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La pénurie de médicaments guette dans les hôpitaux

Certains hôpitaux craignent de tomber rapidement à court de médicaments pour traiter les patients souffrant du Covid-19. ©AFP

Après la pénurie de masques, plusieurs hôpitaux s'inquiètent de manquer de médicaments essentiels pour traiter les personnes touchées par le Covid-19. Dans certains établissements, la situation est déjà critique, nous assurent plusieurs acteurs du secteur.

La sonnette d'alarme a été tirée mercredi par plusieurs hôpitaux bruxellois dans une lettre ouverte. Sans initiative des autorités, ceux-ci craignent de se retrouver rapidement à court de médicaments indispensables au traitement des patients atteints du Covid-19. En fin de journée, l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) se voulait toutefois rassurante, affirmant avoir pris plusieurs mesures pour éviter une telle situation. Des livraisons ont eu lieu et d'autres sont prévues dans le courant de la semaine, a-t-elle expliqué.

"On est pour certains hôpitaux à deux jours de la rupture de stock. La situation est vraiment dramatique."
Yves Smeets
Directeur général de Santhea

Problème résolu, alors? Pas vraiment, à en croire Yves Smeets, le directeur général de Santhea, une fédération patronale d'institutions de soins wallonnes et bruxelloises. "On a des tas d'annonces au niveau politique et des agences gouvernementales, mais sur le terrain on ne voit pas assez arriver les choses", peste-t-il ce jeudi.

Curares et propofol

Selon lui, la situation en termes de stock est actuellement "critique" pour une petite vingtaine de médicaments. Elle l'est particulièrement en ce qui concerne certains curares et le propofol, des produits utilisés en soins intensifs pour endormir et soulager les patients intubés. "On est pour certains hôpitaux à deux jours de la rupture de stock. C'est vraiment dramatique."

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Malgré les annonces de l'AFMPS, les hôpitaux Iris Sud, qui ont paraphé la missive, restent eux aussi préoccupés. "Pour certains médicaments, nous disposons d'une semaine devant nous à utilisation constante, ce qui n'est pas gagné dans notre métier", explique leur directeur médical, Hervé Deladrière.

L'absence de transparence quant aux stocks dont dispose l'agence et la manière dont elle les répartit préoccupe également ce praticien. "De surcroît, on nous presse d'ouvrir de nouveaux lits de soins intensifs alors que nous sommes déjà quasi en pénurie des deux médicaments principaux. Si on accède à cette demande, ça ne va faire qu'aggraver la situation", précise-t-il.

Créativité

Du côté de Gibbis, fédération qui regroupe seize hôpitaux généraux et de santé mentale en Région bruxelloise, on pose un constat similaire: la situation est "critique", tant en ce qui concerne le matériel de protection (masques FFP2, blouses, gants...) que les médicaments. Il est crucial que les travaux de la task force fédérale, mise sur pied pour dégager des solutions, portent rapidement leurs fruits, insiste sa secrétaire générale, Marjorie Gobert.

"On trouve des solutions de rechange, on se débrouille."
Philippe Leroy
Directeur général du CHU Saint-Pierre

Au CHU Saint-Pierre, en première ligne du combat depuis le début de l'épidémie, on en remet une couche: il faut trouver une solution d'urgence. Pour autant, pas question d'être alarmiste. Son directeur général, Philippe Leroy, assure d'ailleurs que les soins intensifs vont pouvoir continuer à tourner, notamment grâce à la créativité de ses équipes. "On trouve des solutions de rechange, on se débrouille en élaborant d'autres cocktails que d'habitude, mais cela arrive à un moment où l'effort est déjà continu", explique-t-il. 

La tonalité est identique à l'hôpital Érasme. "La situation nous impose d'avoir recours à des solutions moins faciles ou qui requièrent plus de manipulations. Cela conduit à un impact sur la gestion qui peut s'alourdir, mais on s'adapte pour l'instant", commente son directeur médical, Jean-Michel Hougardy.

Sans relâche

"Toutes les parties concernées font tout pour commander autant de matériel que possible et le faire parvenir en Belgique."
Maggie De Block
Ministre de la Santé publique

Sollicitée par nos soins, la ministre de la Santé publique, Maggie De Block (Open Vld), nous assure qu'elle est "consciente" de la difficulté de la situation sur le terrain. "Nous le savons. Et nous agissons: les parties concernées font tout pour commander autant de matériel que possible et le faire parvenir en Belgique. Nous avons créé une task force, gérée par Philippe De Backer, qui travaille sans relâche sur la gestion et le réapprovisionnement des stocks. Le gouvernement fédéral soutient au maximum les hôpitaux et les Régions en centralisant les commandes", affirme-t-elle.

La libérale flamande ajoute "que la problématique de la disponibilité des dispositifs médicaux est internationale et non propre à la Belgique". 

Blocages injustifiés

Ses explications ne devraient toutefois pas satisfaire Yves Smeets de Santhea. "Il y a des tas de blocages qui sont justifiés en temps normal, mais nous pensons qu'en temps de crise comme aujourd'hui, certains obstacles doivent être levés", précise-t-il. Dans son viseur, les procédures de dédouanement de matériel, mais aussi des autorisations de mise sur le marché trop fastidieuses.

"Un certain nombre des molécules dont nous avons besoin existent aussi pour les vétérinaires. Elles sont disponibles mais elles ne peuvent pas être mises en vente pour usage humain", illustre-t-il. A ce sujet, l'AFMPS reconnaît qu'une piste est actuellement explorée pour le propofol.

L'inquiétude grandit en tout cas dans un secteur médical que les autorités ne parviennent pas à rassurer pleinement. "On a commencé par une crise sur les moyens de protection dont on n'est toujours pas sorti. On se dirige vers une même histoire en termes de médicaments. Comment voulez-vous qu'on soit à l'aise", conclut Hervé Deladrière.

 

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