Le déficit de la Sécu risque d'atteindre une dizaine de milliards d'euros

Avec la crise du coronavirus, le déficit de la Sécu va se creuser de plusieurs milliards d'euros. ©BLOOMBERG NEWS

La crise du coronavirus ne sera pas indolore pour la sécurité sociale. À en croire l'économiste Jean Hindriks, son déficit pourrait atteindre une "dizaine de milliards".

La crise du coronavirus n'épargnera pas la Sécu. L'ONSS, qui perçoit et gère les cotisations sociales afin d'en financer les différentes branches, est en train d'en évaluer l'impact. 

"Etant donné que la base de financement de la Sécu dépend pour deux tiers des cotisations, le risque est énorme."
Jean Hindriks
Economiste à l'Itinera Institute

Du côté des recettes, les reports de paiement de cotisations accordés aux nombreuses entreprises fermées vont peser lourd sur la trésorerie. "Étant donné que la base de financement de la Sécu dépend pour deux tiers de ces cotisations, le risque est énorme", commente Jean Hindriks, économiste à l'Itinera Institute.

Quant au tiers restant, il provient notamment du financement alternatif, qui repose, quant à lui, sur un pourcentage des recettes de la TVA. Le ralentissement de l'activité économique, pour ne pas écrire sa mise au point mort, tarit donc aussi fortement cette source de revenus.

Explosion des prestations sociales

Mais ce n'est pas tout! Outre ses problèmes de recettes, la sécurité sociale est mise sous pression au niveau des dépenses. Avec le surcoût du chômage temporaire et l'augmentation des besoins de l'Inami dans le cadre de l'élargissement de la capacité hospitalière, ces prestations sociales risquent tout simplement d'exploser. 

Pour rappel, plus d'un million de travailleurs ont introduit une demande de chômage temporaire depuis le début de la crise. À titre de comparaison, "seules" 100.000 personnes étaient passées sous ce régime après la crise financière de 2008.

Malgré la complexité de cette situation, l'ONSS assure que la Sécu, dont le budget était déjà en déséquilibre avant l'épidémie de coronavirus, jouera pleinement son rôle. Dans un courrier, son administrateur général Koen Snyders précise que la ligne de crédit ouverte auprès de l'Agence de la dette a été "augmentée en passant de 1,7 milliard d'euros à un montant illimité pour une période d'un an". Il en résulte qu'il n'y aura "aucun problème pour le financement des allocations sociales", affirme-t-il.

D'abord laisser aller les dépenses...

En résumé, "les dépenses augmentent, les recettes diminuent et donc le déficit va se creuser, estime Jean Hindriks. Il va être en milliards, pas un ou deux milliards, mais bien une dizaine". Pour autant, l'action de la Sécu est justifiée afin de soutenir les citoyens et les entreprises, assure-t-il.

Une analyse que partage Daniel Dumont, professeur de Droit de la sécurité sociale à l'ULB. "Laisser aller les dépenses dans un premier temps, c'est un classique en situation de crise. La Sécu est là pour ça, elle existe d'abord pour sécuriser les conditions d'existence et c'est bien ce qu'elle fait pour l'instant."

... puis, rattraper le financement

"Il y aura des choix et des arbitrages très difficiles à faire."
Daniel Dumont
Professeur de Droit de la sécurité sociale (ULB)

Plus la crise se prolonge, plus la Sécu sera mise sous pression. "Il faudra ensuite rattraper le financement. Il pourrait y avoir une contribution de solidarité ou quelque chose comme ça. D'abord, il faudra remettre le moteur économique en marche, ce qui ne sera pas facile, estime Jean Hindriks. Il risque d'y avoir quand même beaucoup de casse. Et donc on verra, si ça repart, mais il faut admettre qu'il pourrait y avoir des dommages collatéraux."

Au-delà des contributions additionnelles, un recours plus important au financement alternatif n'est pas à exclure. "La difficulté est très importante pour le gouvernement et les gestionnaires des comptes de la Sécu, observe Daniel Dumont. Le jour où on aura une vraie majorité politique qui pourra prendre des décisions, ça risque de faire mal, parce qu'il faudra faire quelque chose. Il y aura des choix et des arbitrages très difficiles à faire." 

Alors qu’elle vient de célébrer ses 75 printemps, la sécurité sociale ne s'attendait certainement pas à vivre un début d'année si mouvementé. Qu'on l'adule ou qu'on la fustige, elle démontre qu'elle n'a rien perdu de son utilité...

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