Le "bazooka" anticrise de l'Europe se fait attendre

Mardi soir, le Conseil européen a "approuvé" la déclaration des ministres des Finances, les invitant à adapter les mesures en fonction de l'évolution de la situation. ©EPA

La réponse européenne à la crise économico-financière qui se prépare est-elle assez rapide? Le résultat de la première réunion de crise fait l'objet de critiques.

Rien d'autre pour l'instant, donc: mardi soir, le Conseil européen n'a pas annoncé de nouvelles mesures pour soutenir l'économie européenne face à la crise qu'annonce le Covid-19, soutenant simplement l'annonce faite lundi soir par les ministres des Finances.

Les vingt-sept grands argentiers feront "whatever it takes and more" pour contenir la contagion du virus à l'économie, avait assuré lundi soir Mario Centeno. Le président de l’Eurogroupe reprenait à son compte (en la musclant un peu) l’expression qu'avait employée Mario Draghi lorsqu'il pilotait la Banque centrale européenne en pleine tempête.

"L'Eurogroupe a montré un manque de capacité à construire une réponse véritablement européenne."
Sven Giegold
Eurodéputé écologiste

Mais les ministres des Finances n'avaient rien annoncé de nouveau pour contrer la crise économique qui devrait se superposer à la crise sanitaire – parmi les oiseaux de mauvais augure, la banque d'investissement américaine Goldman Sachs a indiqué mardi entrevoir une récession de 1,7% de la zone euro cette année en raison du virus.  

Les grands argentiers se sont bornés pour l’heure à faire état de mesures annoncées au niveau national et à soutenir celles proposées par la Commission (exceptions aux règles d'aides d'État, flexibilité sur les règles budgétaires notamment) et d’autres institutions. Et, oui, à résumer le tout par un chiffre: pour soutenir une économie en voie de paralysie il y a sur la table 1% du produit intérieur brut en stimulus budgétaire, 10% en mesures de liquidité (report de paiements d'impôts notamment).

Pour 410 milliards de plus

Mais six heures de téléconférence n'ont pas permis aux vingt-sept ministres de s'accorder sur le rôle que pourrait jouer le fonds de sauvetage financier de l’Union, le Mécanisme européen de stabilité (MES) – le "bazooka" anticrise. Le patron du fonds, Klaus Regling a indiqué que le MES dispose encore d’une capacité de prêt non utilisée de 410 milliards, soit environ 3,4% du PIB de la zone euro. "Nous allons réfléchir, et nous ferons ça avec la Commission, si et comment [les outils du MES] pourraient être utiles dans les circonstances actuelles", a-t-il indiqué.

"Nous allons réfléchir, et nous ferons ça avec la Commission, si et comment les outils du MES pourraient utiles dans les circonstances actuelles."
Klaus Regling
Président du Mécanisme européen de stabilité

La question n’a pourtant pas été directement abordée par les ministres des Finances, a indiqué le président de l’Eurogroupe. Parce que débat est "prématuré", a estimé de son côté le ministre allemand Olaf Scholz. Selon lui, l'existence même du MES devrait suffire à rassurer les investisseurs sur la capacité d’agir de l’Union, "parce qu'il peut être utilisé à tout moment et est extrêmement puissant", a-t-il dit au Handlesblatt.

"Opportunité manquée"

Les réactions déçues à cette première réunion Covid-19 des ministres des Finances se sont multipliées. L'Eurogroupe n'est pas encore en "mode crise", a ainsi regretté Lucas Guttenberg, chercheur au think tank Institut Jacques Delors de Berlin. L'ancien ministre grec des Finances Euclide Tsakalotos s'est de son côté inquiété d'une approche qui consiste selon lui à laisser les choses aller en disant qu'on fera quelque chose si nécessaire – "nous devons agir avant que les faits ne nous rattrapent", plaide-t-il. Tandis que l'eurodéputé écologiste allemand Sven Giegold considère que "l'Eurogroupe a montré un manque de capacité à construire une réponse véritablement européenne", et appelle à activer les lignes de crédit du MES "sans nouvelle conditionnalité en termes d'austérité pour les États membres qui deviennent victimes d'une attaque spéculative".

Les ministres des Finances doivent désormais se voir par vidéoconférence toutes les semaines pour faire le point sur la situation et les mesures à prendre.

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