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Le pass, un symbole politique plus qu'une arme sanitaire

Journaliste

Le pass sanitaire envisagé à Bruxelles connaît de nombreuses failles. De l'impossibilité de régler des problèmes de long terme par une solution de court terme. Mais telle est parfois la nature de la politique.

Certes, ce n'est pas encore officiellement acté et la capitale pourrait y échapper si le ciel sanitaire se découvre dans le mois, ce dont on peut douter. En tout cas, la réplique est prête: dès le 1er octobre, Bruxelles sera à même de dégainer son "covid safe ticket" élargi, sur le modèle du pass sanitaire français.

Une solution dont les limites sont aussi évidentes que nombreuses. Un usage réservé à la seule capitale, risquant de générer dans le chef de ses détenteurs un faux sentiment de sécurité, creusant davantage les clivages existants et, surtout, symbole de l'échec partiel des autorités à informer et convaincre la population de grimper à bord de la vaccination. Une solution qui n'en sera même pas une si Bruxelles s'avère incapable de contrôler la bonne application de la mesure.

En somme, voilà qui revient à dégainer un joker de court terme face aux faiblesses bruxelloises, fracture sociale en tête, qui existaient bien avant la pandémie, celle-ci n'ayant fait que les rendre plus saillantes encore.

Un travail de fourmi

Cela étant, on est en droit de se demander si la nature de cette réponse n'est pas davantage politique que sanitaire. Bien sûr, des citoyens, poussés dans le dos par un pass dont la non-détention irritera au quotidien, franchiront le pas de la vaccination – tandis que d'autres risquent de se braquer davantage. Mais politiquement, Bruxelles envoie le message au reste de la Belgique qu'elle prend le taureau par les cornes, même si imparfaitement.

La campagne de vaccination bruxelloise se démultiplie, sillonne la ville, part à la recherche des récalcitrants, explique et rassure, démonte peurs et fake news à la pelle. Une course ardue et de longue haleine.

Consciente, donc, du risque de voir son image se dégrader une fois de plus. Du fait qu'elle ne peut plus se permettre de mettre son économie sous cloche en cas de recrudescence du virus, surtout si elle se retrouve seule dans ce cas. Du fait que la rentrée constitue une période périlleuse. Du fait, enfin, qu'elle est scrutée et qu'il n'est pas forcément nécessaire qu'elle trébuche pour se faire vilipender.

Alors c'est indéniable: instaurer un sésame sanitaire, voilà qui fait nettement plus de bruit que les mille petits pas de fourmi du travail de sensibilisation et d'information sur le terrain.

Parce qu'on pourra toujours lui reprocher d'être partie trop tard, avec insuffisamment de moyens, mais la campagne de vaccination bruxelloise se démultiplie, sillonne la ville, part à la recherche des récalcitrants, explique et rassure, démonte peurs et fake news à la pelle. Une course ardue et de longue haleine. Moins tapageuse, mais plus efficace.

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