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La culture en colère

Le secteur culturel, grand oublié de la crise.

Dire que les artistes et le secteur culturel sont les grands oubliés de la crise, c’est un euphémisme. Mercredi, tandis qu’Emmanuel Macron, en bras de chemise et en mode copain-copain, annonçait son plan pour la culture, Sophie Wilmès renvoyait aux ministres compétents la faisabilité d’un déconfinement en y incluant les musées dont on pensait la réouverture acquise pour le 18 mai.

Mais vu l’accueil glacial qu’a reçu jeudi la proposition d’Ecolo de créer un fonds fédéral garantissant un revenu de solidarité entre autres initiatives parfois taxées de "populistes", pas sûr que Bénédicte Linard, la ministre de la Culture en Fédération Wallonie-Bruxelles puisse se faire entendre du Fédéral.

La balle est aussi dans le camp des artistes qui avancent trop souvent en ordre dispersé.

C’est d’ailleurs à ce niveau de pouvoir qu’est venue l’initiative avec la sortie, ce vendredi, de Nathalie Muylle (CD&V), la ministre de l’Emploi, qui vise à étendre l’accès au chômage temporaire aux artistes et aux techniciens pouvant faire état d’un contrat, rappelant au passage qu’elle a neutralisé les mois d’avril à juin pour ceux qui ont la chance de bénéficier du statut de l’artiste.
C’est bien sûr une bonne 
nouvelle, mais qui ne viendra pas à bout de la colère qui enfle ces derniers jours dans un secteur qui ne se sent tout simplement pas inclus dans la stratégie de déconfinement et qui assiste impuissant à l’effondrement de sa prochaine saison. 

"Un secteur que l’on ne nomme même pas", s’insurge Fabrice Murgia, le patron du Théâtre national, qui s’exprime ce samedi dans nos colonnes en tant qu’artiste. Car on parle avant tout d’hommes et de femmes qui aimeraient éviter d’émarger au CPAS ou de retourner vivre chez leurs parents. C’est déjà le cas pour certains d’entre eux.

Combien d’ailleurs sont-ils dans ce secteur? Les statistiques ne sont pas disponibles. On parle de 16.000 artistes, techniciens et personnel administratif dans le secteur de la création et d’un total de 80.000 artistes, professionnels ou non, actifs en Belgique. Le chiffre n’est pas vérifié, mais il traduit la diversité de notre vie culturelle, aujourd’hui en danger, et la partie visible d'un écosystème beaucoup plus vaste. Une industrie culturelle.

La balle est aussi dans le camp des artistes, qui avancent trop souvent en ordre dispersé: ouvrir leurs œillères pour réinventer leur secteur. C’est l’appel de Jacques Attali (lire en p. 48) qu’il faut moins prendre comme une provocation que comme un appel à une nouvelle vision pour la culture. Une opportunité qui ne se bâtira que collectivement.

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