La crise du coronavirus coûtera 100 millions d'euros à Skeyes

Pour le seul exercice 2020, Skeyes s’attend à une perte de revenus d’au moins 100 millions d’euros. ©Photo News

Avec la mise à l’arrêt du trafic aérien, le manque à gagner du contrôleur aérien Skeyes pourrait monter à 100 millions d’euros. L’entreprise demande le soutien financier du gouvernement fédéral.

Le gouvernement fédéral doit faire face à un nouveau problème dans le secteur aérien: en plus de compagnies aériennes, de bagagistes et de sous-traitants comme Sonaca et Asco, l’aiguilleur du ciel Skeyes vient, lui aussi, frapper à la porte du gouvernement Wilmès.

"Nous supposons que les compagnies aériennes ne paieront pas maintenant et demanderont à étaler leurs paiements."
Dominique Dehaene
Porte-parole de Skeyes

La mise à l’arrêt du trafic aérien suite à la crise du coronavirus a un impact énorme sur Skeyes. À cause des interdictions de voyager, presque toutes les compagnies aériennes ont décidé de laisser leurs avions sur le tarmac. À l’exception de quelques rapatriements et vols cargo, pratiquement plus aucun avion n’atterrit dans les aéroports belges. Mais les frais fixes énormes de Skeyes continuent à courir. Pratiquement tous les contrôleurs aériens sont des fonctionnaires statutaires ne pouvant être placés en chômage temporaire. De plus, une partie importante du personnel reste nécessaire pour assurer le service, même si les avions en vol sont assez rares.

"Le trafic aérien s’est effondré et nos rentrées en dépendent en grande partie", explique Dominique Dehaene, porte-parole de Skeyes. "Nos frais fixes continuent à courir."

Cette absence de revenus est très problématique pour Skeyes. L’entreprise dépend presque uniquement des montants déboursés par les compagnies aériennes. Sur les 240 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés par Skeyes en 2018, 72% provenaient du trafic aérien de passage ("en route") et 26% des avions décollant ou atterrissant dans les aéroports belges ("terminal"). Les pouvoirs publics ne déboursent que 9 millions d’euros par an pour Skeyes.

100 millions de pertes

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Pour le seul exercice 2020, Skeyes s’attend à une perte de revenus d’au moins 100 millions d’euros, confirme Dehaene. "Selon un scénario établi par Eurocontrol, les coûts pour les compagnies aériennes pour les services qu’elles n’utiliseront pas cette année en Belgique montent à 100 millions d’euros. Mais nous sommes en réalité encore plus pessimistes."

De nombreuses compagnies aériennes ont déjà fait savoir qu’elles ne paieraient pas. Elles font elles-mêmes face à d’énormes problèmes de liquidité à cause des nombreuses demandes de remboursement des clients, de l’absence de nouvelles réservations et des frais fixes qui continuent à courir, comme les coûts de leasing des avions. "Nous supposons que les compagnies aériennes ne paieront pas maintenant et demanderont à étaler leurs paiements", poursuit Dehaene.

"Nous sommes face à un trou de plus ou moins 100 millions d’euros pour les deux prochaines années."
Dominique Dehaene

En principe, Skeyes peut réclamer cet argent aux compagnies aériennes. Les tarifs fixés par l’entreprise se basent sur les projections à cinq ans en termes de trafic aérien et sont réévalués tous les deux ans. En 2022, s’il apparaît qu’il y avait plus ou moins de trafic en 2020, les coûts seront répartis entre Skeyes et les compagnies aériennes. "Nous sommes face à un trou de plus ou moins 100 millions d’euros pour les deux prochaines années."

Pour tenir le coup, le contrôleur aérien compte sur le gouvernement fédéral et espère qu’il pourra préfinancer sa perte de revenus. "Nous sommes en contact pour examiner comment nous pouvons garantir à court terme le fonctionnement de Skeyes et quelles solutions peuvent être trouvées à plus long terme", confirme Jasper Pillen, porte-parole du ministre de la Mobilité François Bellot (MR), qui espère qu’une solution pourra être trouvée à l’échelle européenne, vu que la plupart des contrôleurs aériens sont des entreprises publiques confrontées aux mêmes problèmes. "Skeyes n’est pas seule. C’est un problème européen", peut-on entendre du côté du ministre Bellot.

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