Le Trésor britannique pourra se financer auprès de la Banque d'Angleterre

La décision prise par la Banque d'Angleterre a été saluée sur les marchés. En particulier à la Bourse de Londres qui a gagné 2,8% contre 1,4% pour l'Euro Stoxx 50. ©REUTERS

Au cas où le gouvernement britannique rencontrerait des difficultés à lever des fonds sur le marché, il pourra se tourner vers la BoE. Mais à certaines conditions.

Pour éviter toute tension sur les taux des obligations britanniques en cette période où les besoins de financement de la Grande-Bretagne sont gigantesques, et pour être en mesure de faire face à un éventuel manque d’appétit de la part des investisseurs pour la dette émise par la Grande-Bretagne, la Banque d’Angleterre (BoE) a décidé de recourir à un outil appelé "Ways and Means" et rarement utilisé par elle. Elle offre au Trésor britannique qui dépend du ministère des Finances, la possibilité d’emprunter directement auprès d’elle. "Cette mesure temporaire constituera une source de liquidités supplémentaires à court terme pour le gouvernement en cas de nécessité pour lisser ses flux de trésorerie et favoriser un fonctionnement ordonné des marchés durant cette période troublée par le Covid-19", expliquent de concert la BoE et le ministère des Finances dans un communiqué.

Pas un cadeau

Cette offre de la BoE ne constitue pas un cadeau au gouvernement. Celui-ci s’engage en effet à rembourser les éventuels montants empruntés via cet outil d’ici la fin de cette année au risque que ceux-ci soient considérés comme étant du financement monétaire. Il y a quelques jours, le gouverneur de la BoE, Andrew Bailey avait déclaré que la banque centrale n’avait pas l’intention de s’engager dans le "financement monétaire", en d’autres termes dans le financement permanent des dépenses publiques.

Ce n’est pas la première fois que la BoE et le gouvernement pratiquent de cette sorte. La dernière fois que cela s’était passé, c’était au moment de la crise financière et avait concerné 19,9 milliards de livres sterling. Cette fois, il pourrait s’agir d’un montant largement supérieur, alors que l’État s’est engagé à assurer 80% des salaires des travailleurs mis en chômage économique et va se trouver confronté à une chute de ses recettes fiscales. Il pourrait devoir emprunter jusqu’à 290 milliards de livres.

À titre de comparaison, la Grande-Bretagne avait levé de la dette pour un montant 130 milliards de livres l’an passé, tandis que ses prévisions pour cette année fiscale faisaient ressortir un montant de 156 milliards de livres.

Les marchés saluent la décision 

L’indice FT 100 de la Bourse de Londres a progressé de 2,8% contre 1,4% pour l’Euro Stoxx 50.

Jusqu’à ce jour, le marché britannique de la dette ne fait preuve d’aucune tension. Plus tôt dans la semaine, les investisseurs avaient encore montré un gros appétit pour les émissions de dette du Trésor, les "gilts". Celles-ci avaient totalisé plus de 10 milliards de livres et s’étaient adjugées à des taux historiquement bas. Suite à l’annonce de la BoE, le rendement du gilt à 10 ans a encore cédé 6 points de base ce jeudi, à 0,36%.

Du côté des changes, la livre sterling était stable face aux grandes devises. Elle évoluait à 1,140 contre l’euro. Quant à l’indice FT 100 de la Bourse de Londres, il progressait de 2,9% contre 1,46% pour l’Euro Stoxx 50.

Transposable à la BCE?  

La décision prise par la Banque d'Angleterre ne pourra malheureusement pas être prise par la Banque centrale européenne.
Bruno Colmant
Membre de l'Académie royale

La Banque centrale européenne (BCE) pourrait-elle prendre une décision pareille à celle de la BoE? "Ce serait une très bonne nouvelle si ce pouvait l'être", estime Bruno Colmant, membre de l’Académie Royale. "Malheureusement, ce ne sera pas le cas. La BCE est tenue par des règles autour desquelles s’opposeront toujours des protagonistes, les pays du Nord et du Sud de la zone euro en l’occurrence. Une telle décision, pour autant qu’elle devienne perpétuelle, serait pourtant une façon de neutraliser les dettes des pays qui composent la zone."

Pour Bruno Colmant, c’est la troisième fois après la crise financière de 2008 et celle de la dette de la Grèce en 2012, que la politique monétaire de la BCE se pose, tout en estimant peu probable une dislocation de la zone euro. "Les conséquences négatives seraient à ce point gigantesques, que l’on fera tout pour l’éviter."

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