analyse

Le vaccin russe Spoutnik pourrait soulager l'Europe

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La stratégie de vaccination européenne est loin d'être aussi huilée qu'on le croyait. Il semble désormais possible de devoir recourir au vaccin produit par la Russie... Mais celui-ci ne sera pas disponible avant le mois de mai pour les Européens.

La politique européenne basée sur de gigantesques précommandes groupées de vaccins auprès de plusieurs firmes, en échange d'un financement, montre déjà ses failles. La production ne suit pas les promesses, alors que chaque État avait élaboré un planning précis selon les doses promises. Résultat: c'est le sauve-qui-peut. On réajuste les calendriers, on tente de faire des achats pour sa propre petite contrée – comme s'y est risqué Jan Jambon pour la Flandre –, on va voir ailleurs – comme l'a fait la Hongrie qui a déjà reçu 40.000 doses du vaccin russe.

Et si elle était là, la solution? Faire appel à un septième vaccin. Moscou a proposé son Spoutnik V aux Européens confrontés à des problèmes de livraison. Un camouflet pour l'Union, mais la fierté doit-elle diriger une décision?

La Commission européenne a déjà des accords avec Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca – ces trois-ci ont déjà reçu leur approbation –, Johnson & Johnson (approbation espérée fin mars-début avril), CureVac (attendu au 2e trimestre) et Sanofi-GSK (non commandé par la Belgique). D'autres firmes sont sur le pont: Valneva, Novavax... Mais ailleurs dans le monde, les vaccins chinois et russe sont déjà déployés.

Le Spoutnik efficace à 91%

Ce vaccin à adénovirus humain, comme celui de Johnson & Johnson, serait efficace à 91,6% contre les formes symptomatiques du Covid-19, selon les résultats publiés dans The Lancet et validés par des experts indépendants. Ces constats font du Spoutnik V l'un des plus performants, avec ceux de Pfizer/BioNTech et Moderna (autour de 95%). La Russie pourrait nous en livrer 100 millions de doses, pour vacciner 50 millions de personnes dans l'UE. Selon les quotas appliqués aux autres vaccins pour les achats groupés, un quarantième de ce stock pourrait être attribué à la Belgique, de quoi vacciner un bon million de Belges. Mais le Spoutnik V ne sera pas disponible pour l'UE avant mai au plus tôt.

"Si les producteurs russe, chinois montrent de la transparence, ils pourraient avoir une autorisation conditionnelle de mise sur le marché comme les autres."
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

Le vaccin d'AstraZeneca utilise aussi un adénovirus, mais de chimpanzé. Qu'est-ce que ça change?

"Face aux adénovirus humains, comme un simple virus de rhume, un organisme peut déjà avoir développé des anticorps, explique Jean-Michel Dogné, directeur du département de pharmacie de l'Université de Namur et membre de la task force évaluation vaccination Covid-19. Lorsque l'on utilise ce virus comme vecteur, il y a un risque qu'il soit bloqué avant de pouvoir déployer son efficacité. Ce qui ne peut être le cas avec un adénovirus de chimpanzé, non connu par le corps. Mais cela n'est que théorique."

En effet, les données récentes montrent que les vaccins à adénovirus humain ont une haute efficacité. Et les deux injections du Spoutnik V emploient chacune un adénovirus différent.

Encore à évaluer

L'EMA, l'Agence européenne du médicament, n'a pas encore reçu la demande d'évaluation en continu ni de mise sur le marché. Les données russes doivent d'abord être mises aux normes du screening européen. "Si les producteurs russe, chinois ouvrent leurs dossiers, montrent de la transparence, toutes leurs données, ils pourraient avoir une autorisation conditionnelle de mise sur le marché comme les autres", a déjà déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Angela Merkel, la chancelière allemande, a aussi montré son ouverture par rapport à ce vaccin.

Un des critères de sélection concerne la production à l'intérieur de l'UE. Raison invoquée: la vitesse des livraisons. Mais on a vu à l'épreuve que la fabrication sur le continent n'avait rien d'un gage de rapidité. Et Moscou a déjà prévu que les premières doses qui pourraient être délivrées aux Européens ne seraient pas produites sur son sol, mais par des sous-traitants. Plusieurs laboratoires européens prêtent déjà leurs chaînes à des fabricants-concurrents.

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