"La production de masques doit être viable et rentable"

Jurgen Alexius, CEO de Deltrian: "Les matériaux des masques sont largement les mêmes que dans la filtration." ©BELGA

Jurgen Alexius, patron de Deltrian, a "remporté" le marché des masques de la Région wallonne. Un acte citoyen avant d’être une diversification stratégique.

Deltrian est établie à Fleurus depuis la fin des années 1960. L’entreprise spécialisée dans la filtration sur mesure tourne bien. Elle ne manque pas de projets, avec une nouvelle implantation en Lituanie qui vient accroître ses activités à l’international après la Slovaquie, l’Italie, l’Allemagne, la Norvège, la Chine, notamment, et bientôt la Suisse, où l’entreprise wallonne finalise une acquisition.

"Il faut que le projet soit pérenne. Il ne s’agit pas seulement de répondre à une situation de crise de manière ponctuelle. "
Jurgen Alexius
CEO de Deltrian

Ses systèmes de filtration équipent différents types d’industrie : l’automobile, mais aussi le nucléaire, la sidérurgie, la papeterie… "Partout où il y a des émissions potentiellement polluantes, nous pouvons apporter quelque chose. Le travail ne manque donc pas actuellement ", constate Jurgen Alexius, le CEO de Deltrian, deuxième génération à la tête de l’entreprise. Les filtres maison équipent également des lieux où la ventilation nécessite une pureté quasi absolue, comme les salles d’opération des hôpitaux ou les salles blanches des laboratoires pharmaceutiques.

Profil

Deltrian

Fleurus

Emploi: 250 personnes

Chiffre d'affaires: 35 à 40 millions d'euros

11 filiales dans le monde

 

 

C’est dire qu’en matière d’hygiène et de protection, Deltrian en connaît un bout sur la question. "Avant de penser à répondre à l’appel d’intérêt de la Région wallonne, nous avons été interloqués, pour ne pas dire choqués, par la situation de crise. La fabrication des masques n’est pas notre cœur de métier, mais les matériaux de base sont largement les mêmes. Et donc les fournisseurs aussi", analyse rapidement Alexius. Il ne lui en faut pas plus pour passer un coup de fil à la Sowalfin. S’ensuivent des séances de travail de plus de 20 heures par jour pour boucler le dossier de présentation, dans un temps record pour une telle diversification. "Il faut que le projet soit pérenne. Il ne s’agit pas seulement de répondre à une situation de crise de manière ponctuelle."

Projet dans la durée

©BELGA

L’objectif de la Région est en effet d’installer cet outil de production dans la durée avec une capacité de production de 30 millions de masques par an. De sorte de se départir de la dépendance extérieure pour cet équipement dont on mesure chaque jour l’intérêt stratégique.

Au-delà de l’engagement citoyen qui a fait bouger Jurgen Alexius et ses équipes dans un premier temps, une conjonction d’éléments a permis de favoriser l’élaboration du dossier. "Nous venons de déplacer une partie de nos activités sur un autre site, libérant du coup plus de 2.500 m² à Fleurus. Et par ailleurs, le CEO de la société dont nous finalisons le rachat en Suisse a une longue expérience dans les équipements de protection du personnel médical. Sans compter l’aide de nos fournisseurs", se réjouit Alexius.

"Nos collaborateurs nous ont prouvé qu'ils étaient des guerriers."
Jurgen Alexius

"On ne s’est pas préoccupé de savoir si on était en concurrence avec d’autres entreprises sur ce dossier. On a avancé, poussé par le dynamisme de nos collaborateurs. Une fois de plus, ils nous ont prouvé que ce sont des guerriers !"

En quelques jours, le business plan est élaboré. Deux machines sont commandées en Allemagne après des contacts un peu partout dans le monde, notamment en Chine, pour trouver le meilleur fournisseur. La commande sera officialisée la semaine prochaine après une visite chez le fabricant. Et puis il fallait trouver la matière première, le polypropylène soufflé (melt blown) qui constitue la base de tous les filtres et que l’on retrouve aussi dans les masques FFP2 notamment. Un produit particulièrement recherché actuellement et dont la plupart des gouvernement ont interdit l’exportation.

"La structure devra se développer par elle-même et trouver son propre marché."
Jurgen Alexius

Alexius fait jouer ses relations de longue date avec un fournisseur allemand, qui parvient à lui en réserver 3 tonnes "après discussion avec le vice-Président allemand", fait remarquer le patron belge. A ce jour, la Belgique ne compte pas de producteurs de ce type de matériaux. "A plus long terme, c’est sans doute un point sur lequel il faudra se pencher."

L’objectif est maintenant que la nouvelle société, dont la Région wallonne sera actionnaire à 51%, soit opérationnelle d’ici fin mai. "Mais malgré l’urgence et la cause qui motive le projet, le but est que la société soit viable et rentable le plus vite possible", affirme Alexius. D’une capacité de 30 millions de masques par an, l’unité devrait atteindre le break even à 20 millions de pièces, dont les autorités se sont engagées à prendre une bonne part. "La structure devra donc se développer par elle-même et trouver son propre marché." A l’heure où la plupart des pays réagissent de la même manière que la Wallonie, le marché risque d’être fort occupé. Mais Jurgen Alexius fait montre d’une confiance à toute épreuve.

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