"La souche britannique pourrait fortement changer le profil épidémiologique en Belgique d'ici quelques jours"

"La stratégie d'isolement devient capitale. Mais le problème, c'est que l'on sait que seuls les conseils et les appels du centre de tracing ne suffisent pas", constate l'épidémiologiste Yves Coppieters. ©Photo News

L'épidémiologiste Yves Coppieters estime que, face au variant britannique du Covid-19, la stratégie d'isolement est capitale. Le nouveau système mis en place pour diminuer les contacts entre les personnes infectées et leur entourage sera-t-il suffisant?

Le nombre moyen d'infections au Covid-19 est en hausse en Belgique depuis quelques jours. Cette augmentation s'élevait à +14%, ce lundi, pour la période comprise entre le 1er janvier et le 7 janvier. Est-ce inquiétant ou juste la conséquence de l'augmentation de 25% du nombre de tests après les vacances de Noël? Pour l'instant, le nombre d'admissions quotidiennes à l'hôpital est en baisse de -12% entre le 4 et le 10 janvier.

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Actuellement, seuls six cas de personnes contaminées par la souche mutante ont été répertoriés chez nous, mais il y en a probablement bien plus.

Si l'augmentation des contaminations est à surveiller, les signaux entourant le variant apparu en Grande-Bretagne, responsable d'une transmission plus forte que la souche habituelle et donc d'une contagion exacerbée, sont, eux, alarmants au vu de l'ampleur qu'a prise l'épidémie de l'autre côté de la Manche, en quelques semaines.

Actuellement, seuls six cas de personnes contaminées par cette souche mutante ont été répertoriés chez nous, mais il y en a probablement bien plus. Comment les trouver et empêcher qu'ils soient à l'origine d'une troisième vague?

De nouvelles mesures

Samedi, le microbiologiste Emmanuel André a pointé le retard pris par la Belgique dans la détection de ce nouveau variant. Il demandait que des "mesures extrêmement fortes" soient prises pour limiter sa propagation.

Désormais, l'inspection de santé anversoise prend contact avec les personnes revenues de l'étranger et chez qui la présence d'une souche variante est suspectée.

Pour savoir si une personne a été contaminée avec la souche variante du virus, il faut effectuer une analyse du génome et cela prend plusieurs jours. Néanmoins, certains tests PCR, dont ceux utilisés par la plateforme nationale qui s'appuie sur plusieurs centres universitaires (ULB, UCLouvain, KULeuven, ULiège, UNamur, UMons, UAntwerpen et UGent), donnent déjà une indication et peuvent donc être considérés comme des signaux d'alerte.

Contact tracing intensifié

Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke a réagi en mettant en place un nouveau système, d'abord expérimenté à Anvers. Désormais, l'inspection de santé anversoise prend contact avec les personnes revenues de l'étranger et chez qui la présence d'une souche variante est suspectée. Il est demandé à celles-ci "avec insistance" de respecter la quarantaine. On les invite aussi à refaire un nouveau test, au jour 10. Les proches des personnes "suspectes" seront aussi invités à se faire tester.

"Cette souche britannique pourrait fortement changer le profil épidémiologique en Belgique d'ici quelques jours."
Yves Coppieters
Epidémiologiste, professeur de Santé publique (ULB)

Pour rappel, les personnes ayant séjourné au moins 48 heures en zone rouge doivent actuellement passer un test à leur retour ainsi qu'au jour 7 et se placer en quarantaine.

L'isolement est capital, mais...

Mais cette stratégie suffira-t-elle? "Il faut absolument un protocole pour que tous les laboratoires capables de détecter cette souche le fassent, nous avons besoin d'une cartographie plus large des différents variants présents chez nous", réclame l'épidémiologiste Yves Coppieters. "Et la stratégie d'isolement devient capitale. Mais le problème, c'est que l'on sait que seuls les conseils et les appels du centre de tracing ne suffisent pas. Or, cette souche britannique pourrait fortement changer le profil épidémiologique en Belgique d'ici quelques jours."

Si les injonctions des opérateurs de call-centers ne suffisent pas, il faudra une surveillance du respect de la quarantaine, avec contrôle policier... "L'isolement, c'est le point faible de la stratégie. Il faut se donner les moyens pour obliger à une vraie quarantaine, en proposant une aide à ceux qui ne peuvent s'isoler chez eux", analyse le professeur de santé publique de l'ULB. "Il faut de la cohérence entre le système de surveillance et les moyens de prévention et de protection!"

Pour l'immunologiste Michel Goldman, il faut retarder autant que possible la dissémination des variants dangereux, le temps que les vaccins viennent compléter les mesures barrières. "Ceci nécessite un isolement très strict des sujets porteurs de ces variants", insiste-t-il, précisant "le terme isolement strict me semble plus approprié que celui de quarantaine".

"On pourrait se requestionner sur l'intérêt de refermer les frontières avec la Grande-Bretagne."
Yves Coppieters
Epidémiologiste

Les autres solutions

La plupart des indicateurs de l'épidémie semblent stagner depuis des semaines. Mais l'analyse par province montre que les nouvelles contaminations ont augmenté en Région bruxelloise (+76%) et dans le Brabant wallon (+45%) entre le 1 et le 7 janvier. Ça pose la question de l'efficacité des mesures actuelles.

"On pourrait se requestionner sur l'intérêt de refermer les frontières avec la Grande-Bretagne", glisse Yves Coppieters qui, faute d'une vraie cartographie, reconnaît qu'on ne peut se baser que sur des hypothèses. Mais au vu de ce qui se passe en Grande-Bretagne et des reconfinements initiés dans plusieurs pays, la possibilité d'un nouveau lockdown, à l'image de celui du printemps dernier, n'est plus à écarter pour les prochaines semaines.

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