La télémédecine, un marché qui s'ouvre "grâce" à la pandémie

Milan Schreuer est le CEO d'une start-up qui entend bien se faire une large place sur un marché tout neuf en Belgique. ©saskia vanderstichele

L'Inami a donné son aval à plusieurs start-ups pour permettre les consultations à distance. Pour tout un environnement qui n'attendait que ça, la pandémie de Covid-19 permet l'éclosion de nouvelles opportunités.

L'entreprise s'appelle Telemedi. Petite start-up familiale, elle est portée par le multicarte Milan Schreuer, ancien médecin devenu journaliste (il est le correspondant belge du New York Times) et entend bien s'implanter durablement dans un environnement tout neuf en Belgique: celui de la télémédecine. Et la pandémie de Covid-19 a permis le coup de départ à ce mouvement tout neuf dans le pays. 

L'idée est simple et vieille comme la création de la visioconférence. Il s'agit de permettre aux médecins de mener des consultations sécurisées et fiables avec leur patient, à distance. Longtemps, jusque fin 2019, en Belgique, l'Ordre des médecins avait freiné des quatre fers, estimant qu'on ne peut mener une véritable consultation sans palpation et véritable auscultation. Mais avec la pandémie qui a transformé les salles d'attente des généralistes et les hôpitaux en potentiels nids à virus, le vent a tourné.

L'Inami débloque le marché

Milan Schreuer, qui vient d'une famille de médecins, explique avoir déjà imaginé son projet avant la crise. Mais dès le début de celle-ci, en mars, ses proches ne faisaient que lui répéter qu'ils ne pouvaient plus voir leurs patients. "J'ai contacté le gouvernement et l'Inami qui m'ont répondu que des directives étaient en place pour légaliser la chose. En quelques jours, l'Inami nous a proposé des codes. C'est exceptionnel", rapporte le CEO de la (toute) jeune pousse.

"Si on laisse faire Zoom, ils feront comme Amazon, prendront le monopole et décideront des règles du jeu."
Milan Schreuer
CEO et fondateur de Telemedi

L'accord de l'Inami permet le remboursement des consultations, et donc le signal du grand raout pour le secteur. C'est ainsi qu'aujourd'hui, Telemedi est devenue l'une des cinq plateformes de consultation médicale à distance "hautement recommandée" par la task force "data et technology contre le coronavirus", avec Click Doc, Doctena, Face Talk et Helena. Milan Schreuer assure qu'il s'agit de "la seule plateforme 100% belge" parmi celles-ci. Cette task force déconseille formellement les consultations via Zoom ou Skype, et juge "acceptables" celles menées avec WhatsApp.

"Le patient ne paye rien"

La plateforme est restée gratuite pendant le confinement et le restera jusqu'au 1er juin. Jusqu'au 1er juillet, Telemedi débute une période de testing d'un mois pour tous les inscrits, avant de décider de ses tarifs par la suite. "Le patient ne paye rien, Telemedi règle et se rembourse ensuite avec la mutuelle. On entend bien permettre qu'il reçoive ensuite sa prescription à son domicile", poursuit Milan Schreuer. Derrière ces quelques petites entreprises qui tentent d'investir ce marché tout neuf en Belgique, on retrouve aussi de grands acteurs mondiaux de l'informatique. "Si on laisse faire Zoom, ils feront comme Amazon, prendront le monopole et décideront des règles du jeu", pousse l'entrepreneur.

La téléconsultation (ici à Paris, pour une suspicion d'infection au Covid-19) s'est particulièrement développée ces derniers mois. ©AFP

Telemedi dit aujourd'hui être en contact avec de nombreux centres hospitaliers, en Flandre, à Bruxelles et en Wallonie, pour permettre l'organisation de la télémédecine. Contacté, Philippe Vanderbergh, chief medical information officer (un médecin chargé du développement informatique) au CHU Bruxelles, se dit soulagé de cette évolution toute récente. "Enfin, ça arrive! Heureusement, car avec la pandémie, nous aurons de plus en plus de problèmes pour voir les patients, les garder hors des murs, car les hôpitaux sont malsains. Le Covid est l'allumette qui a fait que tout est devenu possible. Tout était là et la télémédecine existe déjà chez nos voisins, en France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni", résume Vanderbergh.

Pas de cadre légal

"Le Covid est l'allumette qui a fait que tout est devenu possible."
Philippe Vanderbergh
Chief medical information officer au CHU Bruxelles

Vincent Qin, ophtalmologue chirurgien au Chirec, à Delta et aussi au CHU UCL Namur, se félicite aussi de cette innovation. "Elle nous est utile pour le suivi de patients chroniques, le renouvellement d'ordonnances. C'est une énorme valeur ajoutée qui va durer dans le temps, à un certain degré. Quand le retour à la normale se fera, la téléconsultation restera un moyen rapide et efficace. Le but n'est pas de remplacer ou substituer la consultation classique, mais d'être un outil supplémentaire", argumente le chirurgien.

Et au niveau légal? C'est là que le bât blesse, faute de cadre. Pour l'avocat Étienne Wery, spécialiste de la question, il y a urgence. "Depuis deux ans, la ministre de la Santé Maggie De Block a lancé des projets pilotes qui ont donné satisfaction. L'idée n'est pas de libéraliser la télémédecine, mais de dire quels sont les critères de qualité. Il n'existe pas de cahier des charges!" Dans une carte blanche publiée dans L'Echo, l'avocat appelait à "réfléchir au plus vite à la création d'un cadre juridique sécurisant" pour les patients, les médecins et les investisseurs de ce nouveau marché.

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