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reportage

Le Luxembourg, un modèle de gestion de la pandémie

Au Luxembourg, le port du masque s'est très vite généralisé grâce à la discipline de la population. Le gouvernement a su mettre à sa disposition une quantité suffisante de masques. ©BELGA

Port du masque et dépistage généralisés, mesures en faveur des travailleurs frontaliers, calendrier précis du déconfinement,… Le Luxembourg, après des lenteurs au démarrage, s’est hissé au rang de modèle de gestion de la pandémie.

"Cette nuit-là, ils ont débarqué en masse pour faire la fête, raconte un cafetier de Luxembourg, il y a eu des dégâts, c’est vite devenu intenable."

Le 14 mars, premier jour de fermeture des cafés et restaurants en Belgique, des centaines de Belges ont franchi la frontière pour sortir dans la capitale luxembourgeoise. L’épisode a marqué les esprits dans cette contrée paisible.

"Les cafetiers étaient morts de trouille. Certains ont appelé la police. Le lundi suivant, beaucoup ont fermé leur établissement sans attendre les consignes."
Un fonctionnaire européen basé à Luxembourg

Au Grand-Duché, où l’on comptait dix malades, le gouvernement de Xavier Bettel s’était borné à publier des règles d’hygiène et de distanciation. Il était encore possible d’y trouver une vie nocturne, voire, pour les plus irresponsables, d'y organiser quelques "corona parties" sans état d'âme pour les personnes qui seraient contaminées. "Les cafetiers étaient morts de trouille. Certains ont appelé la police. Le lundi suivant, beaucoup ont fermé leur établissement sans attendre les consignes", se souvient un fonctionnaire européen basé à Luxembourg.

Deux mois plus tard, la Belgique, malgré des mesures strictes, affiche un funeste record de 8.000 décès, arrivant en tête des pays les plus touchés par le virus. Au Luxembourg, parvenu à contrôler sa propagation, on en compte moins de 100.

Retard à l’allumage

Les autorités luxembourgeoises ont tardé à réagir aux premiers signes de l’épidémie. "Il y a eu un retard à l’allumage. Les 15 premiers jours de mars, on avait l’impression d’un flottement. Un ministre avait même minimisé la dangerosité du virus devant la presse", poursuit ce fonctionnaire.

Les travailleurs transfrontaliers furent les premiers à se poser des questions. Ils sont plus de 214.000 au Grand-Duché sur une population de 626.000 habitants. Dans leur pays, la France, la Belgique et l’Allemagne, les premières mesures de confinement étaient prises. "Les frontaliers, surtout ceux du grand-est français où l’épidémie explosait, craignaient de constituer un risque pour les Luxembourgeois", ajoute-t-il.

Dans l’administration et les cabinets ministériels, la pression est montée. "J’ai eu du mal à garder mon sang-froid face à un tel attentisme, alors que les pays voisins avaient déjà pris des décisions", raconte un conseiller ministériel.

50
masques
"Pour le début du déconfinement, prévu le 11 mai, chaque résident et les travailleurs frontaliers recevront cinquante masques."

Le 13 mars, la ministre de la Santé Paulette Lenert annonce, très émue, le premier décès du Covid-19. Une semaine plus tard, le gouvernement luxembourgeois ordonne le confinement. "À partir de ce moment,on a l’impression que des rouages se sont mis en marche, explique le fonctionnaire européen. Xavier Bettel s’en est mêlé et le Luxembourg est devenu un modèle de gestion de la pandémie."

L’un des premiers réflexes du Premier ministre luxembourgeois fut de tenter de coordonner l’action de son pays avec le reste de l’Europe. Ses initiatives ont été cassées net. Qu’importe. Son gouvernement a pris des mesures efficaces. Distribution de masques, dépistage généralisé, calendrier de déconfinement clair.

Le port du masque généralisé

Le port du masque s’est très vite généralisé au Luxembourg. Ce réflexe pour contrer le virus aéroporté a fait ses preuves en Asie. "Les Luxembourgeois ont été très disciplinés. Ils ont vite adopté le masque, sans y être contraints", dit Michel Litz, un frontalier. À l’entrée des magasins, des vigiles imposent le port du masque.

Le gouvernement luxembourgeois a rapidement procédé à l’achat massif de masques, le pays ne disposant pas de l’industrie pour les fabriquer. Au début de la pandémie, cinq masques gratuits ont été distribués par personne. Pour le début du déconfinement, prévu le 11 mai, chaque résident et les travailleurs frontaliers recevront cinquante masques.

