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analyse

Le plan de relance européen, un accord "flou et incomplet"

Le président de l'Eurogroupe, Mario Centeno, est parvenu à mettre d'accord les 27 ministres des Finances européens sur un plan de relance à 540 milliards d'euros. ©EPA

Les ministres européens ont fini par se mettre d'accord jeudi soir sur un plan de relance de 540 milliards d'euros face à la pandémie de coronavirus. Mais, à la lecture, le texte paraît flou et incomplet.

Il aura fallu plus de 16 heures de négociations, un nombre incalculable de coups de fil entre les capitales et un sprint final de trois quarts d'heure pour que l'Eurogroupe parvienne, jeudi soir, à un accord sur la riposte économique à la pandémie de Covid-19.

Les 27 ministres des Finances ont adopté un plan à 540 milliards d'euros pour soutenir les entreprises, les travailleurs et les budgets des États les plus fragilisés. Il met en action le Mécanisme européen de stabilité (MES) à concurrence de 240 milliards d'euros, la Banque européenne d'investissement (BEI), invitée à libérer 200 milliards et le plan Sure de la Commission européenne, qui affectera 100 milliards aux chômeurs partiels.

L'Europe a affiché ces dernières semaines sa désunion, alors qu'elle est menacée d'une récession hors norme. L'accord de l'Eurogroupe redonne espoir en une unité européenne. Il permet de libérer une aide substantielle pour venir au secours de l'Italie et de l'Espagne, les deux pays les plus touchés par la pandémie. Mais son ambiguïté soulève le doute.

"On a paré au plus pressé"

Le plan de relance doit encore être approuvé par les chefs d'État ou de gouvernement le 23 avril, lors d'un sommet par visioconférence. "Deux semaines, cela paraît long. Cela donne l'impression qu'il faut compléter l'accord, qu'on a paré au plus pressé", dit Benjamin Bodson, expert en Affaires européennes à l'Institut royal Egmont. A la lecture, l'accord paraît "flou et incomplet".

Les "obligations corona", au coeur de la bataille, ne sont pas mentionnées dans le texte. Tout au plus parle-t-on de trouver un "instrument financier innovant", une expression des plus ambiguës qui semble contenter les Pays-Bas et l'Italie, les plus farouchement opposés. Les dirigeants européens vont devoir définir ce qu'ils entendent par là et ce ne sera pas une mince affaire.

"Deux semaines, cela paraît long. Cela donne l'impression qu'il faut compléter l'accord, qu'on a paré au plus pressé."
Benjamin Bodson
Spécialiste des Affaires européennes, Institut royal Egmont

En marge de l'Eurogroupe, chacun y allait de sa propre interprétation. "Les obligations corona sont sur la table", affirmait sur Twitter le Premier ministre italien Roberto Gualtieri. "Nous sommes et nous resterons opposés aux corona bonds", lâchait le ministre des Finances néerlandais Wopke Hoekstra.

Si les pays du sud pensent voir émerger ces obligations, il y a un problème, car les Pays-Bas sont soutenus sur ce point par plusieurs pays, dont l'Autriche, la Finlande, le Danemark et l'Allemagne habituée à faire monter au front d'autres gouvernements.

L'accord mentionne la création d'un "fonds de relance", "temporaire" et "ciblé", une formulation portée par la France. "Cela pourrait être utile, mais ils n'ont discuté ni de sa taille ni de son mode de fonctionnement. Ce fonds ne sera pas mis sur pieds avant plusieurs semaines", résume Grégory Claeys, économiste au centre d'étude Bruegel. 

"Ceci n'est pas de la surveillance"

L'intervention du MES était l'autre pierre d'achoppement. Ici aussi, les grands argentiers ont à nouveau choisi l'ambiguïté pour sortir de l'impasse. Lors des négociations, les pays du nord, Pays-Bas en tête, voulaient imposer des conditions strictes aux lignes de crédit allouées à ceux du sud.

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L'Allemagne est venue avec un compromis allégeant ces conditions pour ne pas imposer à l'Espagne ou à l'Italie une humiliation semblable à celle que connut la Grèce, mise sous surveillance par ses pairs lors de la crise de 2008. Les pays les plus touchés par la pandémie pourront recevoir des prêts à condition que ceux-ci soient consacrés "directement ou indirectement" à des dépenses de soin de santé.

Le texte de l'accord dit ensuite que "les dispositions Traité MES seront suivies". Or, ce traité prévoit des conditions. Un peu plus loin, il est précisé que les États bénéficiaires renforceront leurs "fondamentaux économiques et financiers" dans le cadre de "la surveillance économique et budgétaire de l'UE". Wokpe Hoesktra évoque lui-même "certaines conditions" à l'octroi des prêts. "Ceci n'est pas de la surveillance", aurait dit Magritte.

"Le MES permet d'accéder à des prêts moins chers que sur le marché, mais les pays qui y recourront payeront un prix politique élevé."
Grégory Claeys
Chercheur au "think thank" Bruegel

Ici aussi, les Pays-Bas sortent gagnants. "Le MES permet d'accéder à des prêts moins chers que sur le marché, mais les pays qui y recourront  payeront un prix politique élevé. A Rome, l'extrême droite est vent debout contre le gouvernement", dit Grégory Claeys.

Pour les analystes, l'intervention de la BEI est "une chose positive", même si "le bilan très sain de la banque, son triple A, lui permettrait de concrétiser davantage son rôle de garantie", ajoute Grégory Clayes.

Le programme Sure de la Commission européenne est aussi le bienvenu. Mais le temps presse, or ces instruments ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines.

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