analyse

La stratégie belge pour contrer le Covid est-elle vraiment erronée?

Pour Yves Coppieters, plusieurs mesures sont à garder absolument, comme "le port du masque à l’intérieur". ©Photo News

La gestion de la crise du Covid par les autorités devra être évaluée. Mais faut-il dès aujourd’hui suivre les médecins qui s’opposent au port du masque ou à la distanciation, alors qu’on sait que l’automne sera une période critique ?

Un collectif de médecins et professionnels de la santé a rédigé une carte blanche publiée dans la presse ce jeudi. Ils critiquent la gestion de la crise sanitaire par les responsables politiques belges. Ils regrettent un manque de clarté et de transparence, ils s’interrogent sur la légitimité des experts. "Confiner les personnes saines n’a aucun fondement scientifique", écrivent-ils. Ils relèvent que "les citoyens se voient à nouveau limités dans leurs libertés fondamentales". Alors que les indicateurs sont en baisse, faut-il en effet revoir de fond en comble la gestion de l’épidémie?

"Certaines mesures actuelles exaspèrent de nombreux professionnels et la population."
Yves Coppieters
Epidémiologiste (ULB)

"Il est clair que certaines mesures actuelles exaspèrent de nombreux professionnels et la population. Mais les signataires de cette carte blanche me semblent trop excessifs dans ce qu’ils dénoncent et proposent", analyse Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’ULB. "On ne peut pas rejeter à la fois le confinement, le vaccin et les mesures hygiénistes. Et se fier à l’immunité collective est une erreur scientifique. Mais proposer des groupes de travail avec des citoyens, ça, c'est une bonne idée."

"Les restrictions de voyage ont peut-être retardé la propagation internationale du virus mais n’ont pu l’empêcher."
Marius Gilbert
Chercheur en épidémiologie

Les limites des mesures

De nombreuses décisions ont montré leurs limites, on le sait. "Dans un monde autant connecté, les restrictions de voyage ont peut-être retardé la propagation internationale du virus mais n’ont pu l’empêcher", a ainsi expliqué Marius Gilbert, chercheur en épidémiologie qui participait à une journée d’information sur le Covid organisée par l’ULB ce jeudi. De même, le confinement a permis de diminuer le taux de reproduction du virus "mais a eu un faible impact sur la vitesse de dispersion", a constaté Simon Dellicour, spécialiste de l’épidémiologie spatiale.

Pour Yves Coppieters, plusieurs mesures sont à garder absolument: "Le port du masque à l’intérieur", pointe-t-il en premier lieu. Il lui semble également essentiel d’interdire les mouvements de foule lorsque les gestes barrières ne peuvent être appliqués. Il plaide aussi pour une attention accrue pour la ventilation des locaux.  Que pourrait-on laisser tomber, par contre ? "La bulle sociale. C’est trop compliqué pour les gens."

Meilleure maîtrise

18%
Un traitement à la dexaméthasone sur des patients gravement touchés diminue la mortalité entre 18% et 36%.

Le petit rebond qu’on a connu cet été n’a entraîné que peu de formes graves de la maladie. "Il ne doit pas être maîtrisé pour ses formes cliniques mais pour ses transmissions", note Yves Coppieters. En outre, l’évolution des connaissances a permis d'utiliser la dexaméthasone pour les formes compliquées de la maladie. "Pour les patients sous oxygène ou sous ventilation, elle diminue la mortalité entre 18% et 36%", a expliqué Nicolas Dauby (CHU Saint-Pierre).

Vit-on la fin naturelle du rebond ? "Je ne sais pas", avoue Yves Coppieters. "Mais on a vu que si l’on augmente les gestes de protection comme à Anvers, on casse vite la dynamique."

Ne pas perdre le fil

Evidemment, la donne pourrait vite changer. Retour de vacances, reprise du travail et rentrée des classes vont entraîner un gros brassage de population. "Je suis confiant, on est arrivé à un bon équilibrage pour les gestes barrières. Mais l’enjeu sera de pouvoir identifier les éventuels foyers dans les écoles, les entreprises, les familles en octobre et novembre, lorsque les autres virus, comme les syndromes grippaux, seront parmi nous. Le risque est d’en arriver à une transmission communautaire, comme c’est le cas en France où, dans de nombreuses régions, on a perdu le fil, la transmission n’est plus localisée."

Dans cette optique, les véritables enjeux sont donc la réussite du testing, qui devrait passer de 20.000 tests quotidiens aujourd’hui à 70.000 en octobre, et du tracing qui s’ensuit.

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