La politique de testing au bord de l'implosion

Le testing s'est nettement développé au fil des mois en Belgique. Un centre de dépistage vient même de s'ouvrir à l'aéroport de Zaventem. ©REUTERS

La politique de dépistage, centrale dans la lutte contre le coronavirus, montre ses limites. Les professionnels de la santé réclament des aménagements.

Le coronavirus n'a pas fini de bouleverser notre quotidien. Dans un contexte de rebond de l'épidémie, la politique de dépistage s'avère cruciale. À l'approche de l'automne, elle l'est d'autant plus que d'autres virus vont entrer en scène.

Soyons de bon compte: après plusieurs mois laborieux, la Belgique a considérablement accru sa capacité de dépistage. Aujourd'hui, quelque 30.000 tests sont réalisés quotidiennement, rappelle le ministre fédéral Philippe De Backer (Open Vld). "C'est bien, mais des adaptations sont nécessaires", rétorquent les acteurs du monde médical.

Afflux ingérable

Ces derniers jours, plusieurs centres de tests, assaillis de demandes, ont tiré la sonnette d'alarme

"On se retrouve dans des proportions qui deviennent humainement et logistiquement ingérables."
Jean-Marc Minon
Chef de service du Labo Cita (CHR Citadelle)

Au Cita Drive, le centre de dépistage installé par le CHR Citadelle (Liège) sur un parking, on atteint la saturation. "Les retours de vacances, les rentrées des classes ou encore la diminution du télétravail peuvent sans doute expliquer cet afflux, mais on se retrouve désormais dans des proportions qui deviennent humainement et logistiquement ingérables", commente Jean-Marc Minon, le chef de laboratoire du CHR, en charge de l'analyse des plus de 1.000 prélèvements réalisés chaque jour.

Même constat du côté des généralistes "fatigués, usés et qui ne disposent pas toujours d'outils faciles à manipuler", selon Thomas Orban, actuel président du Collège de médecine générale.

Sans changement, les perspectives d'amélioration sont minces. Mais que faire? Alléger la charge administrative constituerait une première piste. "On a plus de secrétaires pour la paperasserie que d'infirmières pour les prélèvements", s'exclame le docteur Minon. Si cet aspect est important, le praticien insiste aussi pour que les règles des autorités en matière de dépistage soient respectées. "Actuellement, on teste vraiment de façon excessive", assure-t-il, rappelant qu'à peine 5% des personnes dépistées sont positives.

"Continuer à tester largement"

Interrogé par nos soins, le ministre De Backer reconnaît qu'une "procédure administrative indispensable" entraîne encore des délais, mais assure qu'un travail sur son automatisation est en cours. Par contre, limiter les dépistages n'est pas une option dont il veut entendre parler: "Il faut continuer à tester largement, sinon on va rater des cas!"

À l'entendre, la balle est surtout dans le camp des Régions, compétentes pour les centres de tri. Celles-ci devraient prochainement présenter un plan afin d'en augmenter le nombre et éviter la saturation de ceux en place. "Derrière, il y a assez de labos pour analyser les résultats", assure-t-il.

"Sans tests rapides, notre première ligne de soins sera tout simplement noyée et dans le brouillard par rapport aux autres infections."
Yves Coppieters
Epidémiologiste et professeur à l'École de Santé publique (ULB)

Des prélèvements rapides... et vite!

Afin de mieux répondre à l'afflux des demandes, les prélèvements rapides pourraient constituer un autre élément de solution. "Nos décideurs doivent investir dans les 'tests salivaires'. Ils sont plus rapides et permettent surtout de discriminer le Covid par rapport à d'autres virus", commente l'épidémiologiste Yves Coppieters (ULB).

Utilisés aux États-Unis ou en France, ces prélèvements salivaires, plus simples et moins désagréables que les prélèvements nasopharyngés, ne font pour l'instant pas partie de l'arsenal belge de première ligne.

5%
Actuellement, seules 5% des personnes subissant un test Covid s'avèrent infectées.

Moins précis que ceux réalisés avec un écouvillon, ils ne sont toutefois pas dépourvus d'atouts. Ils pourraient notamment être efficaces pour identifier des cas asymptomatiques dans le contexte d'un dépistage systématique.

Le temps de les adopter massivement est-il venu? Les experts planchent encore sur la manière de les intégrer à la stratégie, assure Philippe De Backer, qui se dit toutefois favorable à leur emploi.

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