La pollution a chuté de façon spectaculaire à Bruxelles

Les 300 caméras ANPR de la low emission zone (LEZ) ont permis d'observer une réduction de 62% de tous les véhicules entre une semaine dite normale et une semaine de confinement. ©BELGAIMAGE

Bruxelles Environnement a analysé l'impact du confinement sur quatre paramètres: le trafic, le bruit, la qualité de l'air et les émissions de gaz à effet de serre.

Ce n'est un secret pour personne: la période de confinement enclenchée le 18 mars dernier en Belgique a entraîné une baisse de l'activité économique ayant notamment pour conséquence une baisse de la pollution. Bruxelles Environnement a calculé cet impact pour la Région-Capitale.

Trafic

Bruxelles Mobilité a régulièrement délivré des chiffres relatifs au volume de circulation dans les tunnels de la capitale. Mais Bruxelles Environnement a également pu compiler des données sur l'évolution du trafic grâce à son réseau d'environ 300 caméras ANPR servant à contrôler l'entrée des véhicules dans la low émission zone (LEZ). Résultat: on observe une réduction de 62% de tous les véhicules entre une semaine dite normale et une semaine de confinement.

Il ressort aussi de l'analyse que la réduction du nombre de camionnettes (-47%) et de poids lourds (-38%) en circulation est plus faible que pour les autres catégories. "Cela peut s'expliquer par la hausse de certaines activités, notamment dans le domaine de l'e-commerce ou de l'approvisionnement des supermarchés", avancent les auteurs du rapport qui pointent aussi une diminution plus importante pour les navetteurs que pour les déplacements des Bruxellois.

Bruit

Sans surprise, les cinq stations de mesure dédiées au bruit routier démontrent une réduction importante du bruit de fond en ville durant le confinement. Les baisses les plus drastiques s’observent pour les périodes de journée et de soirée aux deux stations situées à proximité des autoroutes: de -7 à -16 dB(A) pour l'E411 (Auderghem) et de -2 à -10 dB(A) pour l'E40 (Woluwe-Saint-Lambert). "Une baisse de 10 décibels, cela peut sembler peu. Il est donc important de rappeler qu'il s'agit d'une échelle logarithmique et que cela correspond à diviser la source sonore par 10 soit réduire de 90% les émissions sonores", explique Marie Poupé, cheffe du département Bruit.

"Une baisse de 10 décibels, cela peut sembler peu. Il est donc important de rappeler qu'il s'agit d'une échelle logarithmique et que cela correspond à diviser la source sonore par 10 soit réduire de 90% les émissions sonores."
Marie Poupé
Cheffe du département Bruit

Pour les stations situées en bordure de voiries importantes, Bruxelles Environnement a constaté des baisses de bruit de fond allant de -5 à -12 dB(A) à la chaussée de Wavre et de -3 à -10 dB(A) sur l'avenue Houba-de Strooper. Déjà marqué en temps normal, l'écart du week-end est encore plus flagrant durant le confinement. Les diminutions observées à la station de la rue Guillaume Tell (Saint-Gilles) où le trafic automobile est essentiellement local sont les moins marquées: de -1 à -8 dB(A).

Qualité de l'air

L'impact sur la qualité de l'air est mesuré au travers de trois polluants: les oxydes d'azote (NOx), les particules fines (PM) et le Black Carbon (BC). Au terme d'un mois et demi de mesures, il ressort de l'analyse des données du réseau télémétrique que l'amélioration de la qualité de l'air est très significative dans les sites généralement fortement exposés aux émissions du trafic tels que le carrefour Arts-Loi. En moyenne, les concentrations de monoxyde d'azote (NO) ont diminué de 75% et les concentrations de dioxyde d'azote (NO2) de 50%. Dans les sites moins exposés au trafic, la baisse reste significative allant de 30 à 40% sur les concentrations de ces deux polluants irritants pour les voies respiratoires.

75
%
Dans les sites généralement fortement exposés aux émissions du trafic, les concentrations de monoxyde d'azote (NO) ont en moyenne diminué de 75% et les concentrations de dioxyde d'azote (NO2) de 50%.

En revanche, les niveaux de PM10 et de PM2.5 étaient comparables aux valeurs habituelles pour les mois de mars et avril. Le trafic routier contribue à la présence des particules fines dans l'air ambiant mais seulement à hauteur de 20% pour les PM10 et de 5% pour les PM2.5. Le phénomène de remise en suspension de particules fines dû au temps très sec durant le confinement ainsi que la formation de particules secondaires liée aux épandages de fertilisants masquent dès lors l'impact positif de la baisse d'émissions du trafic sur les concentrations de particules fines.

Mais cet impact positif existe bel et bien et se fait d'ailleurs nettement ressentir pour ce qui est du Black Carbon essentiellement émis par les moteurs diesel. Pour cette sous-catégorie de particules fines qui peuvent passer dans le sang via les alvéoles pulmonaires, on observe une diminution dans la même ligne que pour les oxydes d'azote.

Gaz à effet de serre

Le calcul de l’impact du confinement sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) s’est focalisé sur deux sources principales d’émissions, celles liées à la consommation de gaz naturel et aux émissions de CO2 du transport routier. En considérant que les autres secteurs émetteurs de GES n’ont pas été impactés de façon significative par le confinement, celui-ci a entraîné une diminution des émissions directes de GES de l’ordre de 24% sur la période analysée (14-31 mars).

"Pas de quoi se réjouir"

"Dont acte", nous dit Alain Maron (Ecolo) au sujet de l'analyse de Bruxelles Environnement sur les impacts du confinement. "Comme lors d'un Dimanche sans voiture, on prend les chiffres de la qualité de l'air et du bruit et on constate que la pollution baisse. Ce n'est pas une surprise et tout le monde s'y attendait. Mais il est impossible de se réjouir de ces résultats dus à un confinement dont les impacts économiques et psychosociaux sont tellement désastreux."

Chiffres sans appel

Tout au plus, le ministre bruxellois de l'Environnement estime que ces chiffres sont intéressants puisqu'ils résultent d'une expérience inédite. "Nous n'avions jamais vécu une réduction aussi longue et drastique du trafic automobile. La corrélation avec la pollution de l'air et sonore est démontrée de manière cinglante. Mise à part pour les PM10 et PM2.5 émises par des sources multiples, les chiffres sur les oxydes d'azote et le bruit sont sans appel."

Selon l'écologiste, l'enjeu sera de déterminer comment ces objectifs peuvent être atteints autrement. "Comment peut-on arriver ensemble, citoyens, entreprises et partenaires sociaux, à ce résultat positif avec un chemin qui soit tout autant positif? Et non par un chemin subi qui est celui du confinement imposé pour des raisons sanitaires. C'est la question qui se pose car on ne peut pas non plus se contenter de se dire que l'on espère retrouver d'ici septembre un air d'aussi mauvaise qualité qu'avant. Ce ne serait pas raisonnable étant donné que la réduction de la pollution augmente la qualité de vie pour tout le monde avec des impacts positifs sur la santé."

 

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