Le virus de la dictature menace la Hongrie

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban s'est octroyé des pouvoirs quasi illimités pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. ©Bernd von Jutrczenka/dpa

Le gouvernement hongrois s'est octroyé des pouvoirs illimités dans le temps pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. Un glissement "vers la dictature" dénoncé par les institutions internationales.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a fait adopter lundi par son parlement une loi lui permettant le légiférer par ordonnance de manière illimitée pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. 

Alors que la plupart des gouvernements dans le monde adoptent des mesures urgentes pour tenter de stopper la propagation du coronavirus, Viktor Orban a choisi de renforcer son assise par des pouvoirs quasi illimités

Tant que cette législation sera en vigueur, il ne pourra y avoir aucune élection en Hongrie. Le dirigeant hongrois gouverne désormais par décret et peut suspendre certaines lois. Le contrôle de la liberté d'expression est également renforcé. Les individus et les journalistes qui propageraient de "fausses nouvelles" et des "propos alarmistes" concernant l'épidémie pourront être condamnés à des peines de prison allant jusqu'à cinq ans. 

Viktor Orban a la faculté de prolonger l'état d'urgence instauré le 11 mars sans demander l'autorisation du Parlement.

Vers une "dictature"

Cette loi, sans pareil en Europe, inquiète l'opposition hongroise et plusieurs instances internationales. Amnesty International, le Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, le Conseil de l'Europe, l'OSCE et les organisations de défense de la presse tirent le signal d'alarme.

"Les autorités européennes doivent surveiller quels décrets le gouvernement hongrois prendra dans les semaines à venir."
David Vig
Directeur d'Amnesty International en Hongrie

Des députés européens, dont le libéral Guy Verhofstadt, ont lancé une pétition soulignant les craintes que "Viktor Orban ne tente de transformer le pays en dictature". Une pétition circule aussi en Hongrie, signée par plus de 110.000 personnes.

"Les autorités européennes doivent surveiller quels décrets le gouvernement hongrois prendra dans les semaines à venir", dit David Vig, directeur d'Amnesty International en Hongrie. "C'est à ce moment que nous saurons si nous sommes dans une dictature." "Le problème, c'est qu'il n'est nul besoin de prolongation pour poursuivre ce régime", dénonce-t-il encore. "C'est le gouvernement hongrois qui décidera lui-même quand l'état d'urgence sera fini."

Lors de la crise migratoire en 2015, le Premier ministre hongrois avait décrété l'état d'urgence pour imposer une politique de fer face à l'arrivée de réfugiés fuyant la guerre en Syrie. "L'État d'urgence décidé en 2015 est toujours en vigueur aujourd'hui, ce qui fait craindre le pire pour l'avenir", affirme David Vig.

L'Europe "surveille"

La Commission européenne a affirmé mardi qu'elle exerce une surveillance sur les mesures décidées par le gouvernement hongrois. Les mesures urgentes doivent rester "limitées à ce qui est nécessaire", a averti la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"La Commission évalue les mesures d'urgence prises par les États membres en matière de droits fondamentaux."
Didier Reynders
Commissaire européen à la Justice et à l'Etat de droit

Cela va dans le sens de la réaction du commissaire européen à la Justice et à l'État de droit Didier Reynders. "La Commission évalue les mesures d'urgence prises par les États membres en matière de droits fondamentaux", a-t-il écrit sur Twitter. "C'est notamment le cas de la loi votée en Hongrie concernant l'état d'urgence et de nouvelles sanctions pénales pour la diffusion de fausses informations."

La Hongrie est dans le collimateur de l'exécutif européen depuis l'adoption de mesures menaçant la séparation des pouvoirs et les libertés de la presse. Le Parlement européen a activé la procédure de l'article 7 du Traité en vue de prendre des sanctions contre la Hongrie. Mais ce dispositif, nécessitant l'unanimité au Conseil européen, est inapplicable dans les faits. 

Pour pallier à cette carence, Didier Reynders souhaite mettre en place dans les semaines à venir un mécanisme de surveillance de l'état de droit.

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