Le système de désinfection de l'air de Brussels Expo interdit par un arrêté

Principalement destinés aux cabinets dentaires au départ, les boîtiers UVC d'Airsteril connaissent un succès accru depuis l'arrivée du coronavirus.

La législation sur les purificateurs d'air dans les lieux publics va changer. La technologie Airsteril aura désormais besoin d'une dérogation pour être commercialisée.

Au cœur de la première vague de l'épidémie de Covid-19, Brussels Expo avait réalisé un investissement d'environ 1,2 million d’euros pour équiper sa douzaine de palais d'un système de désinfection de l'air. À l'époque, la direction espérait ainsi repositionner le Heysel sur l’échiquier mondial, dès que le secteur événementiel pourrait sortir de sa léthargie. Quelques mois plus tard, le plus grand centre de vaccination du pays était inauguré dans le Palais 1.

C'est Airsteril Belgium, une TPE fondée en 2015 pour distribuer chez nous une technologie développée en Angleterre, qui avait été sélectionnée pour purifier l'air du Parc des Expositions. Destinés aux cabinets dentaires au départ, ses boîtiers UVC permettant également de désinfecter à distance objets et surfaces connaissent un succès accru depuis l'arrivée du coronavirus. En mars dernier, le CEO Luc De Myttenaere évoquait une explosion des ventes, en hausse d'environ 500% en 2020.

Mais la petite société belge risque de subir un coup d'arrêt. En cause, un nouvel arrêté signé par le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) qui fixe les règles de mise sur le marché des systèmes de purification de l'air dans les lieux publics, hors usages médicaux. L'arrêté qui traduit l'avis du Conseil supérieur de la santé (CSS) proscrit les lampes UVC à rayonnement direct, les mécanismes générant de l'ozone ou encore ceux qui ionisent l'air ou qui utilisent du plasma froid.

Dans le cas d'Airsteril, ce ne sont pas les UVC placés dans des boîtiers qui posent problème. En revanche, l'air quitte le boîtier sous forme d'un plasma composé d'ions négatifs et d'une faible quantité d'ozone qui se fixe sur les agents pathogènes. Pour continuer à commercialiser sa technologie, Airsteril devra donc d'abord obtenir une dérogation.

Commandes gelées

Au Heysel, la confiance demeure. "Vu l'émergence de technologies pas toujours abouties sur le marché, l'arrêté ministériel prévoit de larges interdictions, vraisemblablement par mesure de précaution. Mais Airsteril obtiendra sans aucun doute une dérogation. Cette technologie déjà largement utilisée à l'étranger respecte les normes européennes. Et nous venons de recevoir le rapport d'étude de l'ULB très positif sur son efficacité", commente Denis Delforge, CEO de Brussels Expo.

120.000
Depuis l'annonce de l'arrêté interdisant certaines technologies, Airsteril a subi des annulations de commandes pour un montant total de 120.000 euros.

"Notre technologie a été choisie pour équiper 400 laboratoires mobiles de vaccination en Angleterre, mais on nous interdit en Belgique ? C'est ubuesque !", réagit le patron d'Airsteril Belgium qui affirme avoir perdu pour 120.000 euros de commandes suite à l'annonce de l'arrêté ministériel. "Je comprends la volonté d'interdire des produits nocifs vendus sur Amazon, mais là ils interdisent l'ozone sans mentionner une valeur maximale d'exposition. À cause d'idiots comme cela, ma société peut couler en dix jours. On est une TPE sans actionnaire public ou privé, ni un géant de l'industrie. Malgré cela, je mange une grosse partie du marché. J'en viens à me demander qui l'on dérange", lâche Luc De Myttenaere.

La députée bruxelloise Alexia Bertrand (MR) juge scandaleux qu'une technologie utilisée dans le plus grand centre de vaccination du pays et partout dans le monde soit soumise à autorisation uniquement en Belgique. "En matière d’ozone, il suffisait d’indiquer dans l’arrêté qu’il faut respecter les plafonds fixés au niveau européen. On est à la limite de l’incompétence dans ce dossier", s'indigne le député fédéral Denis Ducarme (MR).

Contacté, le cabinet de Frank Vandenbroucke indique que ce sont des experts qui ont rédigé l'arrêté. "Les produits qui sont déjà utilisés ne sont pas interdits. L'arrêté ministériel ne vise que les produits qui doivent encore être vendus ou qui doivent seulement être commercialisés. Airsteril a demandé une dérogation. C'est la Taskforce ventilation qui évaluera leur demande", précise sa porte-parole.

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