Les vaccins à adénovirus au cœur de la tourmente

Une vague d'incertitudes plane sur les vaccins à adénovirus alors que de nombreux pays sont engagés dans une course contre la montre. ©REUTERS

Les vaccins développés par AstraZeneca et Johnson & Johnson éveillent de nombreux soupçons et sont aujourd'hui sous les feux de projecteurs. Le point sur ce que l'on sait.

Les vaccins des firmes américaine et suédo-britannique sont particulièrement surveillés par les agences sanitaires de différents pays. Il est de plus en plus vraisemblable que les effets secondaires rapportés soient liés à la méthode sur laquelle reposent les deux vaccins: "le vecteur viral". Ce principe consiste à prendre comme support un autre virus, que l'on modifie afin qu'il transporte dans l'organisme des informations génétiques pour combattre le Covid-19. AstraZeneca a opté pour un adénovirus de chimpanzé, Johnson & Johnson, quant à lui, a privilégié un adénovirus humain.

Dans les deux cas de figure, ce sont des cas de thrombose (formation de caillots sanguins) rapportés chez quelques personnes vaccinées qui ont renforcé les inquiétudes des experts. Parmi les pistes qui pourraient expliquer ces très rares effets secondaires, figure celle d'une réaction auto-immune, impliquant un messager chimique produit par les plaquettes sanguines, le facteur plaquettaire 4 (PF4). Une étude portant sur AstraZeneca, publiée le 28 mars par l'université de Greifswald, a aussi mis en évidence un phénomène appelé "thrombopénie induite par l'héparine (TIH)", une réaction immunitaire grave et rare déclenchée chez certains patients par un médicament anticoagulant, l'héparine.

L’OMS considère à ce jour comme "plausible, mais non confirmée" l’apparition d’une forme rare de thrombose résultant de la vaccination par le vaccin d’AstraZeneca.

Entre enquêtes...

Ce sont autant d'éléments de réponses qui éveillent les soupçons des instances officielles. Mais après plusieurs semaines, les recommandations des autorités sanitaires sont toujours mitigées. L'OMS considère à ce jour comme "plausible, mais non confirmée" l'apparition d'une forme rare de thrombose résultant de la vaccination par le vaccin d'AstraZeneca, tandis que l'Agence européenne des médicaments (EMA) qualifie de "possible" l'existence d'un tel lien.

Le 7 avril, l'EMA a reconnu pour la première fois que ces problèmes sanguins très rares pouvaient être provoqués par le vaccin AstraZeneca. Le 9 avril, elle a aussi annoncé le lancement d'un examen sur le vaccin développé par Johnson & Johnson, alors que quatre cas de thrombose avaient été rapportés.

Lundi, la Food and Drug administration (FDA) a aussi recommandé la suspension du vaccin de Johnson & Johnson aux États-Unis. Dans l'attente, le groupe pharmaceutique américain a d'ores et déjà déclaré vouloir "retarder le déploiement de son vaccin en Europe" et recommande aux pays européens de ne pas administrer le vaccin tant que l'EMA n'aura pas arrêté sa position, attendue pour la semaine prochaine.

... et annulations

Une vague d'incertitudes plane donc sur les vaccins à adénovirus, alors que de nombreux pays sont engagés dans une course contre la montre. Plusieurs États ont néanmoins décidé de ne plus administrer le vaccin d'AstraZeneca en dessous d'un certain âge: 30 ans pour le Royaume-Uni, 55 ans pour la France, la Belgique et le Canada, 60 ans pour l'Allemagne et les Pays-Bas ou 65 ans pour la Suède et la Finlande.

Le Danemark a fait le choix radical, ce mercredi, de suspendre le vaccin AstraZeneca et d'interrompre provisoirement l'utilisation du vaccin de Johnson & Johnson. Quant à la Belgique, elle a fait savoir lundi qu'elle attendrait la position de l'Agence européenne des médicaments (EMA) avant d'arrêter sa décision

50
millions
Ursula von der Leyen a fait savoir que Pfizer/BioNTech allait anticiper au deuxième trimestre la livraison de 50 millions de doses de son vaccin à l'Europe.

Ce mercredi, l'Europe annonçait également ne pas renouveler, l'année prochaine, les contrats relatifs au vaccin Covid-19 conclus avec des entreprises telles qu'AstraZeneca et Johnson & Johnson (J&J), préférant se concentrer sur les vaccins utilisant la technologie de l'ARN messager (ARNm), comme ceux de Pfizer et Moderna. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a d'ailleurs fait savoir plus tôt dans la journée que le producteur de vaccins Pfizer/BioNTech allait anticiper au deuxième trimestre la livraison de 50 millions de doses de son vaccin à l'Europe. Un lot qui n'était pas attendu avant le quatrième trimestre. La Belgique recevra 1,28 million de doses du fabricant américain dans les deux prochains mois.

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