La Défense, nouvel acteur inopiné dans la saga des masques

Depuis le début de la crise, l'armée a notamment apporté son soutien dans les maisons de repos, en rapatriant des ressortissants belges et en fournissant une aide logistique. ©BELGA

Pourquoi avoir fait appel maintenant aux services de l'armée pour acheter douze millions de masques en tissu? Et pourquoi pas avant? La réponse n'est pas très claire.

Les voies du système fédéral belge restent décidément toujours aussi impénétrables dans la crise actuelle: mardi, le ministre de la Défense Philippe Goffin a indiqué que le gouvernement avait chargé son département de lancer, via son service des achats, un marché public pour acquérir douze millions de masques en tissu destinés à la population belge. 

Une décision un peu surprenante, alors que l’on pensait que la saga des masques, marquée par de multiples rebondissements, paraissait terminée après les nombreux achats annoncés par les régions et le ministre Philippe De Backer et suite à la décision du fédéral de passer une commande de 20 millions de filtres auprès de deux sociétés belges.

Un petit problème

Mais voilà, vendredi, la Première ministre a annoncé que le port des masques de confort et de toute autre protection alternative serait "fortement recommandé" à partir du 4 mai dans l’espace public et même rendu obligatoire dans les transports en commun. Petit problème, a rapidement relevé le ministre de la Justice Koen Geens, il sera difficile de fournir un tel masque en tissu à chaque Belge d'ici le lancement de la première phase de déconfinement. Certaines entreprises belges peuvent certes confectionner ce type de masque en textile, mais pas dans un délai aussi court.   

Il s'agit d'une décision du cabinet de la Première ministre.

D'où probablement, le recours aux services de la Défense. Mais pourquoi ne pas avoir demandé au cabinet De Backer, en charge du matériel médical dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, de remplir cette tâche? Mystère. "Nous nous occupons des masques chirurgicaux et FFP2", qui restent réservés aux professionnels de la santé, personnel des maisons de repos ainsi qu'aux services de sécurité, se contente-t-on d'indiquer chez le ministre De Backer, en renvoyant vers les autres cabinets.

Du côté de la Défense, on ne fait pas plus de commentaires, en soulignant qu'il s'agit d'une décision du cabinet de la Première ministre, où aucune réponse n'a pu être obtenue sur l'entrée en jeu de ce nouvel acteur dans la fourniture de masques. 

Des outils sérieux

"Peut-être que quelqu'un s'est rendu compte au gouvernement, un peu tardivement, que la Défense passait sans cesse de très nombreux marchés publics tout au long de l'année et qu'il y avait une expertise dans l'armée" constate un observateur du dossier. "La Défense a des outils sérieux pour lancer des commandes", a fait valoir de son côté Philippe Goffin. C'est la Direction générale des ressources matérielles (DGMR), responsable des achats, des ventes, des travaux d'infrastructures et des programmes de coopération, qui prendra les choses en main.

"La Défense a des outils sérieux pour lancer des commandes."
Philippe Goffin
Ministre de la Défense

Nous n'en saurons pas plus, sauf que quelques militaires avouent ne pas avoir fait d'offre de services spécifique pour ce nouveau dossier, mais avaient fait état de la disponibilité de l'armée depuis le début de la crise. Ceci étant, il semble illusoire de penser que les premières livraisons des masques puissent se concrétiser d'ici le 4 mai, même en demandant le soutien d'une agence de l'Otan (la NSPA) chargée de répondre aux besoins d'acquisitions de l'Alliance atlantique et de ses États membres. 

Le recours à l'armée dans la crise actuelle est par ailleurs loin d'être une nouveauté. La Défense a envoyé des détachements médicaux dans les maisons de repos, procédé à des rapatriements de ressortissants belges ou fourni un appui logistique, notamment en matière de stockage. De son côté, l'hôpital militaire décharge ses équivalents civils de certaines tâches pour leur permettre de se focaliser sur les patients atteints du Covid-19. 

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