analyse

Le déconfinement risque de causer un nouveau déséquilibre

Proximité et disputes, solitude et anxiété... Le confinement pèse sur le moral. ©Photo News

Non, il n'y a pas un effet global négatif du confinement sur notre mental. Pour certains, les mesures pèsent lourd alors que d'autres y trouvent leur confort. Et le processus de déconfinement risque de ne pas être aussi facile à vivre que ne le rêvent ceux qui souffrent actuellement.

Cela fait un mois que les Belges sont confinés, que leurs déplacements sont fortement limités. Et ce n'est pas fini. C'est difficile pour de nombreuses personnes, mais pas pour toutes. 

"Tout dépend de l'environnement et de la personnalité", décrypte Olivier Klein, chercheur en psychologie sociale et culturelle à l'ULB.

"Parfois, la situation est telle qu'on ne peut y faire face et les effets négatifs ne vont faire que s'accroître avec le confinement qui se prolonge."
Olivier Klein
Chercheur en psychologie sociale et culturelle à l'ULB

Face à ce genre de situation nouvelle, deux grands types de réponses peuvent apparaître. "Certaines personnes vont réguler leur comportement et trouver une forme d'équilibre. Voyez ce qu'il s'est passé avec le papier toilette: il y a eu une ruée sur ce produit puis la situation s'est apaisée", exemplifie Olivier Klein. "Mais parfois, la situation est telle qu'on ne peut y faire face et les effets négatifs ne vont faire que s'accroître avec le confinement qui se prolonge."

De bonnes ressources 

Qu'est-ce qui détermine notre capacité à apporter une réponse ou l'autre face aux événements? "Les ressources dont vous disposez sont un facteur fondamental: pas seulement les moyens financiers, le fait que vous disposiez d'une grande maison avec jardin, mais surtout votre tissu social. Si votre soupape de sécurité craque, il est important que des proches puissent prendre le relais", constate le professeur de l'ULB. "La solitude est un des éléments les plus désastreux pour la santé mentale. Il faut donc que les autorités proposent une aide: par exemple un espace dans lequel vous puissiez vous exprimer, voire un refuge. Ou, concernant les charges financières, ces mesures prévues d'exonération des crédits hypothécaires." 

"Les ressources dont vous disposez sont un facteur fondamental: pas seulement les moyens financiers, mais surtout votre tissu social."
Olivier Klein

La personnalité est l'autre facteur qui va déterminer la réaction. "En fonction de son histoire personnelle, on peut vivre mieux ou moins bien la situation. Pour certains, les discussions par Skype ne suffisent pas. Et les personnes très isolées, les plus âgées par exemple, ne sont même pas en situation de demander une aide..."

Christophe Leys, docteur en psychologie spécialisé dans les émotions, voit de nombreux patients en souffrance à cause de la situation actuelle. "Je reçois des personnes qui ont subi la perte d'un proche et qui n'ont pu dire au revoir au défunt, notamment s'il était en home... L'épreuve de deuil peut alors être terrible."

Ce psychologue bruxellois est aussi confronté à des couples qui se déchirent. "On peut attendre une 'crise de divorces' dans la foulée de la crise sanitaire parce qu'il est difficile de vivre longtemps côte à côte dans un espace restreint." Et les crises d'anxiété liées à l'incertitude font plus que jamais partie de son quotidien.

"Les personnes souffrant de burn-out sont très investies dans leur travail et culpabilisent de rester à la maison. Si leurs collègues restent aussi chez eux, elles déculpabilisent!"
Christophe Leys
Psychologue

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"Mais il y a aussi ceux qui sont satisfaits de la situation", relève Christophe Leys. Les personnes souffrant de burn-out y trouvent un certain réconfort "parce qu'elles sont très investies dans leur travail et culpabilisent de rester à la maison. Si leurs collègues restent aussi chez eux, elles déculpabilisent! Certains sociophobes apprécient aussi, se sentant "expertes" en matière de confinement. Et les dépressifs ont moins l'impression de gâcher leur vie quand rester chez soi à ne rien faire devient la norme..."

Certaines familles ont aussi saisi l'occasion pour se retrouver, tisser de nouveaux liens. "Non, il n'y a pas un effet global du confinement!", insiste Olivier Klein.

Le contrecoup du déconfinement

"Beaucoup de personnes se disent aussi: 'si je tiens le confinement, ça ira', ne se rendant pas compte qu'après, il faudra encore vivre avec le virus."
Christophe Leys

Mais comment les Belges, traumatisés ou heureux du lockdown actuel, vont-ils vivre le déconfinement? Comme une libération pour les premiers, comme un retour en arrière pour les autres? "Il sera difficile pour chacun de reproduire son équilibre précédent vu que le déconfinement va se faire en plusieurs étapes. Nos habitudes sont associées à l'environnement, mais si celui-ci a changé, nos habitudes ne sont plus fonctionnelles. Il faudra encore s'adapter...", explique Olivier Klein. Avec un déconfinement échelonné et des personnes, parfois du même ménage, qui ne seront pas toujours logées à la même enseigne, l'équilibre risque d'être parfois à nouveau précaire.

Le psychologue Christophe Leys craint aussi un gros contrecoup auprès du personnel médical. "Pour la plupart, ces gens vont bien pour le moment. Même si leur travail est très dur, ils se sentent utiles. Mais ensuite, je crains l'apparition de symptômes tels que le stress post-traumatique, la dépression, l'anxiété..." Autre répercussion attendue, les conséquences de l'abus d'alcool et de nourriture durant les semaines de confinement. "Beaucoup de personnes se disent aussi: 'si je tiens le confinement, ça ira', ne se rendant pas compte qu'après, il faudra encore vivre avec le virus."


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