Le coronavirus, une facture à plus de 2 milliards pour les hôpitaux?

L'épidémie a mis les hôpitaux à rude épreuve. Jusque dans leurs résultats financiers, qui n'étaient déjà pas brillants. ©Photo News

À situation exceptionnelle, réaction exceptionnelle. Dans sa dernière étude, Belfius ne se contente pas de décortiquer les comptes 2019 des hôpitaux. Mais tente de voir ce qui va leur arriver en 2020.

Voilà un classique qui a pris, cette année, une coloration inédite, coronavirus oblige. Cela fait plus d'un quart de siècle que Belfius décortique, dans son étude "Maha", les finances des hôpitaux belges.

Covid ou non, pas question de faire l'impasse. Mais voilà: se limiter au seul exercice 2019 aurait été un peu court, sachant qu'une tornade financière a déboulé en mars 2020. Parce que, non contente de constituer un drame humain et un désastre sanitaire, l'épidémie s'est appliquée à saccager le fragile équilibre financier des institutions hospitalières. Coûts en baisse, recettes qui s'effondrent, le cru 2020 laissera des traces. Que Belfius a tenté d'approcher.

2019, dans la lignée de 2018

Que ressort-il de l'inspection des comptes 2019? Belfius a eu accès aux données de 87 des 88 hôpitaux généraux que compte le pays - le cas des 7 hôpitaux académiques étant traité à part.

16,13
milliards d'euros
En 2019, les 87 hôpitaux généraux inspectés ont dégagé un chiffre d'affaires de 16,133 milliards d'euros, en progression de 5% sur un an. Rien de spectaculaire cependant, la rentabilité du secteur restant famélique: le résultat courant des hôpitaux généraux pèse à peine 0,48% de leur chiffre d'affaires.

L'an passé, leur chiffre d'affaires a atteint les 16,133 milliards d'euros, en progression de 5%. Pas de quoi pavaner pour autant, le résultat courant ne s'élevant qu'à 76,7 millions. C'est certes plus qu'en 2018 (30,4 millions), mais la rentabilité du secteur reste famélique, ce résultat ne pesant que 0,48% du chiffre d'affaires.

Intégrer les hôpitaux académiques n'embellit guère la donne, le chiffre d'affaires passant à 20 milliards et la rentabilité à 0,46%.

Au-delà des chiffres, quelques tendances se dégagent. Les comptes d'un hôpital sur trois sont dans le rouge. C'était le cas en 2018, ce l'est toujours en 2019, où 34,5% des hôpitaux généraux ont bouclé l'année en déficit.

"Le sous-financement structurel des services hospitaliers et des consultations est compensé par la pharmacie et les honoraires."
Arnaud Dessoy
Senior analyst "Social & Public Finance" chez Belfius

La structure même des comptes est de nature à inquiéter. Parce que le poids relatif du budget des moyens financiers (BMF), accordé par le SPF Santé et censé couvrir le fonctionnement de la machine hospitalière, diminue inexorablement au fil des ans. En 2019, il ne représente plus que 34,7% du chiffre d'affaires, "contre plus de 40% il y a quelques années", glisse Arnaud Dessoy, le "Monsieur finances sociales et publiques" de Belfius. "Le sous-financement structurel des services hospitaliers et des consultations est compensé par la pharmacie et les honoraires." Deux postes que le Covid a fait fondre comme neige au soleil.

Enfin, le personnel est de plus en plus sous pression, en dehors de toute épidémie. Encadrement qui stagne, intensité des soins qui grimpe, faites les comptes.

2020, les milliards envolés

Et puis, il y eut le Covid. Avec quel impact financier? Afin de s'en faire une idée, Belfius a passé au crible les résultats du premier semestre 2020 pour 25 hôpitaux généraux et 6 académiques. Et d'imaginer, dans le courant de l'été, deux scénarios permettant d'extrapoler ces résultats partiels à l'entièreté du cru 2020.

Un scénario de base, déjà dépassé par les événements, voit l'impact ressenti au premier semestre se répéter au second. Et un scénario "de stress", plus sévère même si lui aussi est menacé de sous-estimation vu l'ampleur de la deuxième vague, qui annonce un second semestre plus difficile encore, équivalent à ce qu'ont subi durant le premier assaut les hôpitaux les plus sévèrement touchés - on prend le premier quartile, soit les 25% les plus affectés.

-11,2%
Résultat courant rapporté au chiffre d'affaires
Dans son scénario plus pessimiste, Belfius projette un résultat courant sombrant de 0,46% du chiffre d'affaires en 2019 à -11,2% en 2020. Soit un trou d'air à quelque 2,2 milliards d'euros.

La base, c'est un recul de 8,1% du chiffre d'affaires pour les hôpitaux généraux, et de 6,3% pour les académiques. Voilà pour la version édulcorée, l'estimation plus pessimiste tablant sur une chute généralisée de 10,4%.

Une débâcle que l'on appréhende mieux à la lumière du résultat courant qui, d'un rachitique 0,46% du chiffre d'affaires en 2019, valserait sous la ligne de flottaison, à -5,6% dans la version optimiste et à -11,2% dans la version "stress". Soit un trou d'air à quelque 2,24 milliards, pour un secteur n'ayant pas les reins financiers bien solides.

Et après?

Attention, ces prévisions, brodées d'incertitude, n'intègrent pas les aides accordées par les autorités. Le gros des troupes, c'est cette avance fédérale de 1,85 milliard, appelée à muer en intervention définitive selon des règles précises. La grande question est: sera-ce suffisant? L'enjeu est crucial, insiste Belfius.

"La crise sanitaire a mis en lumière la fragilité du système, qui s’accompagne d’une aberration économique pouvant inciter à augmenter les volumes et les suppléments demandés aux patients pour combler des sous-financements."
Frank Vandenbroucke
Ministre fédéral de la Santé publique

2020, année catastrophique? Si au moins elle pouvait servir de déclencheur, espère-t-on chez Belfius, où l'on plaide depuis des lustres pour une réforme d'un financement dont les coutures craquent de toutes parts. Frank Vandenbroucke (sp.a) est sur la même ligne, lui qui a rappelé ce mercredi sa volonté de revoir un système, synonyme de "fragilité financière" et "d'aberration économique". "Il y a un momentum", assure le ministre de la Santé. On ne peut lui donner tort.

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