belgique. Pourquoi? Qu'est-ce qui a foiré? Et pourquoi à ce point? Trois experts ont dressé leurs constats lors de la première séance de la Commission Covid. Ça pique déjà.

La "commission spéciale chargée d’examiner la gestion de l’épidémie de Covid-19 par la Belgique" devait commencer ses travaux en septembre. Mais vu la recrudescence de la propagation dans la population belge, une première réunion a été organisée ce vendredi. Seuls trois des quatre experts prévus y ont participé, le quatrième étant encore à trouver. Une partie des travaux s'est déroulée à huis clos, notamment à la demande des experts qui ne souhaitaient pas rendre publiques certaines parties de leurs notes.

Cette première séance a permis à Yves Coppieters (épidémiologiste à l’ULB), Floor Lams (spécialiste en gestion de crise) et Leila Belkhir (infectiologue à Saint-Luc) d'exposer leurs premiers constats, sur base de notes encore incomplètes vu qu'ils ont dû les clôturer trois semaines plus tôt que prévu. Mais on a déjà entendu de très nombreux griefs. Saga des masques, communication foireuse... Les débats à venir s'annoncent intéressants.

Quelle est notre vision de la santé?

Yves Coppieters a donné le ton en réclamant un regard plus systémique sur ce qui s’est passé, au-delà d'une vision purement centrée sur la santé et sur la personne. Il prêche pour un angle préventif traversant toutes les politiques, se disant "étonné par le cahier des charges de cette commission, qui demande une vision très rétrospective alors qu’on est toujours dans la crise". "Il faudrait que la commission se projette dans cette stratégie future", réclame l'épidémiologiste.

"La communication, ça a été la galère depuis le début. On ne savait jamais à qui s’adresser."
Leila Belkhir
infectiologue à Saint-Luc

Il a relevé un accès aux données très compliqué, tout comme Leila Belkhir qui a souligné: "La communication, ça a été la galère depuis le début. On ne savait jamais à qui s’adresser." Ou, illustrant la débrouille sur le terrain: "On a dû créer un groupe Whatsapp de médecins; le premier qui voyait une modification de Sciensano prévenait les autres."

Monopole d'experts et d'un labo

La question du monopole a traversé les interventions des deux scientifiques. "On ne comprend pas pourquoi on a choisi au début un seul et unique labo de référence sur le territoire belge (celui de la KULeuven, NDLR). C'est une des plus grosses erreurs de départ, ça a conditionné le nombre de tests, donc les critères de testing", a regretté l'infectiologue de l'hôpital Saint-Luc. L'épidémiologiste de l'ULB a pointé "la non-pluralité des experts qui ont influencé les décisions politiques", parlant de "chasse gardée", il a lancé: "C'est questionnant en termes de démocratie."

Son regard sur la gestion de la crise par les instances internationales n'est pas plus tendre. Ciblant l'OMS, "on s’est rendu compte qu'elles étaient "sous efficaces" ou contradictoires dans leur discours". 

Appel à l'aide

Cette première séance s'est attardée sur la méthodologie à appliquer par cette Commission Covid et sur ses objectifs. Clairement, la demande est à des recommandations à appliquer au plus vite. Ainsi, la question du testing est venue sur la table. Avec toutes les inquiétudes. "La problématique des antennes de tri n'est pas terminée, il faut agir maintenant, mettre de l’énergie pour les redéployer et tester rapidement les patients", a plaidé Leila Belkhir, s'inquiétant des stocks de réactifs et écouvillons en vue de l'automne, synonyme de recrudescence de virus atteignant les voies respiratoires.

La troisième experte, spécialiste de la gestion de crise, a pointé les failles de la structure existante de gestion de crise. Les Régions n'ont guère de place officielle, alors qu'elles ont leur rôle à jouer. La mission des bourgmestres n'est pas claire, les experts ne sont normalement pas repris dans cette ligne officielle... À clarifier à court terme, a demandé Floor Lams.

L'autopsie de cette crise toujours bien vivante devrait prendre un an...

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