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Les secteurs biotech et de l'équipement médical s'attaquent de front au Covid-19

En Wallonie, plusieurs initiatives ont été prises pour produire localement des masques, des visières de protection ou des tests de détection. ©Photo News

De nombreuses sociétés wallonnes actives dans les sciences du vivant et dans le secteur de l’équipement médical ont très rapidement réagi pour offrir leurs compétences. Des initiatives qui ne resteront pas sans suite.

L’entreprise s’appelle Coris BioConcept. Implantée dans le parc scientifique Créalys à Gembloux, elle a développé en quelques semaines, avec le Laboratoire hospitalier universitaire de Bruxelles (LHUB-ULB) et d'autres partenaires, un nouveau test de dépistage rapide du Covid-19 basé sur la détection d’antigènes. Un apport précieux alors que l’on sait que l’on a besoin d’augmenter considérablement la capacité de détection si on veut sortir du confinement.

Coris représente un bel exemple de la réactivité de certaines entreprises wallonnes de biotechnologie. Elle n’est pas un cas isolé. D’autres PME actives dans les sciences du vivant ou dans le secteur de l’équipement médical ont très rapidement mis leurs compétences au service du monde de la santé, qui menaçait d’être submergé par le coronavirus.

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En un temps record, à l’initiative du gouvernement wallon, une société - Deltrian International, basée à Fleurus - a été désignée pour établir une ligne de production de masques chirurgicaux, tandis qu’un groupement de 3 entreprises (Sterigenics, AMB Ecosteryl, Lasea), de 2 centres de recherche (Materia Nova et CentexBel) et du CHU de Liège, était créé pour mettre en place une filière de décontamination des masques en Wallonie.

Des initiatives similaires ont été constatées pour la fabrication de visières de protection et de pièces de rechange pour les respirateurs. Même des entreprises actives dans le secteur aéronautique, comme Safran Aero Boosters et Coexpair, ont rejoint le mouvement.

Un manque d'écouvillons

"Pour nous, cette réaction du secteur a été assez rapide, salutaire et exceptionnelle", estime Julien Compère, l’administrateur délégué du CHU de Liège. "Il y a toujours des problèmes qu’il faut combler. Et le développement des sociétés wallonnes de biotechnologie peut aider. Je pense évidemment au dépistage. On peut faire beaucoup d’analyses PCR (tests biologiques, ndlr) par jour, mais le problème, c’est qu’on n'a pas assez d’écouvillons pour les prélèvements. Un test comme celui de Coris nous permet donc d’économiser les écouvillons. Si on veut aller vers un dépistage à grande échelle, tous les types de dépistage seront nécessaires. Là, clairement, cela comble un manque."

"L’écosystème wallon a des capacités de production."
Marc Foidart
COO de Noshaq

Marc Foidart, COO (Chief Operating Officer) de Noshaq (ex-Meusinvest), partage cette analyse. "Cela comble d’autant plus un manque qu'ici, l’écosystème a des capacités de production", se réjouit le "monsieur biotech" liégeois. Ce n’est pas uniquement de la recherche et du développement, pour faire produire ensuite par des gens extérieurs à la Belgique. Des sociétés comme Diagenode ou Unisensor ont des capacités de production importantes. Elles vont permettre d’apporter aux pénuries de réactifs PCR une réponse non seulement intellectuelle et de produit, mais aussi de masse.

Et le mouvement va se poursuivre. Coris, dont on a déjà beaucoup parlé, a d’autres projets dans ses cartons: elle travaille sur des tests avec des anticorps monoclonaux. Le premier pour tester l’immunité acquise contre le coronavirus, un autre, pour l’hiver prochain, pour différencier le Covid de la grippe saisonnière.

Un facilitateur et un ensemblier

Si la réactivité du secteur a été aussi forte, juge encore Marc Foidart, c’est également parce que des structures de collaboration avaient été mises en place, comme la coupole B2H (pour Bridge to Health), qu'il dirige. Jouant à la fois le rôle de facilitateur et d'ensemblier, B2H associe le CHU de Liège, un représentant de l'équipe rectorale, le doyen de la Faculté de médecine, le patron du Giga et Noshaq. "Quand on a mis en place B2H, c’était dans une perspective économique. Mais cela permet aujourd’hui d’accélérer les réponses et les demandes dans la situation actuelle car ce sont des gens qui sont habitués à se parler. Les choses vont plus vite."

La période difficile que l’on traverse devrait même s’avérer bénéfique.

Pour Julien Compère, la période difficile que l’on traverse devrait même s’avérer bénéfique, tant pour l’écosystème biotech que pour les établissements hospitaliers. "On peut aller un pas plus loin dans la réflexion et voir comment tout cela peut s’inscrire dans une problématique de développement durable ou d’économie verte", fait-il valoir.

"Si je prends le cas des masques, c’est bien d’avoir une usine de production et je félicite le gouvernement wallon pour sa réactivité. Mais on sait bien que produire des masques à quelques centimes comme c’est le cas en temps normal, cela ne va pas être rentable en Belgique. Par contre, travailler sur des masques qui pourront être réutilisés et faire l’objet d’une décontamination, c’est intéressant. On aura une industrie avec non seulement une production locale, mais aussi une production respectueuse de l’environnement puisqu’on sera dans une économie circulaire."

Des dividendes à tout prix?

La question de la rentabilité devra d'ailleurs être réexaminée à l'aune des pénuries actuelles, selon le directeur du CHU liégeois: "Cela va nous pousser à nous réinterroger sur une série de choses, comme cette relation à la politique de dividende à tout prix. Nous, on le vit dans les hôpitaux. On est obligés d’acheter certains matériels à quarante fois le prix normal! C’est le cas aujourd'hui pour les masques chirurgicaux. Il faudra une réflexion sur tous ces éléments.

Peut-être demain devra-t-on accepter d’acheter des produits plus chers pour avoir cette sécurité d’approvisionnement. Peut-être que les actionnaires de leur côté devront s’interroger et se dire que la rentabilité est moindre, mais qu’ils jouent un rôle social. On ne pourra pas repartir demain en fonctionnant comme avant-hier." 

"On est obligés d’acheter certains matériels à quarante fois le prix normal!"
Julien Compère
Administrateur délégué du CHU de Liège

"Tout cela est catalyseur", ajoute encore Julien Compère. "On avait déjà pensé à avoir des fournisseurs plus proches et cela ne s’est jamais fait. Finalement, cela se fait, certes dans l’urgence, mais cela se fait plutôt bien. Il y a un momentum et un bouillonnement. On ne doit pas les gâcher."

Cette relocalisation probable de certaines activités sera aidée par le fait que des infrastructures importantes sont prévues, termine Marc Foidart: "Les deux grands bâtiments au CHU et au CHC à Liège, ou le très grand incubateur qui se prépare à Charleroi, sont des initiatives du public qui vont permettre d’éviter l’investissement en capex par des sociétés qui veulent aller vers l’industrialisation. Quelque part, cela tombe bien si on va vers le rapatriement d’activités médicales à moyenne ou faible valeur ajoutée, car un élément important, c’est qu’on aura les capacités de les héberger."

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