La Wallonie veut produire ses masques

Certains responsables politiques wallons ont émis l’idée d’implanter une ligne de fabrication industrielle de masques dans le sud du pays. ©Photo News

Des acteurs industriels s'activent pour tenter d'installer une ligne de production de masques en Wallonie. Des pistes sont aussi à l'étude pour lancer une filière de décontamination du matériel.

L’appel date d’une bonne semaine. En plein début de crise du coronavirus en Belgique. Face à la pénurie de masques buccaux sur le territoire et la dépendance à la Chine pour l’approvisionnement de matériel, certains responsables politiques wallons, comme la ministre de la Santé Christie Morreal (PS) ont rapidement émis l’idée d’implanter une ligne de fabrication industrielle de masques dans le sud du pays. Son collègue en charge de l’Économie, le libéral Willy Borsus, partage cette vision et va même un pas plus loin en estimant qu’une série d’activités industrielles devront être reterritorialisées en Wallonie après la crise.

Voilà pour le contexte. Devant l’urgence, l’appel lancé par le gouvernement wallon a très vite été relayé auprès des entrepreneurs par Biowin, le pôle de compétitivité des biotechs. "Nous avons été sollicités par le gouvernement pour analyser les possibilités de redéploiement en Wallonie d’une ligne de production de masques", explique Sylvie Ponchaut, la directrice de Biowin.

Univercells et Deltrian 

Depuis cet appel, les réunions téléphoniques s’enchaînent. Avec le concours des outils financiers wallons – SRIW et Sogepa – un projet est à l’étude avec des industriels, dont la biotech Univercells, spécialisée dans la production de vaccins, et le groupe Deltrian, spécialiste des systèmes de filtration.

"Nous avons identifié des machines en Chine que nous pouvons faire revenir rapidement."
Hugues Bultot
CEO d'Univercells

Conscient du rôle que les entrepreneurs ont à jouer pour surmonter cette crise, Hugues Bultot, le directeur d’Univercells, a monté un projet en quelques jours. "Nous avons identifié des machines en Chine que nous pouvons faire revenir rapidement. Nous pouvons également développer une zone blanche rapidement. Nous connaissons également les spécificités du textile. Nous le manipulons pour faire des bioréacteurs. Nous sommes clairement à disposition des autorités publiques pour aider même si notre spécialité est dans le vaccin. On peut trouver des solutions ensemble. Nous sommes prêts à aider à monter un tel projet. Le monde va travailler demain sur un autre paradigme avec des relocalisations. Nous devons donc travailler aujourd’hui sur une vision à long terme. Je crois à ce nouveau paradigme. C’est pour cela que je participe à ce projet."

"Il faudra peut-être accepter le prix de l’autonomie. On parle aujourd’hui de pénurie de masques dans les hôpitaux, au niveau des entreprises de production de vaccins,…"
Sylvie Ponchaut
Directrice de Biowin

Derrière cette mobilisation, les décideurs politiques entendent maintenant analyser la faisabilité économique d’un tel projet. "On doit notamment s'interroger sur l'aspect durable de cette ligne avec un prix de revient acceptable hors période de crise", souligne-t-on à la SRIW. Mais, comme le précise Sylvie Ponchaut, "il faudra peut-être accepter le prix de l’autonomie. On parle aujourd’hui de pénurie de masques dans les hôpitaux, au niveau des entreprises de production de vaccins… Si on regroupe toute cette demande au niveau d’une même ligne de production, il y a probablement moyen d’arriver à un projet viable. Peut-être pas au même prix que celui qu’on payait aux Chinois, mais on aura au moins une capacité de production et une autonomie."

Une filière de décontamination

À côté de la piste industrielle, les responsables wallons ont lancé une réflexion en parallèle sur une filière de décontamination de masques. Le gouvernement wallon a fédéré trois acteurs industriels (Lasea, Sterigenics et Ecosteryl) autour de trois centres de recherche (Materia Nova, Giga et Centexbel) et le CHU de Liège. "Des essaies techniques sont en cours de réalisation pour mettre en place un protocole à soumettre à l'agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS)", précise le cabinet du ministre Borsus.

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