Le CNS a-t-il agi à contretemps?

Marc Van Ranst s'est à nouveau montré très critique concernant les mesures du CNS. ©BELGA

Le Conseil national de sécurité (CNS) devait déboucher sur un modus vivendi plus clair et durable entre vie sociale et coronavirus. Résultat: des assouplissements, mais pas de basculement. Et des chiffres toujours en hausse.

D'un côté, on assouplit les mesures. De l'autre, le virus court de plus en plus vite.

Comment justifier ce mouvement a priori contradictoire amorcé par le CNS ce mercredi? La Première ministre Sophie Wilmès avait annoncé fin août revenir vers la population fin septembre pour lui présenter un nouveau pacte durable entre la nécessaire gestion du risque sanitaire et la possibilité concrète pour les Belges de continuer à "vivre avec le virus". Et pourtant, de basculement dans la gestion de l'épidémie, il n'y a pas eu.

Les courbes de l'épidémie restent résolument orientées à la hausse. Selon les derniers chiffres de Sciensano, publiés ce jeudi, le taux de contamination pour 100.000 habitants, calculé sur la période allant du 7 au 20 septembre, est désormais à 140 (+138%). Le nombre moyen de contaminations au coronavirus par jour a atteint 1.425 cas (+62%). Sur la seule journée de mercredi, pendant que se tenait le Conseil national de sécurité, 1.661 nouveaux cas positifs ont été recensés. Les hospitalisations sont en hausse de 21,7% (57,1 en moyenne par jour), y compris au niveau des soins intensifs, mais on est loin de risquer la saturation du système. La courbe des décès reste quant à elle stable (3,7/j.).

On le voit, le virus continue à se répandre dans la population, à la faveur de la rentrée scolaire et académique, d'une reprise de la vie sociale et sans doute plus largement d'une lassitude d'une partie de la population quant à une situation qui s'éternise: plus de six mois désormais que les premières mesures ont été annoncées.

Dans ce contexte sanitaire, difficile de lâcher trop la bride, mais difficile aussi de venir les mains vides lors de ce CNS très attendu.

Assouplissements

"Ces mesures sont en contraste frappant avec la réalité".
Marc Van Ranst
Virologue

Sophie Wilmès avait chargé le Celeval de plancher sur un train de mesures permettant de trouver le subtil équilibre en contraintes nécessaires et retour à une forme de normalité souhaité. Or, le rapport du Celeval, qui prônait notamment l'instauration d'un baromètre national de l'épidémie permettant de cibler les mesures éventuelles, n'a finalement pas été retenu par le CNS.

Qui a donc accouché de mesures assez convenues. Quelques assouplissements, mais rien de basculant dans la gestion du virus. Une bonne partie du dispositif en place est maintenu. Des améliorations sont apportées au dispositif de testing.

Résultat, estiment plusieurs experts, le flou dans la communication n'est pas levé. Comment comprendre que l'on assouplit quand les chiffres du Covid-19 sont en hausse, interroge Maarten Vansteenkiste, psychologue qui conseille le Celeval. Il ajoute qu'à son sens, le CNS aurait dû être reporté d'une semaine, vu l'absence de baromètre.

"Le rapport du Celeval n'était pas abouti", réplique une source bien informée. Il était "rempli de bonnes intentions". Mais pas assez concret. Et donc inutilisable par le politique, nous dit-on. Le Celeval a donc été renvoyé à sa copie et doit revenir dans quinze jours avec un baromètre appliquable en pratique.

Van Ranst: "Pas le moment d'assouplir"

"Ces mesures sont en contraste frappant avec la réalité", a pour sa part critiqué le virologue Marc Van Ranst. "Quand on voit les chiffres, ce n'est certainement pas le moment d'assouplir. Il ne faut pas être un grand virologue pour prédire que les chiffres vont encore augmenter ces prochaines semaines", a-t-il jugé sur la VRT dès le CNS terminé. Selon lui, "il faut s'attendre à de gros problèmes ces prochaines semaines si on ne fait rien". L'homme est un habitué des sorties virulentes. "Il a pourtant participé à trois réunions du Celeval juste avant le CNS", nous rapporte-t-on, "mais quand les décisions ne sont pas celles qu'il a voulues, il critique."

Marius Gilbert quitte le Celeval

"Paradoxalement, il va peut-être falloir que les infections et les morts remontent pour remettre tout le monde d’accord."
Marius Gilbert
Épidémiologiste

Symbolique: en marge des annonces du CNS, on apprenait mercredi que l'une des figures emblématiques des experts qui conseillent les autorités politiques depuis le début de la crise du coronavirus faisait un pas de côté. L'épidémiologiste Marius Gilbert a pris la décision de quitter le Celeval, a-t-il fait savoir dans une interview à Paris Match Belgique. Un investissement "incompatible avec mon travail académique", a-t-il expliqué.

Marius Gilbert évoque aussi la pression liée à ce rôle de premier plan - une "charge mentale permanente" - et regrette "ce climat délétère" qui s'est installé ces dernières semaines à l'égard des experts. "C’est comme si tout le monde oubliait que l’on doit le niveau bas actuel de l’épidémie à l’ensemble des mesures qui sont encore en place. Paradoxalement, il va peut-être falloir que les infections et les morts remontent pour remettre tout le monde d’accord."

Des divergences d'interprétation de la situation sanitaire et de la réponse apportée par le CNS sont également apparues chez les politiques. Sur Twitter, le microbiologiste Emmanuel André s'est dit "gêné" des messages contradictoires qui ont pu être véhiculés.

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