La santé mentale des Belges risque de se dégrader dans les 12 mois

Les effets de la crise sur le moral des Belges pourraient ne se faire sentir que dans quelques mois.

Le baromètre de Solidaris centré sur le bien-être des Belges montre que ceux-ci ont plutôt bien encaissé la crise sanitaire et le confinement. Mais les craintes, notamment pour l'économie, devraient fragiliser certains publics.

"On doit s’attendre à ce que la santé psychologique de la population se dégrade dans les 6 à 12 mois. Il faut repérer les catégories les plus à risques et investir. Il ne faut pas attendre que les gens décompensent", prévient le professeur William Pitchot, psychiatre clinicien à l'ULiège, craignant que les intervenants (psychologues, etc.) ne soient débordés. Celui-ci réagit au baromètre "Confiance et bien-être" que Solidaris sort chaque année, mais qui vient de bénéficier d'une édition spéciale au vu de la situation exceptionnelle due à l'apparition du Covid-19 et au confinement qui s'en est suivi.

86%
des sondés
86% des personnes interrogées par Solidaris s'inquiètent pour l'économie.

Globalement, ce baromètre ne montre pourtant pas de résultats inquiétants pour la période qu'il couvre, du 5 au 12 mai, après sept semaines de confinement donc. La mesure du stress reste stable. 20% des 1.109 personnes interrogés jugent leur état de santé "très bon", contre 14% en septembre 2019. 24% expriment de l’anxiété fréquente contre 31% lors de l'enquête précédente.

Quel bienfait le confinement a-t-il donc apporté? Plusieurs éléments prouvent une meilleure qualité de vie. Ainsi, 59% des personnes interrogées disent manger équilibré, contre 46% précédemment. Moins de gens ont des insomnies. 74% des travailleurs sont plus heureux de leurs horaires. "C'est une parenthèse bénéfique, on a plus de temps pour soi et sa famille", résume Delphine Ancel, responsable des études chez Solidaris. 

"Il est terriblement important de voir ce qui va se passer dans 6 mois."
William Pitchot
psychiatre (ULiège)

Inquiets pour l'économie

Mais c'est donc la suite qui alarme. 86% des gens s'inquiètent déjà pour l'économie et 79% pour la santé mentale. "On sait que les décompensations psychologiques à venir seront plus en relation avec l’impact du virus sur l’économie des États, beaucoup plus qu’avec les risques sanitaires", explique le professeur Pitchot.

Il y a, de plus, une distorsion entre les craintes pour soi-même et celles, plus élevées, pour le collectif. Et certains publics sont particulièrement exposés aux conséquences néfastes: les malades de longue durée, les chômeurs, les familles monoparentales et les travailleurs précaires. Les pertes d'emplois et accroissement des inégalités les guettent et donc, la crise sanitaire, en devenant une crise sociale, risque d’assombrir leurs perspectives d’avenir. "Il est terriblement important de voir ce qui va se passer dans 6 mois", constate le psychiatre de l'ULiège. 

Que faire? Pour Jean-Pascal Labille, le secrétaire général de Solidaris, le rôle de l'État doit évoluer, dans un sens plus préventif et plus social. "Il faudra se battre pour refinancer l’État et la sécurité sociale."

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