Le journal de bord de Victor, infirmier urgentiste: "Nous sommes très loin des images qu'on a pu voir en Italie ou même en France"

Scanner, prise de sang, les urgences de l'hôpital Delta établissent rapidement le bilan de santé des patients devant être pris en charge, avant de les rediriger vers le service adéquat. ©Photo News

Que se passe-t-il dans nos hôpitaux, au-delà du froid constat dressé par les statistiques quotidiennes? Afin de le savoir, et de le raconter, L'Echo a fait appel aux soignants et gestionnaires de première ligne. Infirmier, infirmière, médecin, ou patron d'hôpital: nous publierons durant les semaines qui viennent des témoignages de l'intérieur. On ouvre le bal avec Victor.

Victor (*) est infirmier urgentiste. Son royaume, ce sont les urgences de l’hôpital Delta, le navire amiral du Chirec à Bruxelles. Un royaume où l’organisation du travail a certes été bousculée par le Covid-19, mais qui n’est guère, pour l’heure, pris d’assaut. "La situation est stable. Et, à vrai dire, assez bien gérée. Nous sommes très loin des images que l’on a pu voir en Italie, ou même en France."

Oui, l’afflux de patients a augmenté, aux urgences. "Pas massivement; plutôt graduellement. Et le flux reste tout à fait gérable." La preuve, pour l’instant, le personnel s’en tient aux horaires établis largement à l’avance. À raison de douze heures par jour. "Le rythme normal est toujours d’application, les semaines comptant entre deux et maximum quatre jours de travail." Pas vraiment un planning d’équipe débordée par les événements.

Usage "parcimonieux"

Par contre, la configuration des lieux a bien évolué, elle. L’épidémie a redessiné les lieux, traçant des frontières séparant différentes zones. À l’entrée officie la table de triage, où une blouse blanche, assistée d’un "arbre décisionnel", opère le tri des patients. Un bras cassé? Direction les urgences "classiques". La moindre suspicion de coronavirus? Bienvenue dans la zone Covid.

"Blouses renforcées et étanches, fameux masques FFP2, chapeau, surchaussures et lunettes de protection. Nous sommes équipés des pieds à la tête."
Victor
Infirmier urgentiste

La zone Covid, connue anciennement sous le nom de garage, où l’on accueillait les ambulances. Maintenant, ce sont les patients "suspects" les plus valides. L’accueil est à la hauteur de la menace, puisque le personnel soignant est habillé de pied en cap. "Blouses renforcées, fameux masques FFP2, chapeau, surchaussures et lunettes de protection."

Justement, ne se fait-il pas rare, ce matériel de protection? C’est légèrement tendu, en effet. "Disons que l’usage est parcimonieux. Et dans la mesure du possible, les masques sont utilisés plus longtemps que ce que recommande la littérature."

Depuis le garage, près de 90% des patients sont renvoyés chez eux. C’est tout autre chose pour les patients que l’on retrouve à l’intérieur du service des urgences à proprement parler. Soit la seconde zone "sale", dédiée à ceux dont l’état est plus critique. "Cette zone occupe environ 80% des urgences. Scanner, prise de sang: là, on effectue un premier bilan, avant de rediriger la personne soit vers un lit ‘normal’, soit vers les soins intensifs, où elle pourra être intubée ou placée sous assistance respiratoire si nécessaire. En tout, cela prend quelques heures, au maximum. Sauf s’il faut stabiliser l’état du patient."

"Je ne vais pas aller vivre au fond des bois!"

"Chaque action, chaque soin doit être réfléchi. Et tout cet équipement! Il fait chaud là-dessous et respirer avec un masque, ce n’est pas très confortable. Douze heures, c’est éprouvant, oui."
Victor
Infirmier urgentiste

On lui demande si cette épidémie ne l’affecte pas trop. Si ses proches tiennent le cap, sachant qu’il est en première ligne. "Je prends toutes les précautions possibles; ma femme et mes enfants ne sont pas à risque. Advienne que pourra. Parce que je sais que le personnel soignant a plus de chances de trimballer le virus avec lui, sans forcément développer de symptômes. Mais je ne veux pas tomber dans la psychose. Je ne vais quand même pas aller vivre au fond des bois le temps que ça se tasse. Parce qu’il faut bien avouer: c’est réconfortant de retrouver sa famille après des journées pareilles."

Car oui, le quotidien est plus éprouvant depuis que Covid-19 s’est incrusté. "Il faut être vigilant en permanence par rapport au risque de transmission. Chaque action, chaque soin doit être réfléchi. Et tout cet équipement! Il fait chaud là-dessous et respirer avec un masque, ce n’est pas très confortable. Douze heures, c’est éprouvant, oui."

(*) Le prénom a été modifié.

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