Petite crise en vue entre les créateurs de Spoutnik et le régulateur européen

Les autorités russes se sont dites prêtes à fournir le vaccin Spoutnik V à 50 millions d'Européens à partir de juin. ©AFP

Les créateurs de Spoutnik V veulent des excuses de l'Agence européenne des médicaments après qu'une responsable a "déconseillé" aux pays de l'UE d'autoriser en urgence le vaccin russe.

"C'est un peu comparable à la roulette russe", avait annoncé ironiquement Christa Wirthumer-Hoche, présidente du conseil de direction de l'Agence européenne des médicaments (EMA). Elle était interrogée dimanche soir sur la chaîne de télévision autrichienne ORF, alors que le gouvernement autrichien multiplie les contacts avec Moscou.

"Nous avons besoin de documents que nous pouvons passer en revue. Pour le moment, nous n'avons pas de données sur les effets secondaires concernant les personnes vaccinées", a-t-elle souligné. "Nous sommes dans l'inconnu et c'est pourquoi je déconseille vivement de délivrer une autorisation nationale en urgence", a-t-elle ajouté, invitant les pays à attendre le feu vert du régulateur européen.

Une étape clé

Spoutnik V a franchi, la semaine dernière, une étape clé pour son déploiement dans l'Union européenne (UE), avec le début de son examen par l'EMA, basée à Amsterdam. Après cette annonce, les autorités russes se sont dites prêtes à fournir des vaccins à 50 millions d'Européens à partir de juin.

"De tels commentaires sont inappropriés et portent atteinte à la crédibilité de l'EMA et à son processus d'évaluation."
Le Fonds souverain russe

"Nous pourrons avoir Spoutnik V sur le marché à l'avenir, mais une fois que nous aurons examiné les données nécessaires" en nous basant "sur les normes européennes de contrôles de qualité et d'efficacité", a toutefois insisté la représentante de l'EMA.

La Russie contre-attaque

Piquée au vif, la Russie a vivement dénoncé ces propos mardi. "Nous demandons des excuses publiques à Christa Wirthumer-Hoche de l'EMA pour ses commentaires négatifs à l'égard des membres de l'UE approuvant directement le Spoutnik V", peut-on lire sur le compte Twitter officiel des créateurs du vaccin, le centre de recherche d'État Gamaleïa et le Fonds souverain russe (RDIF). "De tels commentaires sont inappropriés et portent atteinte à la crédibilité de l'EMA et à son processus d'évaluation", poursuivi le message, dénonçant de "possibles interférences politiques".

Arguant que son vaccin est désormais validé dans 46 pays, le fonds russe a de nouveau reproché, ce mardi, à l'EMA d'avoir "repoussé pendant des mois" le processus de validation du Spoutnik V.

Une lenteur qui agace

Impatients face à un processus jugé trop lent, plusieurs pays de l'UE se sont tournés vers des vaccins non encore approuvés, à l'image de la Hongrie qui a commencé à administrer le vaccin russe à sa population le mois dernier. La République tchèque et la Slovaquie ont également passé commande à la Russie.

Sebastian Kurz a rencontré un responsable du Fonds souverain russe (RDIF), qui a financé la mise au point du vaccin, vendredi à Vienne.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a évoqué, fin février, avec le président russe Vladimir Poutine "la possibilité" de livraisons de Spoutnik V, estimant que les vaccins ne devraient pas faire l'objet de "batailles géopolitiques".

Le dirigeant a rencontré un responsable du Fonds souverain russe vendredi à Vienne. "Les discussions ont été constructives et positives", avait alors commenté un porte-parole de l'ambassade russe, cité par l'agence d'État Ria Novosti. Sebastian Kurz a cependant assuré vouloir attendre l'approbation de l'EMA avant toute utilisation du vaccin en Autriche.

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