Le premier four à décontaminer les masques est en action

"Le masque fait partie du domaine de l'intime. Il est important que le raitement soit nominatif", fait remarquer Frédéric de Meulemeester, directeur technique de AMB Ecosteryl.

Le projet lancé par la Région wallonne pour trouver une solution de réutilisation des masques médicaux se concrétise: AMB Ecosteryl fournit un système à chaleur sèche à l’hôpital Ambroise Paré.

Mi-mars déjà, pour faire face à la pénurie de masques et de matériel de protection, la Région wallonne avait lancé un projet pour trouver des solutions de décontamination et de réutilisation des masques chirurgicaux et FFP2 en milieu hospitalier. Ce projet trouve aujourd’hui sa première concrétisation. La société montoise AMB Ecosteryl, spécialisée dans le traitement et la stérilisation des déchets médicaux, a adapté sa technologie pour développer, en une vingtaine de jours un "four" de décontamination.

2.000
masques
Aujourd’hui, l’hôpital Ambroise Paré consomme quotidiennement 2.000 masques chirurgicaux, 400 masques FFP2 et 750 blouses jetables (et 200 lavables).

Le centre hospitalier montois Ambroise Paré sera le premier à bénéficier de cette innovation pour en valider les derniers paramètres par une utilisation sur le terrain. L'hôpital bénéficiera de la machine en prêt durant un mois avec une option d'achat. 

En temps normal, l’hôpital universitaire montois utilise quotidiennement 430 masques chirurgicaux, 10 masques FFP2 et quelque 135 blouses à usage unique pour une capacité de 415 lits. Ces dernières semaines, par patient Covid-19 en soins intensifs, il fallait compter que le personnel qui se relayait pour le soigner allait utiliser au total 50 masques par jour. Au plus fort de la crise, l’hôpital a dû soigner jusque 150 patients Covid-19 par jour. Aujourd’hui, l’hôpital consomme quotidiennement 2.000 masques chirurgicaux, 400 masques FFP2 et 750 blouses jetables (et 200 lavables).

4,15 euros/pièce

Tout cela représente une masse de déchets énorme et une augmentation des coûts astronomique pour l’institution alors que l’approvisionnement reste relativement tendu. Selon Stéphane Olivier, le directeur du CHU, "le prix du masque chirurgical, habituellement de 25 centimes, s’est envolé. Certains masques FFP2 (de bonne qualité) ont été achetés 7,15 euros/pièce au pic de la crise, ils se négocient maintenant à 4,15 euros/pièce. " 

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Ces facteurs ont poussé le gouvernement wallon à susciter la recherche de solutions de décontamination afin de pouvoir réutiliser les masques, jusqu’à 4 fois dans le meilleur des cas. "Avec la production de masques pour laquelle la société Deltrian a été sélectionnée, la décontamination nous permettra de retrouver une certaine autonomie dans ce secteur dont on mesure aujourd'hui l'importance stratégique", fait remarquer Elio Di Rupo, ministre-président wallon.

Sous l’égide de l’Université de Liège et du Professeur Eric Haubruge, trois entreprises ont été sélectionnées pour développer différentes technologies: Lasea (UV), Sterigenics (plasma) et Ecosteryl (chaleur sèche). Le CHU de Liège travaille, par ailleurs, sur une technique au peroxyde d’hydrogène. La Région wallonne a débloqué un budget de 250.000 euros pour financer les divers projets de recherche. AMB a investi 50.000 euros dans le développement de sa machine. 

Chaleur sèche

AMB Ecosteryl présente ce vendredi sa solution qui sera mise en place dans le service des soins intensifs d'Ambroise Paré. Elle se base sur la chaleur sèche, composante essentielle de la technologie mise en œuvre dans les broyeurs de déchets qu'Ecosteryl vend dans le monde entier. Dans ce cas, le reliquat des déchets hachés et stérilisés par micro-ondes est encore chauffé à près de 100°C pour les rendre totalement inertes.

Dans le cas de la décontamination, Ecosteryl a isolé ce "four" pour y traiter les masques. La capacité de l’appareil, d’une taille volontairement limitée pour être facilement installé au plus près des utilisateurs, sera de près de 2.100 masques chirurgicaux à raison de 175 masques par cycle de 2h, ou de 1.440 FFP2 ou encore près de 150 blouses.

"Le masque appartient au domaine de l'intime. Il était important que (...) les différents masques soient bien séparés."
Frédéric de Meulemeester
directeur technique de AMB Ecosteryl

Matériel nominatif

Les différents équipements sont posés dans des boîtes nominatives et de couleurs de manière à ce que chaque personne conserve son propre matériel. "Le masque appartient au domaine de l'intime. Il était important que ce soit simple d'utilisation mais surtout que les différents masques soient bien séparés", pointe Frédéric de Meulemeester, directeur technique de AMB Ecosteryl. 

La machine, dont le prix est de 6.000 euros (ce qui lui assure une rentabilité très rapide), a fait l’objet d’analyses approfondies et de tests selon la guidance mise en place par l’Agence fédérale des médicaments et des produits de soins (AFMPS), avec l’aide du laboratoire de microbiologie de Centexbel et du laboratoire américain Nelson Labs. Les résultats montrent que les masques réutilisés conservent leurs propriétés de respirabilité et de filtration. Après décontamination, ils présentent même une charge microbienne inférieure aux masques neufs.

Nouveaux débouchés

Le développent de la M-Steryl ouvre de nouveaux débouchés pour AMB Ecosteryl. L'entreprise montoise est la seule entité européenne à participer au projet DeManD coordonné par l'OMS qui vise à développer des méthodes simples de décontamination pour les pays en voie de développement. 

Par ailleurs, la crise sanitaire a été l'occasion pour Ecosteryl de signer quelques nouveaux contrats pour ses grandes machines de traitement de déchets médicaux. C'est le cas avec la Banque mondiale (Gambie) et l'ONU (Palestine) et un opérateur hospitalier en Afrique du Sud. Le programme d'implantation a été accéléré au Kenya et des contacts sont également en cours en Russie. 

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