La dose unique de Johnson & Johnson, alliée clé dans la campagne de vaccination?

©BELGA/AFP

Le candidat-vaccin Johnson & Johnson devrait recevoir ce vendredi l’autorisation du régulateur américain. Pour l'Europe, il faudra encore attendre la mi-mars pour ce sérum auquel la communauté scientifique reconnaît de nombreux avantages.

Une dose plutôt que deux pour les autres vaccins déjà disponibles en Belgique. Si le vaccin Johnson & Johnson entre dans la danse de la vaccination belge, il s’ajoutera à l’arsenal dont dispose déjà notre pays.

À l’inverse des sérums développés par Pfizer/BioNTech, Moderna ou encore AstraZeneca, il ne nécessite qu'une seule dose pour être suffisamment efficace contre le Sars-Cov-2. Cette particularité pourrait être un coup de boost pour la campagne de vaccination belge.

"La question de la rapidité est essentielle par rapport à l'apparition de nouveaux variants."
Sophie Lucas
Immunologue et professeure à l'UCLouvain.

"Pour nous qui avons les moyens d'acheter deux doses des autres vaccins, cela permettra de vacciner plus rapidement, selon les stocks disponibles", note Sophie Lucas, immunologue et professeure à l’UCLouvain. "La question de la rapidité est essentielle par rapport à l'apparition de nouveaux variants."

Et le vaccin Johnson & Johnson, développé par Janssen Pharmaceutica, arrivera en Belgique plus tôt qu'espéré. S'il est validé par l'Agence européenne des médicaments à la mi-mars, le laboratoire a annoncé mercredi qu'il serait déjà en mesure de livrer 280.500 doses dès avril. Ce seront donc autant de personnes qui seront vaccinées tandis qu'avec les autres vaccins disponibles, le nombre de doses doit être divisé par deux.

Similaire à AstraZeneca

Rien n'est singulier dans le développement du candidat-vaccin Johnson & Johnson. C'est un vaccin à vecteur viral, de la même manière que celui d'AstraZeneca, mais qui fonctionne sur base d'un adénovirus différent.

La séquence génétique codant la synthèse de la protéine Spike, celle qui permet au Covid-19 de s'introduire dans nos cellules, est introduite dans un virus qui cause une maladie mineure. Janssen a choisi un rhume humain duquel est extrait le pouvoir de nuisance.

Une fois le vaccin injecté, nos cellules produisent la protéine Spike isolée et notre corps apprend à la reconnaître. De cette façon, si l'on est à nouveau exposé au virus, notre corps, qui connaît la protéine, neutralise les effets du Covid.

Jusqu'à 85% d'efficacité

Le candidat-vaccin de Johnson & Johnson s'est montré efficace lors des essais cliniques sur plus de 40.000 participants, tel que l'a confirmé mercredi la Food and Drug Administration (FDA). Son efficacité est créditée à 72% aux États-Unis, 66% en Amérique latine et 57% en Afrique du Sud. Janssen estime à 85% son efficacité globale contre les formes graves de coronavirus.

"Une immunité de six mois serait déjà assez pour envisager plus sereinement l'apparition de nouveaux variants, à condition d'obtenir un taux de vaccination de la population suffisant."
Sophie Lucas
Immunologue et professeure à l’UCLouvain.

Sophie Lucas rassure, cette efficacité variable n'est pas étonnante. Celle-ci étant le résultat d'un même essai clinique réalisé sur des populations différentes. "Différents paramètres peuvent jouer", précise l'immunologue. "On considère que les variants, et notamment le variant sud-africain, pourraient contribuer aux différences d'efficacité selon les régions." Elle évoque aussi des différences démographiques: un vaccin pourrait, par exemple, être moins efficace sur une population plus âgée, comme c'est le cas pour celui d'AstraZeneca.

Reste l'inconnue de la durée de l'immunité offerte par ce vaccin. Pour l'heure, on sait que la couverture générée par la dose unique est sans doute d'au moins six mois. Autrement dit, la période de recul qui existe actuellement suite aux phases de tests effectuées par les laboratoires.

"Ce minimum de six mois serait déjà assez pour envisager plus sereinement l'apparition de nouveaux variants, à condition d'obtenir un taux de vaccination suffisant", souligne Sophie Lucas. Elle estime que si on parvient à l'immunité collective grâce aux vaccins, nous pourrions éviter au moins deux vagues supplémentaires de l'épidémie.

Une opportunité pour les pays en développement

S'il est avalisé, le vaccin J&J aura un impact sur la vaccination en Belgique et, plus largement, en Europe. Mais c'est du côté des pays les plus pauvres qu'il pourrait jouer son rôle le plus important. Puisqu'il ne nécessite qu'une seule consultation pour l'injection et peut être conservé entre 2 et 8°C, ce vaccin présente de nombreux atouts logistiques.

"Dans de nombreux pays africains, la population doit parfois marcher plus de 5 kilomètres pour avoir accès à une structure de soins fonctionnelle."
Jean Macq
Professeur de santé publique à l'UCLouvain.

En Belgique, l'intervalle entre les deux doses des vaccins Pfizer, Moderna et AstraZeneca oscille entre trois semaines et trois mois, selon le vaccin. "Dans de nombreux pays africains, la population doit parfois marcher plus de 5 kilomètres pour avoir accès à une structure de soins fonctionnelle", précise Jean Macq, professeur de santé publique à l'UCLouvain. Dans ces conditions, le suivi des personnes pour l'administration d'une seconde dose est un défi dont on pourra se passer avec le vaccin de Janssen.

L'acquisition de ce vaccin permettrait aussi d'envisager une campagne de vaccination dans des régions où elle aurait été impossible compte tenu des conditions de conservation des autres vaccins anti-Covid. "Il est possible de le garder dans des frigos qui fonctionnent à l'aide de panneaux solaires ou au gaz", précise Jean Macq, qui estime que ce candidat-vaccin pourra "être facilement connecté et intégré dans la vaccination des pays en voie de développement", à condition qu'elle soit financée. C'est pourquoi l'expert insiste sur l'importance d'une grande solidarité internationale.

Des essais à deux doses

Si la dose unique revêt de nombreux avantages, le laboratoire Janssen conduit actuellement une étude de phase III sur un schéma à deux doses, avec 56 jours d'intervalle. Selon Sophie Lucas, l'efficacité sera sans doute supérieure à celle observée avec une seule injection.

Alors que l'OMS a fixé le seuil d'efficacité minimal pour les vaccins anti-Covid à 50%, l'immunologue rappelle que le choix entre un modèle à une ou deux doses est propre à chaque laboratoire. Pfizer/BioNTech, Moderna et AstraZeneca recommandent la double dose, car c’est le protocole qu’ils ont testé durant la phase III de leurs essais.

"Maintenant, il faudra voir les résultats d’efficacité dans les essais à venir, essais à deux doses pour Johnson & Johnson, ou une seule dose pour les autres. Il appartiendra aux États de choisir sur base de ces résultats, en tenant compte des différences d’efficacité et des avantages potentiels en termes de lutte contre l'épidémie", conclut-elle.

Coronavirus: pourquoi hésite-t-on à se faire vacciner?

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité