La fausse bonne nouvelle du confinement pour le jeu vidéo

Le salon Gamescom, prévu fin août, est l'un des plus grands du monde. Il pourrait bien être annulé. ©Photo News

Avec le confinement, les jeux vidéos ont la cote ces derniers jours. Mais la bonne nouvelle n’est sans doute que temporaire. Pour les développeurs qui misaient sur une sortie dans les semaines à venir, la situation risque d’être compliquée.

Confinement oblige, pour beaucoup, il faut se trouver de nouveaux loisirs. Fini les activités en extérieur, place à un paquet d’heures à écouler dans son salon. Ça sent bon l’excellente nouvelle pour le secteur du jeu vidéo. Depuis le confinement, le secteur voit effectivement le nombre d’utilisateurs grimper. "Certains développeurs annoncent des hausses de plus de 50%, d’autres de 80%", explique David Verbruggen, spécialiste du jeu vidéo et représentant du secteur flamand.

"Evidemment, on sait que c’est lié à la situation. Mais nous pensons aussi qu’il y aura un effet plus structurel sur le secteur et qu’il se ressentira à long terme."
Florian Giraud
Head of strategy and growth chez Shadow

Le constat se confirme également chez Shadow, une start-up parisienne spécialisée dans le cloud gaming, cette technologie permettant de transformer n’importe quel support en une console de jeu. "Depuis le confinement, la hausse fut progressive et suivait les mesures mises en place", explique Florian Giraud, head of strategy and growth. La fréquentation se situe désormais 50% au-dessus d’une journée classique. "L’augmentation se fait surtout en journée. D’habitude, moins de 50% de nos utilisateurs se connectent avant midi. Depuis le confinement, au moins 7 utilisateurs sur 10 jouent avant 12h", ajoute le responsable.

 

Bonne nouvelle pour Shadow donc. Elle semble toutefois temporaire. Difficile de croire que le nombre de connexions en journée restera à de tels niveaux, une fois le retour généralisé sur les bancs scolaires et au bureau. "Évidemment, on sait que c’est lié à la situation. Mais nous pensons aussi qu’il y aura un effet plus structurel sur le secteur et qu’il se ressentira à long terme."

 

"A court terme, le secteur n’est pas le plus à plaindre. D’ailleurs, nous ne demandons pas de soutien pour le moment. Mais il faudra être attentif à plus long terme."
David Verbruggen
Spécialiste du jeu vidéo et représentant du secteur flamand

Pour David Verbruggen, l’effet vitrine pourrait effectivement se ressentir. "Les joueurs ont découvert de nouveaux jeux et certaines personnes qui ne jouaient pas s’y sont mises", confirme le spécialiste. Le patron est néanmoins bien moins optimiste. "À court terme, le secteur n’est pas le plus à plaindre. D’ailleurs, nous ne demandons pas de soutien pour le moment. Mais il faudra être attentif à plus long terme."

Avec un pouvoir d’achat à venir qui s’annonce moins réjouissant, le budget jeu vidéo pourrait rapidement passer à la trappe. Les acteurs du marché s’y préparent. Certaines importantes sorties sont d’ailleurs reportées. "17% des développeurs européens indiquent qu’ils ne pourront pas survivre si la situation devait durer plus de trois mois. Si elle devait durer un an, près de la moitié des acteurs tomberaient en faillite", explique le patron.

Problème d’agenda

À court terme déjà, tout le monde ne vit pas le même confinement. "Certains développeurs qui viennent de sortir leur jeu profitent du ‘boom’ et voient leurs ventes s’envoler. Mais pour ceux qui sont en développement ou s’apprêtaient à lancer leur jeu, c’est beaucoup plus compliqué", remarque David Verbruggen.

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C’est ainsi le cas pour le studio bruxellois eXiin. Son dernier jeu devait sortir dans quelques semaines. L’aboutissement de trois ans de travail d’une équipe d’une dizaine de temps plein arrive sans doute au pire moment. "Nous allions débuter le marketing et la validation du jeu. Mais pour le moment, plus aucun diffuseur ne communique et les sociétés qui font les validations sont fermées", explique Sébastien Letouze, fondateur du studio. "La production physique devait également commencer, mais les usines sont à l’arrêt."

Outre le succès de la sortie de son dernier jeu, c’est surtout l’absence d’un prochain projet qui l’inquiète. "Nous devions repartir à la recherche de nouveaux investisseurs. La plupart des grands salons sont supprimés. Cela va donc être compliqué de trouver de nouveaux partenaires", regrette Sebastien Letouze.

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