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analyse

La relance ne passera pas par Wilmès II

Sophie Wilmès durement interpellée après le couac des visites en maisons de repos. ©Photo News

La Première ministre insiste sur la nécessité de former un gouvernement reposant sur une majorité forte pour faire face à la crise économique une fois l'épreuve sanitaire franchie. On est encore loin du compte mais les partis se préparent au retour du blocage politique fédéral.

Un peu de "politique pure" de la part de la Première ministre, jeudi matin sur LN24. Sophie Wilmès, quelques heures à peine après un Conseil national de sécurité à l’issue chahutée, a indiqué que son gouvernement n’aura pas les reins assez solides pour déterminer une politique de relance de l’économie.

Elle a remis le couvert à la Chambre quelques heures plus tard alors qu'elle était durement interpellée sur l'autorisation des visites en maisons de repos.   

Redessinons le cadre avant de poursuivre: le gouvernement fédéral ne compte plus depuis décembre 2018 que trois partis, le MR, l'Open Vld et le CD&V, qui ne disposent ensemble que de 38 sièges sur 150 depuis les élections du 26 mai 2019. La crise sanitaire a conduit sept autres partis (N-VA, PS, sp.a, Ecolo/Groen, cdH, DéFi) à confier les pouvoirs spéciaux à cet exécutif résiduel pour trois mois renouvelables une fois, afin qu'il puissent agir rapidement. Ce total de 10 partis se réunit tous les samedis par vidéo-conférence. Jusqu'à quand? 

Un kern + à la peine

"J'estime que la relance économique, ce n'est plus de la gestion urgente de crise."
Sophie Wilmès
Première ministre (MR)

"J'estime que la relance économique, ce n'est plus de la gestion urgente de crise", a indiqué la Première ministre qui en appelle à nouveau à la formation d’un gouvernement qui dispose d’une majorité "en son sein". La relance demande des décisions "qui auront un aspect idéologique". "Pour cela, il faut une majorité solide", ajoute-t-elle alors qu'elle est fort critiquée par la presse flamande depuis quelques jours.

"Rien n’empêche d’y travailler, dit encore la libérale francophone, la situation décisionnelle dans laquelle nous nous trouvons n’est pas la plus évidente pour mettre la Belgique sur des rails stables". Ce kern du samedi à dix partis, "ne fonctionne pas", entend-on par ailleurs dans l'entourage du gouvernement. Trop de monde, trop de sensibilités différentes que pour pouvoir prendre des décisions fortes, dit-on. On constate que des mesures économiques idéologiquement marquées (primes défiscalisées, interdiction de dividendes par exemple) ont du mal à passer. Qu'en sera-t-il lorsqu'il s'agira de sortir l'artillerie lourde pour contrer la récession?

D'autres sont moins sévères. "Certains n'ont pas compris tout de suite la portée des pouvoirs spéciaux mais cela ne marche pas si mal", indique une source. "Il y a du respect et une tentation de jeu politique régulière mais celle-ci ne l’a jamais emporté sur l’action du gouvernement", témoigne François De Smet, président de DéFi.

Depuis un long débat sur les sanctions administratives communales, les partis qui ne sont pas d'accord sur certaines mesures, le font inscrire au PV du kern. Dans certains cas, le consensus n'est pas la règle, mettre dix partis d'accord dans l'urgence n'étant pas toujours possible.

Ceci dit, on commence visiblement à réfléchir à la suite. La sortie de Sophie Wilmès est un signe. 

Relancée sur l’idée de renflouer le gouvernement actuel avec d'autres partis, elle s’avance : "Si certains sont en mesure de faire suffisamment de compromis pour trouver un accord général, quand on se sera sorti de la crise sanitaire aiguë, c'est quelque chose qu'on va devoir clairement envisager".

Un programme

Doit-on lire là la volonté de remettre sur le tapis la notion de "reboot" évoquée lors des discussions - infructueuses jusqu'ici - cherchant à mettre en place une coalition alliant PS, MR, Ecolo, Open Vld, sp.a et CD&V? Pas vraiment. "Qu'on m'explique la différence entre cette formule et un nouveau gouvernement disposant d'un programme?", s'interroge un ténor francophone. 

Il apparaît évident qu'au regard des défis socio-économiques qui attendent le monde, la Belgique aura besoin d'une nouvelle feuille de route: un véritable programme de gouvernement appuyé par une majorité à la Chambre. "Vu la situation, on aura surtout des grandes lignes", tempère un négociateur.  

Quand et comment ce débat politique va-t-il se réenclencher? Pas dans l'immédiat. Mais d'ores et déjà des pistes circulent: recommencer des négociations classiques ou installer un gouvernement minoritaire dans la durée en font partie. Un axe PS/N-VA reste du domaine de l'illusion. Retourner aux urnes? Il serait irresponsable, en pleine crise économique, de provoquer une vacance du pouvoir de plusieurs semaines, entend-on. 

Alors qu'il y aurait une logique démocratique à consulter l'opinion après un tel séisme, il n'y a guère que l'extrême gauche et l'extrême droite, exclue l'une comme l'autre de la dynamique actuelle, pour éventuellement y souscrire.

Avec le déconfinement, reviendra le débat politique belgo-belge.  

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