La police "présente en masse" pour faire respecter le confinement

La majorité des forces de police du pays ont patrouillé ce mercredi pour faire appliquer les mesures de confinement. ©BELGA

Jusqu’à 4.000 euros d’amende et trois mois de prison, la majeure partie des patrouilles dispersées pour faire respecter le confinement, les contrôles de vitesse et la police judiciaire mis de côté : la police fait face, elle aussi, au coronavirus.

Il devient amusant de comparer les méthodes belge et française de respect du confinement. En France, martial, le Président Macron évoquait la "guerre" en cours et le préfet de police Didier Lallement, pas un tendre, scande: "Vous me connaissez, je vais faire comprendre assez vite les consignes."

En Belgique, on s’oriente vers une méthode plus douce, bien que ferme. À l'issue du Conseil national de sécurité, l'État a obtenu - c'est un exploit - un consensus global autour des contrôles du confinement. Du côté de la zone de police Bruxelles-capitale Ixelles, la commissaire Ilse Van de Keere évoquait en soirée un "dispositif renforcé sur le terrain afin de faire appliquer les nouvelles mesures, et des verbalisations en cas de mauvaise foi ou de récidive". Ainsi, de nombreux commissariats de quartier étaient fermés pour permettre une présence accrue sur le terrain, à la hauteur de la mission.

"Notre police est pratiquement entièrement dédiée au respect de la distanciation sociale et de la fermeture des commerces."
Un policier bruxellois

Depuis midi, ce mercredi, les policiers du pays ont engagé des patrouilles afin de faire respecter le confinement. "Notre police est pratiquement entièrement dédiée au respect de la distanciation sociale et de la fermeture des commerces", commente un policier d’une zone bruxelloise. "Le travail consiste en des rappels à l’ordre au niveau de la distanciation, à des groupes de jeunes et moins jeunes à qui l’on dit de se séparer. Jusqu’ici, ils le font sans souci."

Il s’agit d’appliquer au niveau national des consignes claires issues du Conseil national de sécurité. Ainsi, dans un communiqué, la police fédérale a martelé qu’elle serait "présente en masse sur le terrain à cette fin. C’est maintenant l’une de nos grandes priorités et, dans les premières heures, notre préoccupation consistera essentiellement à donner un signal clair à la population pour lui faire comprendre qu’il n’y a pas de marge de discussion ou d’avertissement".

De 208 à 4.000 euros d'amende

4.000
euros
Le délit de rassemblement interdit peut être puni jusqu'à 3 mois de prison et/ou par une peine d'amende allant de 208 à 4.000 euros

A la clé, des poursuites pour interdiction de rassemblement seront menées, donnant lieu à une peine comprise entre huit jours et trois mois de prison. Les amendes, elles, pourraient être colossales: de 208 à 4.000 euros.

Parmi les cibles principales de la police, les "groupes de personnes" de plus de deux, hors cellule familiale ou vivant sous le même toit. Ainsi, trois amis dans une voiture ou marchant en rue seront en infraction. De la même manière, les policiers du pays ont eu à faire la chasse aux plaines de jeux, interdites aux enfants - dont on sait qu'ils font partie des agents transmetteurs du virus -, alors que les parcs, eux, sont ouverts.

"Notre volonté est de privilégier l’approche administrative et consensuelle."
Les procureurs du Roi de Belgique

Ce mercredi soir, les consignes complètes n’avaient pas encore été transférées aux policiers. En effet, les innombrables cas pratiques posant question restent encore à préciser.

Du côté des parquets de Belgique, responsables de la politique pénale sur leur ressort, ils se sont unis pour tenter d’apporter une réponse identique dans chaque partie du territoire. "Notre volonté est de privilégier l’approche administrative et consensuelle, et de n’intervenir de manière judiciaire que si cette approche administrative n’est pas possible", précisaient mardi les 14 procureurs du Roi du pays, dans un communiqué aussi rare que strict.

Voilà pour la volonté de faire régner l'ordre. Mais la police parviendra-t-elle à mener de front cette lutte avec ses tâches habituelles? La police fédérale le jure, la main sur le cœur: "Nous continuerons à garantir la fonction de police de base et les missions vitales. Nous restons attentifs à toutes les formes de nouvelle criminalité."

20 à 25% de faits en moins

Les vols, vols avec violence, à l'étalage ou à main armée sont, de fait, réduits à peau de chagrin.

Pour autant, tous les policiers et procureurs contactés ce mercredi par L'Écho constatent que les enquêtes judiciaires dans leurs parties opérationnelles (perquisitions, interpellations qui nécessitent un grand nombre de policiers en même temps) sont à l'arrêt ou presque. De plus, la criminalité semble avoir déjà nettement chuté. Selon un policier d'une zone bruxelloise, il y a déjà entre 20 et 25% de faits en moins depuis la fin de semaine dernière, alors que les vols, vols avec violence, vols à l'étalage ou vols à main armée sont, de fait, réduits à peau de chagrin. "Il reste les problèmes liés à la promiscuité, dont les violences intrafamiliales, ou ceux liés à la santé mentale", commente ce policier.

Quant à la mission d'éviter la propagation du virus entre agents de police, elle est lancée. Pourtant, ricanait - jaune - un policier, lundi encore, les académies de police recevaient encore des étudiants. Les cours à distance ont été instaurés mardi.

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