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Le contact tracing, un dossier brouillon et brûlant

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Le dossier du contact tracing numérique est un cas typique belge. Un dossier brûlant qui passe de main en main entre les différents niveau de pouvoirs. Les entreprises impliquées dans le dossier y perdent leur latin.

Le sujet agace. Personne n’y comprend grand-chose, les politiques tardent à prendre des décisions et les entreprises travaillant sur une solution perdent patience.

Pour bien comprendre le dossier, il faut le découper par échelon. Le premier échelon, c’est le Fédéral. À la manœuvre au départ, c’était le cabinet du ministre Philippe De Backer. Après avoir avancé sur le dossier, il est arrivé à la conclusion qu’il serait trop compliqué de trouver une solution combinant des garanties sur la vie privée et une adhésion forte de la population. Il a donc passé la main aux Régions après le rappel du Conseil d'Etat expliquant qu'il s'agissait d'un compétence des Régions et Communautés et se contente désormais de définir un cadre légal pour l’utilisation d’une solution de tracing.

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Comme nous l’avons révélé ce mardi, ce cadre légal comprend la création d’une base de données Covid gérée par Sciensano que l’Autorité de protection des données et le Conseil d’État ont déjà recalé. Un autre projet de loi dédié à l’application de tracing est sur la table. Déposé par le groupe Écolo/Groen et cosignée par une majorité de partis, il entend définir les contours de l’utilisation d’une technologie et garantir le respect de la vie privée de chacun. Cette proposition de loi est toujours au stade du projet, mais a de grandes chances d’être votée.

La main aux Régions

L’échelon suivant ce sont les Régions et Communautés. Ces dernières sont compétentes en matière de prévention de la santé. Elles ont désormais en principe la responsabilité finale quant au choix de l’application, si elle voit le jour. Pour l’instant elles privilégient le contact tracing via les call centers. Elles semblent frileuses de faire le choix d’une application qui a eu mauvaise presse au cours des dernières semaines. Il faut aussi qu’elles s’accordent entre elles pour tenter de choisir une solution commune, ce qui ne facilite pas les choses.

Le dernier échelon, ce sont les entreprises qui travaillent sur des solutions. Plus de 70 propositions d’application ont été proposées à ce jour. Pourtant une application développée par la KULeuven et l’équipe du professeur Bart Preneel semble avoir une longueur d’avance. Bart Preneel était le représentant belge au sein du groupe de travail européen qui a mis au point le protocole DP3T qui sert de base de travail pour certaines applications de tracing européennes, dont l’Autriche et la Suisse. 

"Il y aura bien un marché public et/ou un contrat-cadre pour le choix de l'entreprise qui fera l'application."
Frank Robben
Directeur de la plateforme fédérale eHealth et CEO de Smals

Le super-échelon fédéral

C’est ici qu’intervient ce qu’on va appeler la super-couche ou le super-échelon: le comité interfédéral. Ce dernier qui rassemble les Régions et des personnalités de la santé publique (comme Frank Robben, responsable de la plateforme fédérale eHealth) a maintenant la main pour avancer dans le dossier.

Contacté par nos soins, Frank Robben l’assure: "Il y aura bien un marché public et/ou un contrat-cadre pour le choix de l’entreprise. Il n’y en a pas encore car aucune décision n’a été prise en la matière. Il faut prendre son temps car nous n’aurons droit qu’à une seule chance." Quant à l’implication de la KUL dans le dossier: "Bart Preneel et son équipe de la KUL ont déjà beaucoup travaillé sur le sujet, maintenant il manque le développement de l’interface et la phase de test." Avant de conclure dans un esprit rassembleur: "Toutes les solutions sont les bienvenues". La saga du contact tracing se poursuit donc.

 

. Bart Preneel était le représentant belge au sein du groupe de travail européen qui a mis au point le protocole DP3T qui sert de base de travail pour certaines applications de tracing européennes, dont l’Autriche et la Suisse. 

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