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"Le dialogue Chine–Europe est vital pour sortir de la crise"

Cette photo, datant de 2017, montre le laboratoire P4 de Wuhan accusé par les États-Unis d’être à l’origine du virus. L’UE réclame pour sa part une enquête indépendante. ©AFP

Le représentant de l’Union européenne à Pékin a appelé hier à une meilleure coopération entre la Chine et l’Europe pour sortir de la crise du Covid-19.

La Chine et l’Union européenne célèbrent cette semaine les 45 ans de leurs relations diplomatiques. Un anniversaire houleux dans un climat de tension sans précédent tant au niveau stratégique, que politique et économique. "Cela ne crée pas les conditions d’une bonne coopération dont nous avons pourtant besoin pour lutter contre l’épidémie et engager la relance économique", a expliqué lors d’une conférence de presse hier Nicolas Chapuis, l’ambassadeur de l’UE à Pékin. "Le dialogue Chine-UE est vital pour sortir de la crise, et la Chine est dans une position unique pour permettre de faire baisser les tensions."

"Le dialogue Chine-UE est vital pour sortir de la crise, et la Chine est dans une position unique pour permettre de faire baisser le tensions."
Nicolas Chapuis
Ambassadeur de l'UE en Chine

Mais pas facile pour la diplomatie européenne de faire entendre sa voix dans cette cacophonie autour du Covid-19. Tantôt accusée de complaisance, voire d’impuissance vis-à-vis de la Chine, la diplomatie européenne veut garder le cap, celui de "la solidarité et de la coopération" selon son représentant en Chine.

Commission d’enquête

Accusés la semaine dernière d’avoir adouci un rapport sur la désinformation chinoise et cette semaine encore d’avoir volontairement retiré d’une tribune publiée dans le China Daily, le très officiel quotidien communiste, une allusion sur l’origine chinoise du virus, les responsables de la diplomatie européenne font le dos rond et accuse un front proaméricain au sein de l’UE de vouloir torpiller le travail de la Commission. "Ces gens veulent tuer l’Europe", affirme un diplomate sous couvert de l’anonymat.

L'Union européenne veut une commission d’enquête indépendante sur l’origine du virus.

Mais l’Union reste droite dans ses bottes et veut une commission d’enquête indépendante sur l’origine du virus, ce que rejette catégoriquement le gouvernement chinois. "La nouvelle doxa, c’est que le virus n’est pas originaire de Chine, c’est ce que défendent les faucons de la diplomatie chinoise, ceux que l’on appelle les 'loups combattants'", explique un sinologue européen. De leur côté, les États-Unis tapent sur la Chine et affirment avoir des preuves que le virus est sorti d’un laboratoire de Wuhan. "On se croirait en 2003, juste avant la guerre en Irak", s’inquiète ce spécialiste.

Accord commercial

C’est dans ce climat explosif que se poursuivent les négociations commerciales entre Pékin et Bruxelles. Elles pourraient aboutir à la signature d’un accord à l’automne. "S’il est conclu à temps, cet accord sera l’une des clés de la reprise mondiale", déclare Nicolas Chapuis. "Il s’agira d’un signal immensément positif en direction des entreprises en Europe comme en Chine." 

"Ce qui manque à présent, c’est une symétrie, de la réciprocité. Il faut un rééquilibrage afin d’assurer une relation économique et commerciale plus étroite entre l’UE et la Chine."

Dans ce dossier, l’Europe pèse de tout son poids et n’est pas prête à faire des concessions notamment sur les subventions, l’accès au marché et les normes sociales et environnementales. Des sujets essentiels pour Bruxelles, mais sur lesquels la Chine ne s’était jusque-là jamais engagée. "Nous avons besoin que la Chine montre plus d’ambition dans ces négociations", lance l’ambassadeur européen.

Xi Jinping veut cet accord tout comme l’Allemagne qui représente 43% des investissements européens en Chine. Berlin qui prendra en juillet la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne espère aboutir à une signature lors d’un conseil extraordinaire européen à Bruxelles en octobre prochain. Il s’agira d’abord d’un accord sur les investissements avant de s’attaquer à un accord plus large de libre-échange. "Cette crise est une opportunité de montrer nos ambitions communes avant d’aller plus loin", prévient le diplomate français.

"Il y a des défis que nous devons confronter ensemble de façon respectueuse."
Nicolas Chapuis
Ambassadeur de l'UE en Chine

L’épidémie a également mis en lumière l’urgence d’une meilleure coordination au niveau européen sur les questions de santé publique. Cela n’est pas dans les traités, martèlent les partisans d’un nouveau texte et d’un élargissement des compétences européennes. 600.000 Européens ont été rapatriés depuis le début de l’épidémie du monde entier, dont 650 de Wuhan, et l’Europe a réglé les trois quarts de la facture. Bruxelles a également créé un fonds d’urgence pour acheter des masques et du matériel médical. "La situation est difficile, mais cela ne veut pas dire que la relation Chine-Europe est en danger", conclut l’ambassadeur. "Il y a juste des défis que nous devons confronter ensemble de façon respectueuse."

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