"Quand j’ai reçu cinq masques dans ma boîte aux lettres, je me suis sentie rassurée."
Nadia Kowalski
Kinésithérapeute à Bertrange

Nadia Kowalski, kinésithérapeute à Bertrange, a cessé son travail dès le début du confinement. La situation n’est pas évidente, mais à ses yeux, le gouvernement a pris les choses en main. "Quand j’ai reçu cinq masques dans ma boîte aux lettres, je me suis sentie rassurée, explique-t-elle. Et je le suis encore plus maintenant que je sais qu’une boîte de cinquante masques m’attend."

Son seul mauvais souvenir: une lettre reçue après le 16 mars, l’informant qu’elle était réquisitionnée au sein d’une réserve pour s’occuper "volontairement et bénévolement" des malades du Covid-19. "Cela ne me dérange pas de m’occuper des malades, mais je n’ai pas trouvé normale cette idée de nous obliger à le faire", indique-t-elle.

20.000
logements
Pour éviter une pénurie de travailleurs dans le secteur de la santé, le gouvernement Bettel a mis gratuitement 20.000 logements à disposition des frontaliers.

Au Luxembourg, deux tiers des travailleurs de la santé proviennent des pays voisins. Pour éviter une pénurie de main-d’œuvre, le gouvernement Bettel a mis gratuitement 20.000 logements à leur disposition. Les Français ont sauté sur l’offre.

Les Luxembourgeois ont scrupuleusement respecté le confinement. Des mesures réalisées à partir de Google montrent qu’ils furent parmi les moins mobiles au monde.

Les habitants et les frontaliers testés

Au 8 mai, on comptait encore environ 500 cas de Covid-19. Pour réduire les risques d’une deuxième vague, les autorités lanceront à partir du 19 mai un dépistage systématique de chaque habitant et des travailleurs frontaliers. Un investissement de 40 millions d’euros.

20.000
tests par jour
La population luxembourgeoise et les travailleurs frontaliers seront testés au rythme de 20.000 par jour.

Des contingents de la population seront testés dans les dix-sept centres du pays au rythme de 20.000 par jour.

Le dépistage se fera sur une base volontaire. "C’est clair, je vais le faire, lâche Nadia Kowalski. Mais il faut être conscient que le résultat sera relatif. Si on est testé négatif, on ignore si on le sera encore cinq jours plus tard."

L’opération, unique au monde, vient en appui du déconfinement progressif. L’objectif est de déterminer le volume de personnes infectées, en particulier les porteurs asymptomatiques qui contaminent leur entourage sans en être conscients. Ces personnes devraient être placées en isolement afin de briser la chaîne de contamination.

L'économie en berne

Le Luxembourg, comme de nombreux pays s’attendent à une récession. La chute du PIB est attendue à 5,4%, selon les prévisions de la Commission européenne. Pour soutenir l’économie, le gouvernement a pris des mesures de plus de 10 milliards d’euros.

5,4%
PIB
Le PIB Luxembourgeois devrait chuter de 5,4% en 2020, selon les prévisions de la Commission européenne.

Des secteurs ont été plus touchés que d’autres. Les stations-service luxembourgeoises connaissent un recul effrayant de leur activité. Des situations surréalistes ont vu le jour. Les Belges habitant le long de la route principale de Martelange, qui est aussi la frontière entre la Belgique et le Luxembourg, se sont vus interdire d’aller faire leur plein en face. "Ils ont été obligés par la police de faire des dizaines de kilomètres pour s’approvisionner en Belgique", raconte un témoin.

La fermeture des frontières nuit à ce pays dépendant des économies voisines. À Schengen, la ville emblématique du traité éponyme, le retour des contrôles frontaliers côté allemand est très mal vécu. Son maire, Michel Gloden, a récemment mis en berne les drapeaux européens hissés devant la mairie pour protester contre la décision de Berlin de prolonger cette fermeture jusqu’au 15 mai.

Incapables de se coordonner pour gérer la réaction sanitaire à la pandémie, les Européens ont manqué une marche vers le raffermissement de leur projet commun, offrant dans la plupart des pays une communication nationale brouillonne. L’Europe est en léthargie. Le Luxembourg, comme la Belgique, cœur battant de l’Union, attend avec impatience que la flamme se rallume.

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