Le retour des employés au bureau ne se fera pas d'un claquement de doigts

Un nouveau défi attend les entreprises: le retour de leurs salariés dans les bureaux. Chez tous les gros employeurs, l'élaboration de plans est en cours.

Si les bureaux se sont vidés du jour au lendemain pour faire place au télétravail, le mouvement inverse sera plus lent et nécessite une réflexion dans les moindres détails. Fini, par exemple, de s'engouffrer à plusieurs dans les ascenseurs.

Il y a quelques semaines, les entreprises faisaient face à un grand défi: mettre la majorité de leur personnel en télétravail. Nombreux patrons saluent aujourd'hui l'agilité et l'adaptation de leurs équipes qui ont souvent permis une poursuite quasi normale de l'activité. Même si certains étaient frileux ou dubitatifs, des barrières - parfois psychologiques - semblent être tombées.

"Comme nous étions dans la continuation pendant le confinement, il y a moins d'urgences au déconfinement."
Solvay

Aujourd'hui, alors que le gouvernement évoque le "déconfinement", un autre défi attend ces entreprises: le retour de ces salariés dans les bureaux. Chez tous les gros employeurs, l'élaboration de plans est en cours. Contactés en fin de semaine, peu de banques, compagnies d'assurances, groupes chimiques et pharmaceutiques ou "utilities" souhaitaient toutefois s'étendre sur des mesures précises.

Primo, ils attentaient les décisions du conseil de sécurité de ce vendredi pour peaufiner les scénarios. Peut-on par exemple prendre la température du personnel à l'entrée sans être en porte-à-faux avec la directive GDPR? Secundo, ils affirmaient vouloir d'abord informer le personnel pour veiller à organiser un retour "équitable". Un mot d'ordre ressort tout de même: "No rush!". "Comme nous étions dans la continuation pendant le confinement, il y a moins d'urgence au déconfinement", explique-t-on chez Solvay. 

Retour phasé  

Cela ne signifie pas que la réflexion n'est pas avancée. Chez Engie Belgique, où 3.900 des 4.000 salariés de la tour bruxelloise sont actuellement en télétravail, le plan mis sur la table mise sur un retour progressif.

Une option partagée par la majorité des acteurs contactés. "Nous ferons un retour pas à pas, en tenant compte des étapes de déconfinement, de la période de prévaccination, de la situation "normale" lorsqu’un vaccin ou un médicament sera disponible. Beaucoup dépendra aussi des mesures prises dans d'autres secteurs, comme les transports publics, les écoles et la garde d'enfants", précise-t-on chez KBC. 

Chez Engie, les employés ne seront ainsi pas les premiers à retourner au travail - probablement en juin. La priorité est donnée au personnel de terrain, celui qui est en contact avec les clients ou sur les chantiers. Des masques seront distribués là où la distanciation n'est pas possible.

D'Ieteren est dans le même cas: on s'occupe d'abord de l'ouverture des showrooms avec une fourniture en masques, gants, bandes adhésives pour délimiter les accès et plexiglas pour les bureaux d'accueil.

Penser dans les détails

Le retour de centaines, voire de milliers, d'employés dans les bureaux implique une réflexion dans les moindres détails. À l'accueil de la tour d'Engie, des plexiglas sont en cours d'installation autour du desk.

Il faut aussi gérer l'accès aux étages: pas question de voir 10 à 15 personnes s'engouffrer dans un ascenseur. Alors on cogite: pourquoi ne pas utiliser les escaliers pour les étages inférieurs, avec une cage pour monter et une autre pour descendre. Pour les étages supérieurs, un sens giratoire de circulation pourrait être décidé dans les couloirs, de quoi réguler l'utilisation des ascenseurs.

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Dans les open spaces d'Engie, on réfléchit à limiter la capacité à un tiers pour respecter la distanciation.

Dans les open spaces, la capacité pourrait être limitée à un tiers pour respecter la distanciation. Si ce n'est pas possible, des masques seront mis à disposition. Cette réduction de la capacité pourrait se faire via une alternance des équipes dans les bureaux et en télétravail. La balle semble être dans le camp des managers. Mais dans certaines entités comme le dispatching, cette organisation est déjà observée. 

Les réunions se poursuivront majoritairement via vidéoconférence que ce soit entre collègues belges ou avec le siège parisien. "Aucun déplacement non essentiel vers Paris ne sera effectué", explique Christine Marchal, DRH pour le Benelux. 

Reste la question de la restauration. Dans un premier temps, nombreux employés devront prévoir leur casse-croûte. Engie rassure: les coins café resteront accessibles à condition de respecter la distanciation. Ils seront aussi régulièrement nettoyés.

Télétravailler, c'est gagner en efficacité

Les nombreuses études menées actuellement montrent que le télétravail, forcé pour nombre de Belges, séduit.

Cette fois, BDO conclut que neuf employés et cadres belges sur dix veulent continuer à travailler depuis leur domicile un à trois jours par semaine après l'assouplissement des mesures contre le coronavirus. Et ce alors que de nombreuses entreprises ne disposaient jusque là pas de politique de télétravail.

L'étude menée auprès de plus de 1.000 Belges (cadres et employés) conclut que 60% des répondants souhaitent travailler de chez eux plusieurs jours par semaine lorsque les mesures seront levées:
> 44% évoquent un travail à domicile en moyenne deux jours par semaine
> 18% plus de deux jours
> 5% à temps plein
> 5% des interrogés ne veulent plus travailler chez eux après la crise du coronavirus

Quelque 60% des répondants disent par ailleurs gagner en efficacité grâce au télétravail. Selon la moitié des personnes interrogées, leur organisation n'a cependant pas de culture ni de politique de soutien au télétravail.

"Après la crise du coronavirus, le télétravail ne va certainement être supprimé", analyse Geert Volders, partenaire de BDO Strategy & Transformation. "Mais si nous voulons vraiment faire du télétravail un élément permanent du marché du travail belge, il est urgent que nos entreprises élaborent une culture et une politique."

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