Le Royaume-Uni suspendu au bulletin de santé de Johnson

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Le placement en soins intensifs du Premier ministre a un peu plus dramatisé la crise du coronavirus. Le pays vit en apnée en attendant son rétablissement.

Les soins intensifs auxquels est soumis depuis lundi soir Boris Johnson confirment qu’une présence continue au cœur du pouvoir expose particulièrement au virus, comme le nombre très élevé de cas positifs à Westminster l’a démontré ces dernières semaines. "Cet horrible virus ne discrimine pas, a rappelé Theresa May. Tout le monde peut l’attraper, tout le monde peut le répandre."

Avant son hospitalisation, Boris Johnson ne souffrait d’aucune comorbidité, mais son excès de poids l’exposait davantage aux risques de complications. Mardi soir, son état était stable et les médecins n’avaient pas jugé nécessaire de l’intuber, même s’il avait déjà reçu 4 litres d’oxygène.

La légitimité de ce gouvernement pour prendre des décisions critiques, comme le moment du déconfinement, est loin d’être établie.

À la différence de temps plus lointains, la transparence est totale, à la fois parce que l’époque l’exige et parce que cette hospitalisation est très directement liée à la crise sanitaire.

En 1953, Winston Churchill avait été victime d’une attaque, mais celle-ci avait été cachée au public durant sa convalescence. Même opacité en 1918, lorsque David Lloyd George avait contracté la grippe espagnole. Alors que les hommes politiques devaient autrefois cacher leurs soucis de santé, être au tapis contribue aujourd’hui à renforcer leur autorité. Ne serait-ce que pour le vertige que cette absence provoque.

Raab dans une position fragile

L’aggravation de la santé du Premier ministre crée une situation extrêmement rare à Downing Street, voire inédite dans l’époque contemporaine. La tâche de Dominic Raab, ministre des Affaires étrangères et Premier ministre de facto depuis que Boris Johnson l’a directement chargé de le remplacer, s’annonce très complexe.

La légitimité de ce gouvernement pour prendre des décisions critiques, par exemple le moment du déconfinement, est loin d’être établie. Selon des constitutionnalistes, Dominic Raab n’est pas en mesure d’imposer ses décisions au reste du Cabinet.

Boris Johnson lui-même a dû attendre l’élection générale pour asseoir son autorité démocratique, cinq mois après avoir remporté l’élection du parti conservateur. Avant lui, Theresa May avait été forcée d’anticiper l’élection générale de trois ans pour essayer de renforcer son pouvoir dans les rangs tory, en 2017, neuf mois après avoir remporté le leadership tory.

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Le gouvernement constitué par Boris Johnson est relativement jeune, sans figure tutélaire. Le premier conseiller de Johnson, Dominic Cummings, est lui-même placé en quarantaine. Les relations entre les deux poids lourds Dominic Raab et Michael Gove  pourtant deux Brexiters durs de la première heure –, sont notoirement exécrables.

Dans le scénario improbable où Boris Johnson ne pourrait pas reprendre ses fonctions, les membres du gouvernement devraient s’entendre entre eux, ou avec les parlementaires, pour confirmer Dominic Raab, ou pour envoyer un autre membre du parti demander à la Reine la permission de former un nouveau gouvernement.

Les graves soucis de santé de Boris Johnson créent donc un vide important à Downing Street, qui va au-delà du flou constitutionnel. Même s’il a, par moments, donné l’impression de tâtonner, Boris Johnson est bien le vrai leader du pays depuis la conclusion de l’accord sur le Brexit au mois d’octobre et le triomphe électoral de décembre. À 55 ans, son mandat ne fait que commencer. Son absence, qui pourrait, dans le meilleur des cas, durer une bonne dizaine de jours, n’intervient vraiment pas dans une ambiance de "fin de règne". Ses ministres devront à la fois éviter de s’asseoir sur son siège momentanément vide et prendre des décisions d’une complexité inouïe, que beaucoup de Premiers ministres n’ont jamais dû assumer.

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